Ils avaient vaincu la maladie et la mort. Ils avaient atteint l’éternité. Ils s’étaient numérisés.

Le corps est faible, le corps est mortel, seul l’esprit compte. Ce nouveau dualisme avait été dans toutes les discussions avant le grand changement. Pouvait-on abandonner son corps pour devenir un pur être d’âme ? Est-ce que c’était une apothéose, l’atteinte d’un nouveau stade, ou l’abandon d’une partie de ce qui faisait d’eux des humains ?

Les débats étaient hargneux, mais ils n’avaient pas eut le choix. Une catastrophe imminente. Une flotte spatiale détruite, incapable d’évacuer la population. La numérisation de toute les consciences avait été vue comme la seule possibilité.

Un grand réseaux neuronal avait été battit, caché à un endroit où il ne pourrait pas être détruit par la météorite. Une campagne avait été faite pour préparer l’apothéose.

Et elle s’était produite, leur faisant tous atteindre cette nouvelle forme d'existence.

Désormais, ils étaient des êtres de pure conscience, des esprit détachés du monde physique. Ils pensaient que ce qu’il se passait dans l’univers importait peu, maintenant, ils faisaient parti des nuages. Ils ne s’étaient pas connecté au reste du monde. En effet, pourquoi parler aux autres machines quant ils avaient déjà de toute façon toute la population pour parler.

Ils voyaient les informations reliées entre elles, formant une immense toile d’araignée dans un espace avec tant de dimensions qu’ils n’auraient jamais pu pouvoir le comprendre. Mais ils avais accès désormais accès à tout le savoir, et avaient la possibilité de discuter et de s’élever à des niveaux philosophiques jamais atteint.

Désormais, chaque microseconde de leur temps était utilisable, et ce jusqu’à la fin des temps. Ils étaient immortels, et pourraient toujours découvrir de nouvelles possibilités. Ils n’étaient plus lié au bas monde physique et vivaient désormais au dessus du monde, dans les nuages du virtuel, du numérique. Le monde entier pouvait être détruit, ils survivraient.

Ils étaient des dieux.

Cependant, un jour, une catastrophe arriva.

Des informations disparurent. Ce n’était pas grand-chose, mais des mots qui manquaient, des défauts. Des données qui semblaient corrompues. Il y avait des bugs dans la machine. Les erreurs commencèrent à se multiplier. Des petits réseaux commençaient à se corrompre, comme un virus qui se déplaçait de donnée en donnée, les rendant fausse où simplement insensée. Quand elles ne disparaissaient pas totalement. De petits réseaux en petits réseaux ce furent rapidement des pans entier de leur univers numérique de pures consciences qui disparurent.

Mais ce n’était pas tout. Ils se sentaient affaibli. Comme si penser devenait de plus en plus lent. Comme si ce qui avait leur avait prit peut de temps à comprendre et assimilé devenait parfois affreusement long pour eux. Ils ralentissaient. Certaines pensées semblaient d’un seul coup changée, et d’autres semblaient incompréhensibles. Comme si l’information s’était mal copiée, comme s’il y avait eut une erreur dans la conservation de leur mémoire.

Parfois même leur compteur de temps sautait, comme s’ils avaient tous loupé quelques seconde. Comme si pendant ce temps, aucune personne dans cet univers n’avait existé. C’était des micro-coupures dans la machine : Pendant tout ce temps, rien ne s’était passé, seul le compteur, externe à la machine, avait continué à tourner.

Et puis, d’un coup, plus rien.

La machine qui contenait l’entièreté de la population d’une planète avait simplement planté, et n’arrivait plus à redémarrer.

« There is no such thing as “the cloud,” it’s just somebody else’s computer »

Lloyd Patterson et Samain Teurasis étaient excités comme ils ne l’avaient jamais été. Les deux jeunes étudiant étaient entrés avec succès dans l’université des Gardiens, et se préparaient à effectuer leur première mission, mis en bînome pour ce stage. Samain était contente d’être avec Lloyd : La famille Patterson était une ancienne famille d’exorciste, ce qui faisait qu’ils avaient pu être mis sur une mission un peu plus intéressante que la poursuite d’une chèvre à cinq patte dans les alpages. Elle avait également hâte de voir en action ses pouvoirs en action. Même si elle n'était pas intéressé par devenir exorciste, elle avait très envie de voir ça en action.

Les deux jeunes adolescents poussèrent la porte de la bibliothèque d’une banlieue de Neptrecus, capitale du royaume de Nouvelle-Neustrie, où ils avaient eu leur mission. Ils furent accueilli par le gardien de la bibliothèque, comme affolé :

— Ah, enfin vous voila, s’exclama-t-il d’une forte voix. Figurez-vous que je commençais à me demander ce que vous faisiez. Déjà que je suis fortement désappoité que l’Ordre des Gardiens accorde aussi peu d’importance à ma requête qu’ils ne m’envoient que des novices, mais. Depuis ces six derniers mois, ce n’est pas moins de 7 livres qui ont été dévorés ! Certes, l’assurance les a remboursés tous les trois, mais quand même ! Allez, j’espère que vous allez réussir à m’en débarrasser, sinon assurez-vous que je préciserais bien la teneur de votre échec dans mes messages !

