Kazhnuz

La cellule fut envahie de lumière lorsque la porte s’ouvrit. Au fond se trouvait une couche, et dessus un adolescent allongé, qui observait de ses yeux d’un vert légèrement luisant ce qui se passait. Sa fourrure était d’un brun sombre, et ses cheveux noirs retombaient autour de son visage, ne laissant visible que son regard. Il était maigre, et semblait se concentrer, comme s’il tentait de se rappeler qui était la personne qui venait d’entrer le voir. C’était un jeune therion, nom générique pour tout les êtres attribut aux traits animal, quasi-humain si ce n’était quelques traits animaux tels que des oreilles et une queue, rappelant les attributs d’un canidé. Coyote, si les dossiers étaient exacte.

Aezoth Yartelnac regardait le jeune adolescent. Il lui avait été décrit comme bête féroce, qui aurait même mordu un des médecins qui avait tenté de le voir. Oh, non pas que l’elfe métis avait l’habitude de croire les figures d’autorité, mais elle savait bien les écouter pour ensuite juger ce qu’il en était. Elle trouvait de temps en temps quelques informations utile dans leur discours. Et là, c’était qu’un adolescent blessé et effrayé pouvait paraître sauvage et féroce dans ses tentatives de se défendre.

Saël Disirian était un des rescapé des émeutes provoqué par le groupuscule des Exorcistes d’Anubis il y a de cela quelques jours, lorsqu’ils avaient tenté de manifester contre leur éviction du pouvoir. Cette secte avait gagné le pouvoir il y a 30 ans, lorsqu’une peste mystérieuse c’était abattue sur la ville. La ville entière avait été mise en quarantaine par le reste des cités-états de la région, et la secte avait trouvé un moyen de lutter, en utilisant l’énergie spirituelle des défunts contre cette maladie. Cela avait provoqué énormément de remous, puisque cela leur retirait toute chose de revenir en tant que fantôme, et donc aussi leur chance d’accéder à l’après-vie. Pour les habitants de la cité, c’était utiliser les âmes de leurs proche comme du carburant. Pour une noble cause, certes, mais pour eux la perte était toujours aussi dure.

Au bout de quinze ans, la peste avait diminuée, après avoir réduit énormément la population. Mais les Exorcistes avaient continué, terrifié à l’idée d’un retour de la peste. Il y a quelques mois, le peuple s’était révolté et avait chassé les exorcistes du pouvoir et les avait attaqué. Si tout le monde avait vu cela à l’époque contre une révolte d’un peuple ingrat contre ceux qui les avaient sauvé, cela avait changé après les émeutes d’il y a quelques jours. Une centaine d’adolescent, anciennement exorciste avaient utilisé un étrange pouvoir, qui s’était retourné contre eux.

La plupart en était mort sur le coup, le reste se retrouvant en sang sur le sol au bout de quelques pas, incapable de bouger et agités de spasme. Saël était l’un des seuls survivant de désastre.

Et désormais, Aezoth désirait des réponses.

Et ses seules chances de réponses résidaient dans un adolescent terrifié et affaibli. « Féroce », donc. Les personnes dirigeant la secte avaient affirmé ne rien connaître de cette histoire et de ne pas comprendre ce qui s’était passé. Les autorités aussi. Elles ne tireraient rien d’eux. Cependant, un enfant pouvait toujours finir par dire les informations. S’il comprenait que c’était mieux pour tout le monde que ce soit connu, c’était gagné. Mais elle savait que ce serait plus difficile. L’ado plissait des yeux. Il allait bientôt se rappeler d’elle.

Elle le vit quitter précipitamment sa position allongée pour s’asseoir sur le lit. Ah, il avait compris qui il était.

— Vou-vous ! s’écria-t-il, sa voix prise à la fois par la peur et l’indignation. C’est vous qui avez attaqué quand la police nous a encerclé !

Le jeune coyote se souvenait d’elle. Il ne l’avait pas très bien vue, mais maintenant il était sûr. Il se souvenait de l’attaque. Saël n’avait pas participé à la manifestation pour reprendre leur ancien rôle, mais pour faire voir au monde entier les purges qui avait commencé. L’adolescent avait déjà été attaqué plusieurs fois dans des rues. Pourtant, même s’il avait détesté ce qu’il avait eut à faire, il fallait bien que quelqu’un le fasse.

C’était la terreur face à sa puissance qui l’avait fait déclencher le pouvoir ancien.

