10. Breathe Again

Une fanfic Dawn Chorus

11 minutes

Je marchais dans la neige, malgré le froid, et il ne suffisait pas à calmer ma colère. Le paysage de nuit, les arbres, la lune, rien de tout ça réussissait à apaiser l’incendie qui cramait tout dans mon âme. Bref, j’étais furax.

Cet imbécile m’avait donné un espoir, et me l’avait repris aussitôt. Quand il avait perdu la clef de sa chambre, et qu’il avait demandé s’il pouvait dormir dans la mienne, j’espérais que j’aurais enfin les réponses à mes questions. Arvo m’avait abandonné trois ans, avait éloigné même ses potes de moi. On était meilleurs amis, et d’un coup il avait disparu de ma vie. Je m’étais demandé pendant tout ce temps ce que j’avais fait de mal. Surtout qu’au fond, j’avais des sentiments pour lui. Mon premier crush qui me jarte de sa vie, ça m’a fait giga-mal. Merde, ça m’avait même pourri une relation des années après, j’y arrivais juste pas à être vraiment dedans.

Et c’était par pur hasard que je l’avais revu et je l’avais vu à la fac. Et qu’il discutait parfois, un peu distant. Et ça me bouffait. Je voulais juste savoir pourquoi il avait fait ça.

Il avait refusé de dormir dans la même chambre que moi. En soi, logique. Mais quand il avait perdu sa clef, il m’avait demandé si je pouvais l’héberger. J’aurais presque sauté de joie. À la fois pour les réponses… et pour l’espoir. Parce qu’en vrai, il avait été sympa avec moi ce premier jour. Je lui avais montré ce que je faisais en musique, il avait dit trouver ça cool… Je me disais que peut-être qu’on pourrait être au moins un peu comme avant. Comme les potes du collège, comme si on avait pas passé trois ans sans se parler, comme s’il m’avait pas abandonné.

Et puis au dernier moment, pouf il l’a retrouvée, et me dit qu’il va finalement bien dormir dans sa chambre.

Au fond de moi, je savais que si, il l’avait sûrement vraiment perdu, que peut-être qu’il a voulu revenir dans sa chambre parce que c’était awkward comme situation, et qu’il ne pensait pas à mal. Mais ça faisait mal, j’avais l’impression d’un second abandon par cet abruti de léonard des neiges. Je voyais le lac gelé. La glace avait l’air fragile, je préférais éviter de passer dessus. J’étais furax, triste, déçu, démoli mais pas suicidaire. Pas encore. Je tentai de courir pour éviter les émotions. Comme si je pouvais aller assez vite pour qu’elle ne me rattrape pas – surtout que j’étais franchement pas sportif. Dans ma tête, ça tournait en boucle.

Il m’a encore laissé.

Il m’a encore laissé.

Il m’a encore laissé.

Il m’a encore laissé.

Il m’a encore laissé.

Le froid me brûlait un peu, mais je voulais pas rentrer. Pas envie de croiser quelqu’un, pas envoie qu’on me demande ce qui se passe. Je connaissais en plus pas grand monde ici, à part Travis. J’étais pas très bon pour me faire des potes.

Faut dire, difficile quand son meilleur pote nous laisse sans explication.

Je ne savais pas si je voulais penser à autre chose, ou si je voulais penser à ça en boucle. Cela faisait mal, mais c’était mieux que le vide. Et comment penser à autre chose ? Qu’est-ce que cela pourrait m’apporter ? Cela ne changerait rien à la situation. Je ne voulais pas avoir un « autre point de vue » sur tout ça. Je voulais juste qu’il me dise tout. Qu’il me dise si c’était qu’au fond, j’étais un mauvais ami et qu’il me détestait. Qu’il me dise s’il ne m’appréciait pas, si j’étais juste une connaissance lointaine pour lui. Si trois ans suffisait pour faire complètement disparaître une amitié.

Et une partie de moi espérait qu’il trouverait une bonne raison, une explication qui serait tout ce que j’aurais pas vu, qui dirait que je m’étais trompé.

Une explication qui effacerait magiquement toute ma peine.

Une autre partie de moi espérait qu’il n’en trouverait aucune, que je pourrais lui crier toute ma douleur, toute ma peine, toute ma colère à la tronche. Que je pourrais lui dire qu’il n’était qu’un immonde égoïste, de m’avoir laissé deux fois. Qu’il n’était qu’un lâche de m’avoir abandonné. Que je le détestais, et qu’il pouvait crever, je n’en aurais rien à foutre.