Samain se tourna vers son camarade, légèrement effrayée. Elle avait eu des cours de spiritologie, mais elle n’avait pas la moindre idée de ce que ça pouvait être. Heureusement, celui-ci restait calme. On était dans son domaine, après tout.

– Il s’agit d’un dévoreur de mot, un mangeur d’information, même si normalement ils ne sont pas si voraces. Un dévoreur de mots se contente normalement de quelques informations à droite et à gauche : On les remarque d’habitude en voyant des détails qui ont disparu dans des textes qu’on relit. Après, techniquement, on a jamais vu un dévoreur de mot se retrouver en état de manque d’appétit. En avoir un dans une bibliothèque a du lui faire l’effet d’un buffet à volonté rempli de nourriture délicieuse et de luxe, la première fois : Il peut pas se contrôler, et n’aura même pas « plus faim ». Du coup, il mange de plus en plus. Ce qui veut dire que si on ne fait rien, ça va empirer.

Samain hocha la tête. Elle comprenait pourquoi on pouvait se permettre de faire une mission d’exorcisme de rang vert avec quelqu’un comme Lloyd. Il avait eut accès à une expérience que les autres n’avaient pas, ce qui lui donnait un avantage certain dans ce genre de situation.

– Et comment peut-on faire pour le débusquer ? questionna-t-elle.

– C’est la partie la plus simple, répondit simplement Lloyd en jetant une graine sur le sol. Un bon exorciste peut faire ça en quelques secondes. Pour nous, ils nous faudra facilement une quizaine de minute pour l’avoir.

Il y eut un grand flash lumineux et un bruissement. Des livres de la bibliothèque s’envola une nuée d’insectes, qui formaient une masse bourdonnante et indistinct. S’approchant dangereusement des deux apprentis, ceux-ci purent voir qu’il était composé uniquement de lettres et de signes.

– Wow, il est énorme ! s’excalama Lloyd, avec un peu de panique dans sa voix.

La créature fondit sur les deux. Samain vit que Lloyd n’arrivait pas à bouger, terrifié. Il n’avait visiblement pas anticipé la taille de la créature. Elle prit son courage à deux mains et bondit sur le jeune homme, le plaquant au sol pour éviter qu’il se fasse attaquer par le dévoreur. Celui-ci passa juste par-dessus leur tête. Ils sentirent les informations dans leur tête être aspirées par la créature. C’était comme s’ils sentaient leurs pensées, et quelques détails de leurs souvenirs partir à travers leur crâne, vers la créature. Le mal de crâne provoqué par cette expérience était lancinant, mais fort heureusement s’arrêta bien vite quand la créature alla se terrer. Dans le fond de la bibliothèque.

— Merci, fit Lloyd à sa camarade, gêné de son manque de contrôle.

Il se ressaisit cependant rapidement, et alla attraper quelques livres. Une encyclopédie. Il la posa par terre, et l’entoura rapidement de parchemin qu’il avait sorti de sa poche. Il expliqua rapidement à voix basse qu’il tendait un piège.

— Hé, dévoreur ! Je t’en conjure, prend ce livre et laisse le reste de la bibliothèque tranquille ! Pense aux générations futures, et au festin qui t’attends dans ce livre !

La créature sombra de l’ombre et s’approcha. C’était comme si la pensée de ce qu’elle allait manger était trop forte pour pouvoir résister. L’esprit plongea comme prévu droit dans le piège. Les quelques parchemins s’illuminèrent à son contact, et il se retrouva piégé. Lloyd prit une inspiration et commença à réciter son incantation.

— Ô créature des temps premiers, descendant de ceux qui ont marché jadis sur les deux mondes, être d’esprit et non de corps, part de ce monde, part de cette terre. Je te chasse, moi, membre de ceux qui foulent aujourd’hui ce sol, membre des êtres qui dirigent à présent ce monde. Par les pouvoirs de cette incantation, par le travail de tout mes ancêtres, je te bannis dans les limbes, dans l’autre monde.

La créature sembla se révulser pendant que Lloyd récitait ces mots d’un ton monocorde. Cepednant, brutalement, la magie fut comme brisé et les parchemins se consumèrent. Lloyd n’était pas assez fort pour la contenir. Celui-ci blêmi. Il était à la portée d’un être furieux contre lui, qui pouvait dévorer toutes les informations que contenait sa tête. Son identité même n’était qu’un casse-croûte pour cette créature.