— Sortez ! Partez ! Je ne veux pas vous voir !

Sa voix craquait sous les cris. L’elfe devina qu’il ne fallait pas qu’elle reste, et se retira rapidement, le laissa seul.

Dans le couloir, le gardien l’attendait avec un air goguenard.

— Je voulais l’avait bien dit qu’il se comporte comme une bête féroce, s’amusa-t-il. Je serais vous, je l’aiderais pas à être exilé ce voleur d’âme. La perpétuité lui conviendra mieux, ça lui apprendra la vie. Franchement vous devriez même pas mettre vos nez dans ces affaires.

— Oh, peut-être, répondit avec calme l’arcaniste. Il n’empêche que je suppose que vous ne vous posez pas de question sur cet incident, ni sur la possibilité qu’il en existe qui maitrise la force inconnue qu’ils ont tenté d’employer, et qui aimerait peut-être l’utiliser ?

Le gardien ne dit rien, et Aezoth en profita.

— Des personnes ont tenté des expériences malsaines sur ses enfants, et ont tenté de leur fournir un bizarre étrange. Je veux aussi savoir pourquoi tous leurs exorcistes sont des therions.

Le gardien haussa les épaules. Aezoth devina que dans sa tête, les therions acceptaient n’importe quel job. Elle décida de ne pas continuer cette discussion stérile. De toute façon, elle avait eut l’autorité sur cette affaire, et le gardien de cette prison n’avait pas envie de s’attirer la colère de l’autre type de gardien, ceux de cette planète. L’elfe prit congé, et rentra chez elle.

Elle devait trouver la solution.

Les jours suivants furent une succession d’échec avec le jeune therion.

Il refusait de parler et se contenter de fixer d’un air méfiant l’elfe, assis et recroquevillé sur son lit. Il mangeait peu, il parlait peu, et semblait s’enfermer dans un mutisme. Impossible de savoir ce qu’il voulait, ce qu’il pensait, ni même pourquoi il agissait comme cela. Est-ce le fait d’avoir frôlé la mort, le fait d’être enfermé, le fait de voir une personne qu’il voyait comme un ennemi venir régulièrement le voir ?

Aezoth tenta de lui expliquer pourquoi elle était ici. Le but de sa mission, l’importance de savoir ce qu’avait subit Saël. Même sa propre santé, les risques que son corps dégénère ne semblait pas suffisant pour qu’il délie son silence. En cela, elle voyait que Saël était un adolescent normal : elle ne savait pas s’il ne serait-ce que l’écoutait où pas. L’hostilité du jeune coyote se sentait rien qu’en entrant dans la pièce.

L’elfe se sentait mal. Elle n’avait pas envie de laisser un gamin mourir parce que celui-ci était trop borné pour l’écouter. Mais elle ne pouvait pas non plus le forcer. Cependant, les gens importants de la cité s’impatientait. Si elle ne réussissait pas à le faire sortir de cette ville, elle devinait que les conséquences seraient grave. La paranoïa montait, et les habitants commençait à croire – non sans l’aide de discours construit dans ce but – que l’ado mort de trouille au fond d’une cellule était une arme destinée à être utilisée contre eux.

Mais ce ne fut pas son seul échec. Il semblerait qu’une partie des personnes importante de la ville n’avait aucun rapport effectivement avec les agissement d’Anubis. Et même les chefs semblaient bel et bien ignorant des origines du drame. La conclusion commençait dangereusement à se rapprocher de l’existence de personnes extérieure ayant tenté d’utiliser les exorcistes d’Anubis pour tester quelque chose… mais quoi ?

Pour cette question, la réponse vint rapidement. Aezoth avait du mal à obtenir les dossiers des analyses médicales faites sur le jeune coyote. Elle dut lutter contre la bureaucratie, et user de toute son autorité de gardienne, allant même jusqu’à menacer la ville de lui faire retirer toute protection en cas d’attaque massive sur la ville – de quoi intéresser tout les voisins de la cité état. Et lorsqu’elle les obtint, les résultats furent plus alarmant pour l’ado que pour la ville. La vague d’énergie qui l’avait traversée avait tenté d’amplifié une grande partie de ses capacités physiques. Une « rage berserk ». Une ancienne capacité des berserk, sous-espèce aujourd’hui disparue, et qui était supposée leur offrir une puissance de combat incroyable. Un renforcer des capacités physiques. Cependant, il y avait un prix à l’abus de ce pouvoir : leur système nerveux et musculaire était petit à petit endommagé par cet usage, et la baisse progressive de leur espérance de vie.