J’avais envie de lui montrer comment il m’avait fait mal. Lui foutre la peur de sa vie peut-être ? Où juste avoir une explication entre adulte ? Cela lui ferait peut-être encore plus peur vu comment il avait fuit.

Arvo avait vu une silhouette dehors courir. Il était quasiment sûr que c’était Mikko. Punaise, mais pourquoi il avait décidé de revenir à sa chambre ? Pour ne pas déranger ? Parce que la situation était super génante ? Il ne le savait pas vraiment.

Au fond, surtout, il avait peur.

Il était sorti pour tenter d’être sûr que tout allait bien. Pour suivre Mikko et s’assurer que ses conneries ne causent pas trop de dégats.

Il ne savait pas comment rattraper.

Il ne savait pas s’il avait une bonne excuse.

Il ne savait pas vraiment complètement qui était le Mikko d’aujourd’hui.

Mais il était sûr qu’il ne voulait pas que Mikko souffre trop de ses erreurs, de ses fautes. Dans un éclat de lueur, par la fenêtre, il avait cru voir des yeux vides, presque bloqués dans une crise de panique ou quelque chose du genre.

C’était pas bon.

Il courut dans le froid, dans la neige, dans son inquiétude aussi. Et alors qu’il voyait son ami vers la forêt, pas loin du lac, il mit un pied sur la glace.

Et un craquement sonore se fit entendre.

Un craquement sonore se fit entendre. Le lac. Merde, quelqu’un avait marché dessus ? Je me retournais pour voir, et vit rapidement une silhouette sombrer.

Merde.

Merde.

Merde.

Oh non, oh non, oh non, oh non, oh non, oh non.

Je reconnaissais cette silhouette, cette forme, ce manteau, ces moufles. Non, ce n’était pas possible… Mais si, cela n’avait pu qu’être lui que j’avais vu sombrer dans le lac. Je le reconnaissais entre mille, malgré le temps, malgré la colère, malgré la nuit.

Une forme féline, plus grande que moi, un peu massif mais pas trop. Des cheveux dont je reconnaissais sans soucis la forme, même s’ils avaient changé en trois ans.

Mon meilleur ami, mon premier amour, la personne avec qui je passais tout mon temps. Mes premiers contacts physiques, la découverte que j’étais homosexuel. La personne qui m’avait laissé, que j’avais pleuré, dont je n’avais pas compris les actions. Tant de chose à la fois en une seule personne

— ARVO !!!

Je me précipitais en hurlant son nom, mais quand j’arrivais au lac, il n’y avait plus que l’eau sombre. Non, ce n’était pas possible. Je ne voulais pas me dire que je venais de voir mon ancien meilleur ami crever comme ça. Je suppliais qu’il remonte à la surface. Mais seule l’onde de la surface me répondait. Quelques bulles.

Oh non, oh non, oh non, oh non, oh non, oh non. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible.

Bordel je m’en voulais comme ce n’était pas permis.

J’avais voulu lui dire que je m’en foutais s’il crèverait, et évidemment il était en danger de mort imminent devant moi. Et je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais pas assez bien nager pour sauver quelqu’un tombé dans un lac glacé. Je ne servais littéralement à rien dans une telle situation. Il allait crever devant mes yeux, par ma faute.

Parce que pourquoi serait-il dehors si ce n’avait été pour me suivre ?

Tout était de ma faute.

— Je le pensais pas, survis et revient espèce d’abruti, remonte… S’il te plait, ne crève pas comme ça, pas juste sous mes yeux.

Je tentais d’appeler à l’aide. Je m’égosillais.

Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible.

Arvo coulait. Le froid l’engourdissait, étourdissait ses émotions, ses sens, son esprit. Il revoyait une ancienne scène, dans un champ, avec Mikko. Il revoyait son grand sourire. Il ne l’abandonnerait jamais. Il l’aimait.

Mais il l’avait abandonné.

Il n’aurait jamais réussi à lui dire qu’il l’aimait. Et qu’il avait pris peur.

Il allait mourir stupidement, juste pour une erreur bête de jeune adulte ne maîtrisant pas bien ses émotions.

Peut-être était-ce plus simple d’abandonner et de se laisser couler.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.