Il ferma les yeux. Il n’avait pas le temps de fuir ou de faire quoi que ce soit. Le seul moyen qu’il aurait serait d’utiliser Samain comme appât, et il se refusait de faire ça. Dans un coin de sa tête, il espérait qu’elle serait là pour l’aider une fois qu’il perdrait tout. Il espérait pouvoir avoir une personne sur qui il pouvait compter.

Mais sa préparation à la mort de sa personnalité fut brisée par la voix de Samain.

— Hé, ducon, la mouche-à-mot ! cria-t-elle sur un ton et dans un langage qui ne lui ressemblait absolument pas. Tu veux vraiment de l’info croustillante ? Je t’assure que la bibliothèque, ou ce qu’a dans la tête Lloyd, c’est genre rien par rapport à ce que je vais te filer.

Elle tenait dans sa main un petit rectangle de plastique, avec un écran qui brillait. Son téléphone portable.

— Laisse-moi te présenter Internet ! Chantonna-t-elle avec fierté. Une source infinie d’information. Sais-tu qu’on y produit l’équivalent d’un nombre invraisemblable de livre chaque jour ? Des encyclopédies complètes s’y trouve, du code et de la documentation pour des tonnes de logiciels, des théories, assez d’aventure écrite pour remplir toute une vie de lecture, assez d’oeuvre et d’idée pour te nourrir à jamais. Tu crois que cette bilibothèque est un buffet à volonté ? Ah ! On dirait que dans tes infos, tu n’as jamais trouvé le mot

Lloyd eut un glapissement. Elle le provoquait ! Il devina qu’elle imitait le style d’une de leur camarade, Faiza. Samain parlait avec l’exact même assurance de la jeune sorcière. L’esprit fondit vers le téléphone de la jeune fille, entourant sa main et son bras. Il commença à aspirer les informations

— C’est bon, hein ? Et tu n’as pas fini. Accélère, parce que tu en trouveras toujours plus. Vu ce que je vais te présenter, tu vas être impressionné. Laisse-moi te présenter les réseaux sociaux. Ici, chaque personne peut y donner des informations sur sa vie privée. Une encyclopédie du jour-le-jour de plusieurs milliards d’individus ! Tu n’as jamais vu autant, hein !

La créature semblait grossir à vue d’œil. Des petits éclairs d’énergie se formaient entre les lettres et les signes. Lloyd jura voir des emoji apparaître parmi les symboles.

— Oh, toutes ces données, tous ces savoirs ! C’est un peu le fast-food de l’info, hein ? Le Big-Data, en guise de Big Mac, quoi ! C’est gras, c’est fat, c’est tout ce que tu as toujours rêvé !

D’un coup, l’esprit sembla exploser. L’onde de choc dérangea tous les livres, et fit tomber à la reverse Samain et Lloyd.

Ce dernier se releva rapidement, étant plus loin de l’épicentre de l’explosion, et se précipita vers Samain pour voir si celle-ci allait bien. Il l’aida à se reposer, et la vit grimacer en voyant que son téléphone ne marchait plus. Cette histoire lui aurait coûté cher… Elle se tourna vers Lloyd avec un sourire :

— Bon bah l'exorcisme 2.0 c'est rigolo mais à ça coûte cher ! rit-elle.

Lloyd fit un sourire un peu forcé, et l’aida à marcher jusqu’au bibliothécaire qui les attendait avec un air mi-en colère contre le bazar qu'ils avaient mis, mi-impressionné par la performance de Samain. Le jeune exorciste était venu en imaginant apprendre des choses à sa camarade. Il avait espéré que le voir en action l’aiderait à se dire que l’exorcisme était une bonne chose, et pourquoi pas un choix possible pour elle maintenant qu'elle ne pouvait plus devenir une sorcière. Qu’il en montrerait les qualités. Mais en fin de compte, elle avait même fait une découverte, celle qu’il était possible d’atteindre les limites d’un dévoreur de mot, grâce à internet.

Le jeune homme soupira. Il se dit qu’ils avaient été deux à avoir les yeux plus grands que le ventre, dans cette histoire… Et maintenant, lui devrait subir les conséquences quand son père apprendrait sa performance.

#Inktober2017 - Day 15. Fat

La philosophie, les grandes doctrines ne sont-elles pas parfois que le résultat d’une bonne communication, dirigée à des fins économiques ? C’est ce qu’on pourrait se demander parfois. Combien de grandes avancées sont dues à des changements économiques plus qu’aux grandes idées ?

Sur cet aspect-là, certains diront sans doute, un peu cyniquement, que c’est le résultat qui compte. Que c’était au final bien pratique si l’ensemble des volontés égoïstes, des ambitions personnelles pouvaient faire avancer la société vers un mieux, poussée vers le progrès par une main invisible. Mais un jour, nous avons accepté de ne pas seulement aller à l’encontre du progrès pour des raisons économiques : Nous avons accepté de faire un recul de plusieurs siècles, de faire renaître une des pires infamies de l’histoire, dans l’espoir de rendre l’économie plus « prospère ».