Et le jeune corps frêle de Saël n’avait pas supporté le choc, et l’avait blessé. Elle devinait que sans soin médicaux, c’était la survie même du garçon qui était mise en péril. Elle allait donc devoir faire quelque chose. Le convaincre d’accepter de partir avec elle – et accessoirement ensuite de l’aider à mener l’enquête pour savoir qui cherchait à monter dans cette ville une armée de guerrier berserk. Et dans quel but.

Durant les jours suivant, Saël se fit de plus en plus fermé face aux questions de l’elfe. Ce fut cependant un incident qui lui offrit un moyen de se rapprocher de lui.

Des gardes furent obligé eux aussi de l’interroger, ordonné par les autorités qui espéraient que le jeune adolescent à moitié blessé et utilisé comme de la chair à canon aurait une idée de qui pouvait bien être la personne à l’origine de tout ce drame. Aezoth les vit attraper le bras du jeune adolescent qui poussa un glapissement de douleur. Son corps était visiblement toujours dans un mauvais état. Pour la première fois, elle vit Saël debout. Et elle compris pourquoi celui-ci avait toujours évité qu’elle le voit comme ça, même quand cela voulait dire devoir rester assis sur le sol.

Immédiatement, le jeune garçon perdit l’équilibre, tombant en avant. Ses jambes n’arrivaient plus à le porter.

Aezoth réagit aussitôt, et pointa vers le bras vers Saël. Elle était une arcaniste de la matière, elle pouvait influencer sur les connexion chimique dans les matériaux. Elle ne pouvait pas changer le plomb en or, mais elle pouvant modifier la structure du sol pour en faire une sorte de sable moelleux, qui allait amortir la chute de l’adolescent. Elle se précipita en même temps pour aller l’aider à se relever, poussant au passage les deux gardes, et leur passant un savon comme ils n’en avait sans doute rarement connu.

Elle exigea alors d’être présente lors de l’interrogatoire. Les deux gardes, penauds, ne semblèrent pas trouver d’objections à cette demande. Cependant, cet interrogatoire fut peu instructif. Si la langue du jeune coyote sembla se délier, il se contenta de dire qu’il ne savait rien. Si les gardes furent dubitatif, Aezoth consenti à donner – loin des oreilles du coyote – des renseignements venant de ses propres investigations, et le fait qu’elle soupçonnait un élément extérieur d’avoir manigancé tout cela.

Saël fut reconduit à sa cellule, et ce fut les informations d’Aezoth qui devinrent le premier sujet d’intérêt des hauts membres de la ville.

Les jours suivant, Saël commença à s’ouvrir à Aezoth.

Il commença par avouer qu’il avait faim. Obtenant ainsi des brioches – qu’Aezoth découvrit être l’aliment que Saël préférait dans la vie avec les sodas, le jeune coyote semblant être un grand amateur de nourriture sucrée – il fut d’humeur à en révéler plus sur lui même. Ainsi, l’elfe apprit que le jeune garçon rêvait d’apprendre la magie des esprits, voir de devenir un empathe – un mage des émotions. Il était une catastrophe niveau orientation, et qu’il aimait beaucoup la couleur bleu.

Cependant, après les bavardages commencèrent à venir les premières informations : Saël savait que ce qu’il avait tenté d’utiliser était une rage berserk. Tout les exorcistes de l’ordre avaient appris à la déclenché, mais il ne pensait pas qu’il y avait le moindre rapport entre les exorcismes et le berserk. Il ne pouvait imaginer que son ordre manigançait quelque chose : Ils avaient toujours sacrifié le fait d’avoir une vie simple pour protéger la ville de la maladie ! Aezoth constata que le jeune therion avait une confiance absolue en son ordre.

Cependant, ce fut cette confiance qui fit qu’il fut bouleversé lorsqu’il apprit à quel point la rage berserk mettait son corps en danger, et pour lui, et pour toute personne qui l’utilisait.

— Mais, ils ne feraient jamais ça !

Aeozth ne lui fit aucunement part des théories qu’elles commençait à développer. Quelqu’un, quelque part, qui avait manipuler les Exorcistes d’Anubis. Mais elle n’avait aucune idée de qui aurait pu faire ça. Ce n’était pas encore le moment. C’était le moment de lui indiquer qu’elle pouvait lui fournir de l’aide médicale. Le jeune coyote sembla songeur, et lui demanda ce qu’elle proposait.

