C'est le soir. Seul, sans personne autour. Plus de travail à continuer, plus de responsabilité jusqu'à demain. Cet état second qui peu naître, tard le soir. Il ne reste que nous et nous-même. Il ne nous reste que ce face-à-face solitaire.
Regrets, peur, colère et fatigue.
Regrets. Un regard continuel vers un passé toujours déjà parti. Deux mots. « Et si ? » Les éternelles refrains du regret. « Si je n'avais pas fait ce choix, si j'avais suivi le courant. » On regrette de ne pas avoir suivit le chemin, celui qui était tout tracé pour nous ; on regrette d'avoir suivi ce chemin tracé par d'autres ambitions. On cherche à réinventer le passer pour construire un futur sur les ruines de celui qu'on ne voit plus. On cherche à trouver dans ce qui n'existe pas un réconfort face aux doutes qu'on a sur ce qui pourrait exister.
Peur. Est-ce qu'on a fait une erreur ? Est-ce de notre faute qu'on se retrouve là ? La peur d'échouer. La peur de décevoir. La peur du futur. La peur de souffrir. L'impression qu'il n'y a qu'un précipice en avant. Qu'on va tomber dedans, qu'on n'aura aucun moyen de s'en faire. Que tout est fini. Enfin non, que tout va se finir, à un moment, et qu'on ne peut pas empêcher ça. L'impression que notre chute va arriver, et qu'elle est de plus en plus proche. Les battements de cœurs qui s'accélère. Le souffle court. La panique vient, on ne sait pas l'arrêter. Les gestes brusques. C'est impossible de s'en sortir, il n'y a aucune issue.
Colère. Brutale et violente. Elle déferle sur notre esprit, eruption flamboyante et vague destructrices. Colère contre la "destiné", le "monde", la "malchance" ou toute autre entité abstraite. Le ciel qui nous attaque. Qui a posé les obstacles sur lesquels on trébuche. Qui nous a fait vivre des malheurs. Plongé dans notre propre situation, on en oubli que. Quelques trait d'ironie basé sur la mise en doute du caractère "infiniment bon" qu'aurait l'être suprême d'une spiritualité quelconque. Ce petit blasphème nous donne un sentiment de contentement. Au moins, c'est dit. La colère contre ceux qu'on aime, dont on s'isole pourtant nous-même. On aimerait que notre détresse soit remarqué, mais pourtant on arrive même pas à l'extérioriser. On a peur et ça nous rend fou. On se sent coupable d'une telle colère, parce qu'on la sait injuste. Et finalement, la colère contre soi-même. Contre la véritable source de nos soucis. La colère née des regrets. "J'aurais du faire ça". "J'ai été stupide". Toutes nos erreurs, on se les reproches.
Fatigue. Regrets, peur et colère laissent place à la fatigue. Au vide. Étendu, allongé. À faire les cent-pas. À penser et ne pas penser à la fois. On se dit que tout cela, on l'a déjà vécu. On se bat contre un démon que l'on croyait déjà avoir occis. Encore. On est prit encore et toujours dans le même combat. Le cycle éternelle de 1000 ans des histoires, mais bien plus court et sans musique épique ni héro. Pourtant, ne l'a-t-on jamais cherché ce héros ? Le fait de vivre à travers un autre ? Le vide. Ni colère, peur ou regrets. Rien.
De cela nait une question. Trois mots. Trois mots qui peuvent créer le doute, perturber notre motivation et notre envie de continuer à avancer : "À quoi bon ?". À quoi bon continuer un trajet qui semble sans autre fin que la chute ? À quoi bon continuer à se débattre dans un vide sans futur ? À quoi bon ne serait-ce qu'essayer ?
Parfois, une petite lueur, un fragment infime de réponse vient d'une simple sensation, que l'on aimerait revivre. Un petit sourire satisfait après avoir réussi quelque chose. Le ronronnement d'un chat. Cette exaspération amusée que l'on ressent face aux excentricité de quelqu'un qu'on aime.
L'envie de réparer quelques erreurs.
L'envie de sentir l'air frais nous carressant le visage, un soir, encore un jour de plus. Entendre les sons de la nuit, quand l'homme dort mais que la nature reste bien éveillée.
Et alors on reprend la route. On ne sait pas où aller, mais c'est quand même une petite victoire triviale que nous avons remporté.