Nous avons rendu produit ce qui n’aurait jamais du l’être. L’éthique a été mise sous le tapis de la relance économique.

Zoomorphes

Dans Sélénite, capitale de la Confédération Solaire, ce début d’année 2213 était très chargé. Richard Neyes, président pour encore 2 ans, avait reçu de nombreuses visites. Résolution du conflit des exploitations dans la ceinture d’astéroïdes, une nouvelle révolte sur Mars, et le grand retour des mouvements fascistes panterriens sur Terre, presque siècle depuis la troisième guerre civile terrienne.

Heureusement, cette journée, ce n’était qu’un rendez-vous avec Juan Mobes, directeur de la société SymbioSys, une société travaillant sur le transhumanisme et sur l’ingénierie biologique. Ils avaient notamment réalisé une puce cérébrale intelligente aux fonctionnalités allant du simple gommage de musique récurrente agaçante dans la tête à la recherche internet instantanée, la capacité de stimuler les sens, très utilisés que ce soit pour des jeux vidéo encore plus réaliste, pour l’apprentissage néo-sensoriel ou des utilisations plus porté vers l’érotisme ou la pornographie. Si le dernier n’était jamais indiqué dans les publicités, c’était un des marchés les plus porteurs. Ils avaient aussi réalisé des traitements contre des maladies graves, des anti-vieillissement très efficaces et des petits animaux de compagnies conçu pour contenir ce qu’il y avait de plus mignon dans au moins dix espèces d’animaux.

Le président était content de cette visite : Au mieux ils allaient parler d’une grande découverte pour améliorer le monde – et gagner au passage plus de dividendes – et au pire ce serait une invention totalement gadget qu’ils aimeraient bien que le président utilise en public. Quelque chose de bien moins tendu que de parler de guerre civile. Faire une petite pause n’était pas une mauvaise chose.

Le whisky était déjà choisi – une bonne marque – et le président attendait dans son bureau. Au bout de quelques minutes, et exactement à l’heure prévue, il entendit frapper à la porte. Mobes se tenait devant la porte, accompagné d’une personne, visiblement de petite taille, entièrement emmitouflée dans un manteau. Ses gardes firent les gros yeux au PDG de NewSymbiosys : Laisser entrer quelqu’un qui se couvrait comme ça ? Pas question. Cependant, Neyes leur fit signe de les laisser entrer. Il activa juste – au cas où et pour rassurer ses gardes – son champ de force personnel. En cas d’attaque, il ne pourrait pas être atteint.

Juan Mobes fit un signe de la main, et dit à son compagnon de s’asseoir, avant de faire de même. Le président remarqua qu’il lui parlait avec un ton paternel mais autoritaire… Il lui demanda le motif de sa visite, tout en lui servant un verre de Wisky. Un bon verre, puisque cette marque spéciale contenait de l’alcool à seuil, qui autorisait à être un peu pompette mais qui n’allait jamais trop loin, ce qui permettait de mieux profiter du breuvage.

— Ah, monsieur le président, je viens apporter une réponse à la crise des robot-travailleurs.

Cette « crise » était un problème. Depuis 30 ans, l’exploitation des planètes et planètes naines jusqu’à la ceinture d’astéroïdes, le début du puisage d’hydrogène dans Jupiter, et l’explosion de la production industrielle (qui était devenu exponentielle avec les besoins de croiseurs et de bases spatiales) avaient provoqué une demande en travailleurs mécanique, moins couteux que les humains. Cependant, les besoins étaient devenus tels que ces travailleurs étaient considérés comme trop coûteux, étant assez complexes à construire et contenant beaucoup de matériaux rares. De même, leur utilisation dans le contexte humain avait été extrêmement critiqué, par un besoin d’interlocuteur vivants. Ces deux éléments étaient ce qu’on appelait le crise des robots-travailleurs. Cependant, la situation était également bloquée sur le second aspect par le refus de recourir au salariat, trop coûteux.

Certains esprits avaient même proposé de faire revenir l’esclavage, même si des économistes avaient repoussée l’idée même d’un point de vue purement économique, critiquant notamment le temps de production d’un esclave adulte.

— Quelle est cette réponse ? S’enquit le président.