— Oh, c’est simple, expliqua l’arcaniste. Les deux possibilités que t’offre la ville sont l’exil ou la perpétuité. Cependant, pour ce premier, il faut quelqu’un prêt à t’accueillir. Je peux t’amener chez moi, et te scolariser et te faire inscrire à un suivit médical. L’ordre des gardiens acceptera sans trop de soucis à payer tout ça et à te fournir une pension. De plus, ma mère est une mage des esprits, et je suis certain qu’un apprenti de plus ne lui déplairait pas. Ensuite, une fois que t’es majeur, tu seras libre de faire ce que tu veux.

Saël sembla songeur. C’était une nouvelle vie qui s’offrait à lui. Ces gardiens semblaient avoir pour but de protéger le monde. Il en avait entendu parler depuis des années, comme tout les enfants de la Contre-Terre, et se demandait bien ce qu’il pouvait avoir à découvrir dans cet ordre. Et la possibilité d’apprendre à maîtriser mieux la magie avec une maître lui offrait des possibilités nouvelles. Et surtout, il allait pouvoir en apprendre plus sur le monde… surtout si les gardiens voyageait à travers le monde !

— J’accepte ! répondit avec joie l’adolescent, souriant comme jamais Aezoth l’avait vu sourire. J’espère que je pourrais voir des gardiens, en rencontrer plus !

Aezoth fut contente de la réponse de Saël, mais s’inquiéta un peu de son enthousiasme envers les gardiens. Elle même songeait souvent à quitter l’ordre pour se retirer vers l’enseignement, et connaissant les soucis de la société des gardiens. L’elfe espérait qu’il pourrait se détacher de l’ordre des gardiens, et qu’il ne transférerait pas trop la loyauté qu’il avait envers Anubis aux gardiens Cependant, ce n’était pas le moment de penser à cela. Elle allait pouvoir dire que Saël acceptait l’exil, et qu’elle allait s’occuper désormais de lui.

Saël, lui, attendait patiemment sur le lit, mais avec un air plus enjoué que jamais. L’adolescent « féroce » ne le semblait désormais plus tellement, maintenant que la peur et la douleur était remplacé par une envie pleine de vivre.

C’était un jour normal pour Gaël. Le jeune humain aux implants bioniques se promenait dans les rues protégées de la capitale du continent Antarctique, le Pôle Sud. Depuis qu’il avait du avoir la mécanisation complète, le jeune homme s’habituait non sans quelques difficultés à son nouveau corps. Cependant, les nouvelles possibilités lui semblaient impressionnantes. Il avait hâte de tout essayer. Il se dirigea comme à son habitude vers son disquaire préféré, et commença à regarder les disques.

Et c’est en ce jour ordinaire que l’évènement arriva. Gaël commença par se sentir plutôt mal. Il ne comprenait pas trop ce qu’il lui arrivait. Cependant, ce fut comme si une phrase résonnait dans sa tête, ou plutôt, était implémenté dans ses composants bioniques.

« Il est temps de retourner à la réalité »

Et ce fut à ce moment précis que la lumière qui éclairait le monde s’éteignit. Seul existait désormais une nuit perpétuelle. Les yeux artificiels de son nouveau corps avaient cessé de fonctionner.

Gaël paniqua. Autour de lui, il entendait des sons entremêlés, mais ne pouvait pas regarder pour en identifier visuellement la cause. Qu’est ce qui avait fait tel ou tel bruit ? Il n’avait aucun moyen de le vérifier. Il ne savait même pas si certains sons avaient la même cause ou non. Le jeune homme ne savait pas quoi faire. Le cyborg avait peur de demander de l’aide. Qu’est-ce qui se passait, qu’est-ce qu’était cette voix, pourquoi lui avait-on fait cela ? Il avait cependant encore plus peur de tenter de sortir en avançant à tatons. Ne risquait-il pas de mettre sa main dans quelque chose de dangereux ? Gaël avait peur. Est-ce que c’est comme ça que sera désormais sa vie ?

La peur, les sensations, et un mal de crâne eurent raison de la façade qu’il tentait de garder, et il fit un malaise. Sans pouvoir voir ce qu’il se passait, il entendit les gens s’affairer autour de lui. Des échos de voix, tous entremêlés. Il entendit que quelqu’un appelait les secours. Oui, vite, qu’on puisse réparer ses yeux ! Gaël se laissa glisser dans l’inconscience. Il espérait voir en cela un raccourci vers le moment ou il retrouverait sa vue.