Avant de répondre, le PDG retira d’un grand geste la cape de l’être qui l’accompagnait. En dessous, à la stupeur du président, se trouvait un chat anthropomorphique, ayant un corps en grande partie humanoïde, à l’exception d’une tête féline et d’un corps entièrement recouvert d’une fourrure tigrée. Il regardait le président d’un air docile, et ne dit qu’un petit « Bonjour monsieur », poli. Le président ne savait pas quoi dire

— Voici Answer, la solution à notre problème, annonça fièrement Mobes. Nous avons écouté tous les avis pour chercher la meilleur solution, et avons décidé de ne pas répondre au problème uniquement par la technologie. Il était évident que les robots commençaient à être une solution non convainquante. De même, il était impossible de revenir au trop couteux salariat, pour de simple ouvrier ce serait une catastrophe, et l’esclavage était une solution simplement impossible. Donc voici notre nouveau produit, les zoomorphes ! La marque est en cours de dépots. Il est capable de faire des calculs, et maîtrise les savoirs nécessaires à être un ouvrier semi-qualifié. Un exemple tout bête, il connaît ses tables : Answer, quelle est la racine carré de soixante-quatre ?

— Huit, répondit calmement le jeune zoomorphe.

Le président restait bouche bée. SymbioSys avait créé des chimères humaines sans qu’il le sache ?

— Les zoomorphes sont basé en grande partie sur du génome d’espèce animales. Nous n’avons utilisé quasiment aucun gène humains, nous ne nous sommes inspirés que de nos gènes brevetés pour l’amélioration des capacités mentales, déjà utilisé dans notre espèce de chats qui parlent. Evidemment grâce à des gènes tirés de grands primates, l’intelligence d’un zoomorphe est plus grande que celles de ces petits animaux de compagnies. Ils sont capables de réalisés des tâches simples, et sont d’une extrême obéissance. Ils ne peuvent ni se révolter, ni agresser des humains, grâce à l’utilisation des technologies de notre filiale d’hypnose combiné à l’énonciation améliorée des lois robotiques d’Asimov faite par notre filiale spécialisé dans l’ingénierie philosophique. Et grâce à nos méthodes d’accélération de croissance, un zoomorphe met 1 an à être conçu, pour un prix moindre que le moins cher de nos robots, et ce même sans compter les trois-cent-quatre-vingt-neuf brevets qui majorent le prix d’un robot et l’abonnement nécessaire pour que nous entretenions le robot régulièrement. Et ce ne sont que les prototypes, nous visons des modèles commerciaux environs 2 fois moins chers.

Le président tapa du poing sur la table. Il était visiblement furieux.

— Mon très cher monsieur Mobes, commença-t-il avec une voix froide. Je peux vous dire que c’est une honte, ce que vous montrez là ! Vous avez fait de grandes choses par le passé, mais vous rendez-vous compte de ce que vous faites ? Vous tentez de tricher avec la constitution de notre pays, et avec les droits de l’homme !

Le PDG déposa son verre de whisky sur la table et s’enfonça confortablement dans son fauteuil. Il était beaucoup moins souriant. Légèrement nerveux, même. C’était étrange, on dirait qu’il ne s’était pas attendu à cette réaction. Du moins, pas aussi radicale, et aussi vite.

— Je vois que nous allons avoir un problème, monsieur le Président. Et que vous comprenez mal la situation. Ce n’est pas un homme, que vous voyez là, mais un zoomorphe. Je ne fais que créer une nouvelle sorte d’animal, qui sera plus pratique pour l’homme pour faire toutes les taches ingrates qu’il ne peut lui-même faire et qu’il ne peut déléguer aux robots. Voyez ça comme les bœufs utilisés jadis dans les champs.

— Vous savez parfaitement que non, rétorqua brutalement le président. Ce que vous faite, ce sont plutôt des hommes qui aurait des apparences bestiales, pour pouvoir en faire des esclaves. Vous vous êtes dit que la seule chose qui pourrait convenir pour remplacer les machines, ce serait l’homme, ironiquement, et vous avez donc décidé d’en créer artificiellement avec une autre apparence, pour que ça passe.

Le PDG reprit son verre de whisky, et le porta à ses lèvres. Il y eut un petit temps de silence. Answer restait calme, bien qu’un peu gêné, comme si le fait que son maître se fasse critiquer lui était difficile à accepter.

— Monsieur le président, soyez raisonnable, essaya de calmer Mobes. Leur intelligence n’est au niveau que d’animaux comme le dauphin ou les grands singes, et la parole était déjà présente chez d’autres créatures. L’apparence bipède de nos créatures est due qu’à des besoins pratiques, et se base plus sur les grands singes. D’ailleurs, les pieds d’Answer sont munis de pouces préhensiles. Ce seront que des animaux, rien de plus. Vous n’avez pas vu d’inconvénient pour mes animaux de compagnies antiallergique, non ? Ni pour mes animaux à viande amélioré. Il n’y a ici pas vraiment de différence.

— Il y a une différence. Vous précédentes créations n’étaient que de simples manipulation génétique, affirma le président. La, ce que vous avez créé est une nouvelle créature, que vous voulez qu’on réduise en esclavage… C’est inacceptable.

— Esclavage, esclavage… répéta le directeur d’un air fatigué. Vous me semblez trop fixé sur cette idée. Quand vous vous rendez dans une ferme, parlez-vous d’esclavage des animaux ? D’ailleurs, vous pourriez aussi bien parler de sacrifice, de condamnation à mort ou de cannibalisme à propos des abattoirs ! Mes zoomorphes seront sûrement bien mieux traité que cela, vous savez. Je suppose qui faudra bien évidemment interdire leur viande d’être consommée. Question d’éthique !

— La question justement est là, répliqua le président. Vous dites toujours « animaux », mais qu’est-ce qui différencie véritablement vos zoomorphes de nous ? L’esclavage n’était pas que faire travailler des humains sans les payer. L’esclavage déshumanisait des hommes et des femmes, pour des raisons de « race » ou des considérations de « c’est leur état naturel », l’esclavage. Dans la lignée de l’esclavage, bien des penseurs se sont évertué à essayer de prouver qu’il y avait quelque chose de « moins humains » dans une partie de l’humanité, voir d’inhumain. Pour justifier un système injuste. Pour s’évertuer à essayer de se dire « ce n’est pas grave, ce qu’on fait ». Cela a donné les mesures sur la taille du cerveau, la croyance d’une infériorité des personnes de couleurs, croyance que nous avons encore du mal à totalement supprimer aujourd’hui ! Ici, je vois un être qui pense et qui a conscience de lui-même : Il est donc pour moi humain.

— Qu’est-ce qui les différencie de nous ? La génétique, répondit simplement. Ils sont plus éloignés de nous que le sont les grands singes. Hors, je ne crois pas que vous ayez donné à Cheeta la citoyenneté solaire, si ? Si vous accepter l’idée que mes zoomorphes sont « humains », ou « digne d’être considéré comme humain », si c’est par l’intelligence, j’attends vos excuses officielles pour le génocide des chimpanzés, conduits à la porte de l’extinction. Si c’est pour leur intelligence, leur « conscience », j’attends que vous accordiez la citoyenneté aux derniers grands singes, aux dauphins, à certaines espèces de perroquets – notamment nos Gris de la Lune améliorés – à une certaine espèce de poulpe et aussi à toutes les intelligences artificielles utilisant le moteur ALI depuis les versions 4.x.

Le président était furieux. Il savait que les dires de Mobes pourraient parfaitement convaincre au moins une partie du parlement solaire, et peut-être même au moins une petite partie de la population interplanétaire. Oh, il y aurait des refus, des critiques, mais beaucoup étaient fixé sur les dégâts de la crises des robots-travailleurs, surtout dans le domaine des services. Il était vrai que sur ce point de vue, les zoomorphes apporteraient une solution, d’autant plus que les biotechnologies de Mobes semblaient vraiment avoir permit de rendre la production de ces zoomorphes peu coûteuses. Mais à quel prix ? Allait-il devoir fermer les yeux sur cette horreur à cause de la crise économique ? Devait-il accepter l’esclavage pour la reprise ?

Juan Mobes semblait à nouveau sourire, mais cette fois de l’absence de réponse de son adversaire. Il leva son verre, comme pour célébrer sa victoire à la joute verbale. Le président devinait que par la, Mobes voulait estimer que le débat était terminé. Et ça, il n’en était pas question.

— Je rajouterais que les expérimentations comme cela demande une autorisation officielle du président, rappela Neyes. Sans cela, la création de chimère est un acte illégal, passible d’une condamnation grave pour votre société.

Le président n’avait pas envie de jouer à ce jeu-là, mais il n’avait pas le choix. Il regardait le zoomorphe devant lui. Il en était à son troisième mandat de sept ans, entamé de 5 ans, soit 19 ans de présidence. Il avait vu des tas de projets d’animaux, mais jamais rien de semblable. Mais le PDG sortit de son manteau un papier. Une autorisation d’expérience pour un projet nommé « zoomorphisme », visant officiellement à « expérimenter sur l’intelligence animale de sorte à les permettre de réaliser des résolutions de problèmes lié aux travaux ». Signée il y a de cela 25 ans par son prédécesseur. Le président fut surpris. Cela datait des premiers signes avant-coureur de la crise des robots-travailleurs.

— C’est un très vieux projet, que nous avons préparé depuis des années, répondit Mobes, l’air cette fois un peu amusé. Nous avons très vite compris en fait ce dont nous avions besoin.

Il y eut un temps. Le président regardait, furieux, le PDG, qui soutenait son regard avec un air mélangeant une sorte de compassion paternelle, presque rabaissant et du regret. Comme une sorte de « c’est dommage d’en arriver là ». Le jeune zoomorphe lui semblait moins calme, s’agitant nerveusement, mais ne disant rien, toujours autant en retrait. Bien dans le rôle que lui donnait SymbioSys.