***

Gaël se réveilla, allongé dans un lit. Autour de lui, les sons typiques des appareils d’un hopîtal. Il ne voyait toujours rien. Il entendit juste une voix. Il devina que c’était le médecin ou une personne en charge de ses parties bioniques : il ne reconnaissait pas cette voix.

— Tu es réveillé ?

Il acquiesça. Il entendit un soupir. Le médecin avait sans doute des mauvaises nouvelles à lui annoncer. Gaël se sentait trembler.

— Tu as été attaqué par des membres de l’Homo Novus. Il semblerait qu’ils aient attaqué plusieurs personnes ayant des implants bioniques ces derniers jours. Je suis vraiment désolé que tu ais été une de leurs victimes, et nous allons faire notre possible pour les attraper.

A vrai dire, qui l’avait fait n’était pour l’instant pas la première préoccupation de Gaël. C’était ses chances de guérisons.

— Bon, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à t’annoncer…

C’était toujours mauvais signe quand un médecin disait ça.

— La bonne, c’est que les mecs qui t’ont attaqués n’ont pas réussi à pirater des zones de ton cerveau. Ils n’auront pas de quoi te faire du chantage, ni n’ont pu implanter de virus en toi.

Un silence. L’heure allait être à la mauvaise nouvelle. Le jeune cyborg devinait aisément ce qu’il allait entendre, tout en espérant de toutes ses forces le contraire.

— Malheureusement, ils ont en piratant tes yeux abîmés ton cerveau, et la zone de la vue en tout particulier. On ne peut pas réparer ça.

Le jeune garçon en dit rien. Il avait envie de crier, de pleurer, mais ne dit rien. Il n’avait pas envie de savoir que cette personne qui lui avait annoncé de la nouvelle retentirait de la pitié pour lui. Il se retourna dans son lit. Il n’écouta que d’une oreille l’homme lui expliquer qu’on lui fournirait des cours pour apprendre le braille, et lui expliquerait comment se brancher directement à un ordinateur pour utiliser des interfaces non-visuelles pour l’utiliser, et acquérir directement les informations des textes à l’écran. Il n’avait pas envie d’aller à ses cours. Même si ces cours servaient à l’aider dans sa vie, il avait l’impression que ça rendait la situation définitive, lui retirait tout échappatoire. Il se retourna.

Lorsque l’homme fut parti, Gaël resta allongé dans son lit. Il rumina l’attaque qui l’avait privé de ses yeux. Comme si en imaginant assez comment cet événement pourrait s’être passé autrement, cela allait changer les choses. Comment s’adapter à la perte d’un sens ? Comment s’adapter à tout ce qu’on ne pourra plus faire ? Comment accepter l’idée que toutes ces sensations que nous avait apporté notre vue, nous ne l’auront plus ? Cela lui semblait impossible.

Toute la fin de la matinée, le cyborg vit des membres de sa famille le visiter. Autour de lui, ses proches tentaient de lui remonter le moral. Lui dire qu’il réussirait à s’en sortir, que ça irait mieux. Ce n’était pas eux qui sont dans cette situation, c’était donc facile de dire ça. Quelques personnes tentèrent de faire de l’humour dessus. Des jeux de mots dont Gaël se serait bien passé pour le moment. Le pire n’était pas quand c’était méchant. Le pire était qu’ils étaient persuadés que ça allait lui remonter le moral.

Une fois cette procession terminée, Gaël se retourna à nouveau dans son lit. Il ne se sentait pas encore capable de faire autre chose que de ruminer. Que de vouloir pleurer, hurler à l’injustice du sort. Il avait subi une attaque par des gens qui le considérait comme inférieur aux humains, et un danger pour l’humanité, à cause des parties bioniques qu’il avait subit comme un accident. Et à cause de ces personnes, il avait perdu désormais sa vue.

Gaël avait envie de vengeance, mais savait qu’il n’avait aucun moyen de la faire. Il ne pouvait que ruminer sur son sort, et pour l’instant s’apitoyer.

Il lui faudrait du temps pour remonter la pente.

#Inktober2017 - Day 20. Blind

« Nan, mais c’est pas possible, je peux pas porter ça, je vais être ridicule ».