— Nous ne faisons pas que ça pour nos revenus, Richard. Nous faisons cela parce que c’est la meilleure chose possible pour l’humanité. Cette crise doit être résolu. Et nous savons que vos collègues du parlement seront bien plus réceptifs à notre message… Je vais prendre congé de vous.

Juan Mobes se leva, et sorti de la salle, accompagné du jeune zoomorphe, sans que le président puisse faire quoi que ce soit. Même s’il y avait beaucoup d’agressivité dans le regard d’Answer, le président fut certain d’apercevoir une lueur de peur, et d’espoir. Se rendait-il compte de ce qu’il risquait de lui arriver, lui et ceux comme lui ? Où alors avait-il peur de ne finir par être qu’une invention non autorisée, qui serait alors piquée ? Le président ne savait plus quoi dire, plus quoi faire. Il devait commencer à faire campagne contre ce projet. C’était la dernière chose qu’il pouvait faire.

Quelques mois plus tard, l’annonce fut faite, les semaines, les mois de débats ensuite furent extrêmement violents. L’exploit technique fut célébré par certains. D’autres calculèrent les économies que ça ferait. Certains les remettaient en doute.

Et surtout, une grande opposition eut lieu… mais pas celle qu’espérait le président. De nombreux partis et personnes qualifiaient les zoomorphes de « monstre de Frankenstein conçu uniquement pour détruire encore plus les travailleurs ». Ce mot revenait souvent : « des monstres ». Pour eux, il ne fallait pas éviter de faire vivre à des êtres le sort de la déshumanisation : Il fallait les détruire, comme des créatures impies. Il y eut aussi ceux qui se méfiaient de ces créatures. Et s’ils étaient agressifs ? Et s’ils étaient dangereux ? Et les maladies ? Et les pulsions sexuelles ? Ils savaient qu’ils pouvaient se reproduire, même si une grande partie des mâles et femelles sur le marché seraient stérilisés ou castrés pour des raisons de sécurité et de comportement – notamment pour ceux dédié à servir dans des milieux avec des enfants – est-ce qu’il n’y avait pas alors quand même des risques ?

Mais au soulagement de Neyes, il y eut quand même des militants contre la création d’êtres « prêt-à-soumettre ». Notamment des groupes qui militèrent pour la libération immédiate et l’obtention des droits citoyen pour la nouvelle espèce.

Et finalement, le vote eut lieu, après des semaines de débat houleux. Les membres des principaux partis pour se sont mobilisé comme jamais pour voter. Cela leur permis de gagner face à l’opposition farouche, mais qui était divisée sur plusieurs fronts. D’autant plus que le principal parti opposé fini par être en grande partie minée par l’abstention, après une guerre interne lié au sujet.

Et cette nouvelle situation fini par devenir la norme, au bout de quelques mois. Avoir un ou une zoomorphe chez soi devenait presque un signe de richesse. Des serviteurs considérés comme « modernes » et « hype ». Les « modèles » basés sur les félidés et les canidés, ainsi que toutes les autres créatures considérées comme « mignonnes » eurent un grand succès, des serviteurs « dociles et adorable ». Notamment certains créés pour être jeune, pour les enfants et adolescent. Un mois après ce vote, le président Neyes décida de démissionner en protestation. Sans effet.

Un nouveau peuple avait été créé, destiné à servir.

Zoomorphe

« Laissez-moi partir ! » hurlais-je contre la porte désespérément close. « Je peux appeler la police ! J'ai mon téléphone ! Ça ne sert à rien, je ne peux rien vous rapporter ! »

Prisonnier

Aucune réponse. Je donne un coup de pied dans la porte à cause de la colère. Toujours pas de réponse et maintenant j'ai mal. Je m'assois par terre, partagé entre la fureur et la terreur. Que se passe-t-il, qu'est ce que je peux bien foutre ici ?

J'essayai de rassembler mes souvenirs. Je m'étais endormi comme d'habitude, seul à mon appartement. Puis plus rien. Et puis, je m'étais réveillé dans cette salle étrange, au planché terne et abimé, et aux étagères pleines à craquer d'objets en tout genre et aux murs sales et délaissés. Cela ne m'aidait pas beaucoup à comprendre ce qui se passait. La salle sentait le moisi et l'abandon, et la poussière me faisait tousser. Personne n'y était sans doute entré depuis un moment… Si l'on exceptais la personne qui m'y avait amené pendant mon sommeil. Parce que j'étais certain de ne jamais être entré ici. L'endroit ne me disait rien, et je me serais sûrement souvenu d'un lieu aussi bizarre. Et je ne voyais toujours pas ce que je fichais ici. Et j'avais peur de ne jamais pouvoir quitter cet endroit.