Sous cette complainte classique, c’était un cri du cœur qui sortait de la bouche de Lucie. Dans cette robe de soirée, elle se sentait gênée comme jamais. Elle regardait avec envie le costume de son frère, Lucas. Celui lui semblait tellement plus proche de ce que les deux jeux adolescents portaient habituellement, juste à prix beaucoup plus élevés. Cependant, comme s’il avait entendu les pensées de sa jumelle, il rétorqua.

— « Te plains pas, toi tu ressembles pas à un pingouin… »

Les deux jumeaux étaient obligés de se rendre à une soirée huppée, pour des raisons obscures liés au métiers de leurs parents. S’ils avaient bien compris, ils avaient fait un truc, ce truc avait été apprécié, et du coup ils étaient passé à la télé – ça c’était super cool – et ils avaient été invités avec les enfants à la soirée. Et les deux jeunes adolescents étaient donc forcé de porter ces tenues. Ils se sentaient tellement gênés dans leurs costumes qu’ils se demandaient s’ils ne ferait pas mieux de venir nus…

On leur avait dit que c’était important, que là-bas, tout le monde était élégant, et qu’ils devaient l’être aussi. Aucun des deux ne s’était jamais décrit comme « élégant », et ils avaient l’impression que leur faire croire qu’ils allaient être élégant juste en portant ce costume, c’était un mythe. Lucas savait parfaitement qu’il n’allait pas parler de la même manière que les autres, et que ça se remarquait. Lucie avait lu une fois quelque chose sur le nombre de couvert qu’il y avait. Et si elle se trompait de fourchette ? Tous deux comprenaient qu’il y avait certains codes pour être élégant, et qu’il leur manquait les clefs pour les déchiffrer. Ils n’auraient pas les mêmes références, ils seraient plongés dans un monde dont ils ne connaissaient rien. Lucas avait même voulu prétexter de devoir réviser une dictée pour échapper à cela.

Ils avaient peur. Et si par leur comportement, ils étaient reconnus comme ne faisait pas partie de ce monde ? Seraient-ils des intrus, n’ayant aucun droit d’être présent en ces lieux ? Seraient-ils ridicules de par leurs vêtements et leurs comportements ? Ils ne savaient pas si c’était vrai ou faux, mais en tout cas avaient assez peur que ce soit vrai pour vouloir éviter que cela arrive. Lucas remarqua que c’était sans doute la première fois que lui et Lucie étaient inquiets d’être à un endroit où ils ne devaient pas être.

Cependant, malgré toute leurs protestations, les parents les amenèrent dans la voiture, scellant leur triste sort.


Au sortir de la soirée, les enfants se dirent que ça avait été un succès, contrairement aux adultes qui l’étaient moins, et ce pour la même raison. Même si le début de la soirée fut prise d’un silence gênant avec les enfants des autres adultes, il y avait un langage universel, qui pouvait transcender les différences de langage, et composer leur manque dans cette discipline auguste et ancienne qu’était l’élégance :

Les bêtises.

#Inktober2017 - Day 16. Graceful

Lloyd Patterson et Samain Teurasis étaient excités comme ils ne l’avaient jamais été. Les deux jeunes étudiant étaient entrés avec succès dans l’université des Gardiens, et se préparaient à effectuer leur première mission, mis en bînome pour ce stage. Samain était contente d’être avec Lloyd : La famille Patterson était une ancienne famille d’exorciste, ce qui faisait qu’ils avaient pu être mis sur une mission un peu plus intéressante que la poursuite d’une chèvre à cinq patte dans les alpages. Elle avait également hâte de voir en action ses pouvoirs en action. Même si elle n'était pas intéressé par devenir exorciste, elle avait très envie de voir ça en action.

Les deux jeunes adolescents poussèrent la porte de la bibliothèque d’une banlieue de Neptrecus, capitale du royaume de Nouvelle-Neustrie, où ils avaient eu leur mission. Ils furent accueilli par le gardien de la bibliothèque, comme affolé :

— Ah, enfin vous voila, s’exclama-t-il d’une forte voix. Figurez-vous que je commençais à me demander ce que vous faisiez. Déjà que je suis fortement désappoité que l’Ordre des Gardiens accorde aussi peu d’importance à ma requête qu’ils ne m’envoient que des novices, mais. Depuis ces six derniers mois, ce n’est pas moins de 7 livres qui ont été dévorés ! Certes, l’assurance les a remboursés tous les trois, mais quand même ! Allez, j’espère que vous allez réussir à m’en débarrasser, sinon assurez-vous que je préciserais bien la teneur de votre échec dans mes messages !

Samain se tourna vers son camarade, légèrement effrayée. Elle avait eu des cours de spiritologie, mais elle n’avait pas la moindre idée de ce que ça pouvait être. Heureusement, celui-ci restait calme. On était dans son domaine, après tout.

– Il s’agit d’un dévoreur de mot, un mangeur d’information, même si normalement ils ne sont pas si voraces. Un dévoreur de mots se contente normalement de quelques informations à droite et à gauche : On les remarque d’habitude en voyant des détails qui ont disparu dans des textes qu’on relit. Après, techniquement, on a jamais vu un dévoreur de mot se retrouver en état de manque d’appétit. En avoir un dans une bibliothèque a du lui faire l’effet d’un buffet à volonté rempli de nourriture délicieuse et de luxe, la première fois : Il peut pas se contrôler, et n’aura même pas « plus faim ». Du coup, il mange de plus en plus. Ce qui veut dire que si on ne fait rien, ça va empirer.

Samain hocha la tête. Elle comprenait pourquoi on pouvait se permettre de faire une mission d’exorcisme de rang vert avec quelqu’un comme Lloyd. Il avait eut accès à une expérience que les autres n’avaient pas, ce qui lui donnait un avantage certain dans ce genre de situation.

– Et comment peut-on faire pour le débusquer ? questionna-t-elle.

– C’est la partie la plus simple, répondit simplement Lloyd en jetant une graine sur le sol. Un bon exorciste peut faire ça en quelques secondes. Pour nous, ils nous faudra facilement une quizaine de minute pour l’avoir.

Il y eut un grand flash lumineux et un bruissement. Des livres de la bibliothèque s’envola une nuée d’insectes, qui formaient une masse bourdonnante et indistinct. S’approchant dangereusement des deux apprentis, ceux-ci purent voir qu’il était composé uniquement de lettres et de signes.

– Wow, il est énorme ! s’excalama Lloyd, avec un peu de panique dans sa voix.

La créature fondit sur les deux. Samain vit que Lloyd n’arrivait pas à bouger, terrifié. Il n’avait visiblement pas anticipé la taille de la créature. Elle prit son courage à deux mains et bondit sur le jeune homme, le plaquant au sol pour éviter qu’il se fasse attaquer par le dévoreur. Celui-ci passa juste par-dessus leur tête. Ils sentirent les informations dans leur tête être aspirées par la créature. C’était comme s’ils sentaient leurs pensées, et quelques détails de leurs souvenirs partir à travers leur crâne, vers la créature. Le mal de crâne provoqué par cette expérience était lancinant, mais fort heureusement s’arrêta bien vite quand la créature alla se terrer. Dans le fond de la bibliothèque.

— Merci, fit Lloyd à sa camarade, gêné de son manque de contrôle.

Il se ressaisit cependant rapidement, et alla attraper quelques livres. Une encyclopédie. Il la posa par terre, et l’entoura rapidement de parchemin qu’il avait sorti de sa poche. Il expliqua rapidement à voix basse qu’il tendait un piège.

— Hé, dévoreur ! Je t’en conjure, prend ce livre et laisse le reste de la bibliothèque tranquille ! Pense aux générations futures, et au festin qui t’attends dans ce livre !

La créature sombra de l’ombre et s’approcha. C’était comme si la pensée de ce qu’elle allait manger était trop forte pour pouvoir résister. L’esprit plongea comme prévu droit dans le piège. Les quelques parchemins s’illuminèrent à son contact, et il se retrouva piégé. Lloyd prit une inspiration et commença à réciter son incantation.

— Ô créature des temps premiers, descendant de ceux qui ont marché jadis sur les deux mondes, être d’esprit et non de corps, part de ce monde, part de cette terre. Je te chasse, moi, membre de ceux qui foulent aujourd’hui ce sol, membre des êtres qui dirigent à présent ce monde. Par les pouvoirs de cette incantation, par le travail de tout mes ancêtres, je te bannis dans les limbes, dans l’autre monde.

La créature sembla se révulser pendant que Lloyd récitait ces mots d’un ton monocorde. Cepednant, brutalement, la magie fut comme brisé et les parchemins se consumèrent. Lloyd n’était pas assez fort pour la contenir. Celui-ci blêmi. Il était à la portée d’un être furieux contre lui, qui pouvait dévorer toutes les informations que contenait sa tête. Son identité même n’était qu’un casse-croûte pour cette créature.

Il ferma les yeux. Il n’avait pas le temps de fuir ou de faire quoi que ce soit. Le seul moyen qu’il aurait serait d’utiliser Samain comme appât, et il se refusait de faire ça. Dans un coin de sa tête, il espérait qu’elle serait là pour l’aider une fois qu’il perdrait tout. Il espérait pouvoir avoir une personne sur qui il pouvait compter.

Mais sa préparation à la mort de sa personnalité fut brisée par la voix de Samain.

— Hé, ducon, la mouche-à-mot ! cria-t-elle sur un ton et dans un langage qui ne lui ressemblait absolument pas. Tu veux vraiment de l’info croustillante ? Je t’assure que la bibliothèque, ou ce qu’a dans la tête Lloyd, c’est genre rien par rapport à ce que je vais te filer.

Elle tenait dans sa main un petit rectangle de plastique, avec un écran qui brillait. Son téléphone portable.

— Laisse-moi te présenter Internet ! Chantonna-t-elle avec fierté. Une source infinie d’information. Sais-tu qu’on y produit l’équivalent d’un nombre invraisemblable de livre chaque jour ? Des encyclopédies complètes s’y trouve, du code et de la documentation pour des tonnes de logiciels, des théories, assez d’aventure écrite pour remplir toute une vie de lecture, assez d’oeuvre et d’idée pour te nourrir à jamais. Tu crois que cette bilibothèque est un buffet à volonté ? Ah ! On dirait que dans tes infos, tu n’as jamais trouvé le mot

Lloyd eut un glapissement. Elle le provoquait ! Il devina qu’elle imitait le style d’une de leur camarade, Faiza. Samain parlait avec l’exact même assurance de la jeune sorcière. L’esprit fondit vers le téléphone de la jeune fille, entourant sa main et son bras. Il commença à aspirer les informations

— C’est bon, hein ? Et tu n’as pas fini. Accélère, parce que tu en trouveras toujours plus. Vu ce que je vais te présenter, tu vas être impressionné. Laisse-moi te présenter les réseaux sociaux. Ici, chaque personne peut y donner des informations sur sa vie privée. Une encyclopédie du jour-le-jour de plusieurs milliards d’individus ! Tu n’as jamais vu autant, hein !

La créature semblait grossir à vue d’œil. Des petits éclairs d’énergie se formaient entre les lettres et les signes. Lloyd jura voir des emoji apparaître parmi les symboles.

— Oh, toutes ces données, tous ces savoirs ! C’est un peu le fast-food de l’info, hein ? Le Big-Data, en guise de Big Mac, quoi ! C’est gras, c’est fat, c’est tout ce que tu as toujours rêvé !

D’un coup, l’esprit sembla exploser. L’onde de choc dérangea tous les livres, et fit tomber à la reverse Samain et Lloyd.

Ce dernier se releva rapidement, étant plus loin de l’épicentre de l’explosion, et se précipita vers Samain pour voir si celle-ci allait bien. Il l’aida à se reposer, et la vit grimacer en voyant que son téléphone ne marchait plus. Cette histoire lui aurait coûté cher… Elle se tourna vers Lloyd avec un sourire :

— Bon bah l'exorcisme 2.0 c'est rigolo mais à ça coûte cher ! rit-elle.

Lloyd fit un sourire un peu forcé, et l’aida à marcher jusqu’au bibliothécaire qui les attendait avec un air mi-en colère contre le bazar qu'ils avaient mis, mi-impressionné par la performance de Samain. Le jeune exorciste était venu en imaginant apprendre des choses à sa camarade. Il avait espéré que le voir en action l’aiderait à se dire que l’exorcisme était une bonne chose, et pourquoi pas un choix possible pour elle maintenant qu'elle ne pouvait plus devenir une sorcière. Qu’il en montrerait les qualités. Mais en fin de compte, elle avait même fait une découverte, celle qu’il était possible d’atteindre les limites d’un dévoreur de mot, grâce à internet.

Le jeune homme soupira. Il se dit qu’ils avaient été deux à avoir les yeux plus grands que le ventre, dans cette histoire… Et maintenant, lui devrait subir les conséquences quand son père apprendrait sa performance.

#Inktober2017 - Day 15. Fat

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