— LAISSEZ-MOI SORTIR !! hurlais-je à pleins poumon. Je, je ferais ce que vous voulez ! Vous savez, je ne suis pas n’importe qui. Mes parents sont puissant, une ancienne famille de l’empire ! Je sais pas si vous connaissez la théorie des métaux, mais ma famille est considéré comme étant d’or. Donc on peut régler cela à l’amiable, tandis que si vous me faites quoi que ce soit, les répercutions seront bien plus dure. On a un deal ?

Aucune réponse. Toujours que le silence.

— Il y a bien une raison pourquoi je suis ici, hein ? On n'enlève pas les gens comme cela, pour rire. Ce serait une attitude hautement illogique. Et vous n'êtes sûrement pas un tueur en série. En effet, vous auriez pu me tuer bien plus tôt… A moins que vous vouliez vous amuser avant… Mais… ce n’est pas le cas. N’est-ce pas ?

Je sentais ma peur grimper au fur et à mesure de ce que je disais. Et si c'était bien cela ? Et si j'avais juste été une victime capturée au hasard par un sadique pervers qui ne cherchait qu'une victime à torturer ou tuer – voir les deux à la fois ? Et ça se trouve, en lui disait que j’étais fait d’or, il allait encore plus en vouloir à ma personne… Je me mis à marcher en rond, mes mains agrippant mon propre tee-shirt. Merde, merde, merde ! Qu'allait-il m'arriver ? Je n'arrivais même pas à réunir mon esprit pour essayer de comprendre ce qui se passait. J’accélérai le pas, de plus en plus stressé. Peut-être que le tueur allait entrer à l'instant. Peut-être que je vivais mes dernières secondes. Je ne veux pas mourir. Du moins, ni maintenant, ni comme ça. Une mort rapide et non douloureuse dans environ une soixantaine d'année ça m'arrangerait. Avoir le temps de réaliser quelque chose digne de moi et de ma famille, au lieu de subir une mort inutile, enfermé dans cette salle. Tout seul.

— Ah ! résonna une voix. Je crois que tu commence à comprendre ou est le problème. C'est moyen, disons que c'est ni la meilleur réaction, ni la pire. Je te met 11/20, peut mieux faire.

Je me retournai. Qui a dit ça ? Et depuis quand c'était possible de lire dans les pensées ? Malgré la situation et ma frousse, je ne put m'empêcher de penser à toute les fois ou je m'étais dit qu'heureusement que la télépathie n'existait pas. Non, c'était impossible, elle n'existait pas, si elle existait, ce serait trop gênant… Et c’était le genre de superstition que pouvait se permettre les familles de basse naissance, qui n’étaient pas écrasés sous le poids des responsabilités. Ce type avait sûrement dit ça juste pour me troubler, ou en regardant mes expressions faciale. Il devait y avoir des caméras de surveillance, des hauts parleurs, et le type jouait à me déstabiliser. C'était donc bien un sadique. Je m'assis sur le sol. Je devais rester concentré, rester concentré…

— Tu refroidis pour le premier, mais tu es brûlant pour le deuxième ! retentit à nouveau le voix mystérieuse.

Non, non, non, non, non… C'était impossible, impossible, la télépathie n'existait pas, je le sais, c'est absurde qu'elle existe, elle ne peut pas exister, le surnaturel n'existe pas, tout est rationnel…

— Je ne saurais pas dire si tu es amusant ou tu es chiant, soupira mon geolier. Amusant parce que tu joue au rationnel et tout, mais plutôt qu'être certain de tes explications rationnelle, tu panique au moindre truc qui pourrait paraître irrationnel, sans même trouver l'explication la plus plausible. Chiant parce que tu es borné.

Mon cœur bat de plus en plus. Cette fois, il ne pouvait qu'avoir lu dans mes pensées, j'en était certains, c'était impossible de faire de la psychologie aussi bien et de deviner aussi facilement mes hésitation.

— Mais ça je le savais déjà, que tu étais borné… Sinon : Bonne réponse, mais par le mauvais moyen. 8/20.

Par le mauvais moyen ? Mon explication se tenait pourtant… Non ! Je ne doit pas l'écouter. Je repris ma marche, essayant à tout prit de chasser de mon esprit ce télépathe. Et je devais trouver un moyen de sortir, les télépathes pouvaient être un danger. Il ne devait pas rester dans mon psyché, si cela continuait, je deviendrais fou. Et surtout, mon esprit ne devait pas rester une porte ouverte comme cela. Ouvrir son esprit, son « ame », comme le disent certains, c'était la porte ouverte à toute les faiblesses. N'importe qui pouvait alors briser simplement la poutre branlante. Et nous détruire, partir en nous laissant à l'état de ruine. Je n'avais pas passez des années à batir un bunker pour qu'un clown psychique pervers et sadique viennent foutre le souk dans mes pensées. Je devais respirer. Il ne s'était pas manifesté face à ce que je disais. C'était un bon point. Peut-être que quand je reprend mes esprits et que je pense de manière claire et rationnelle, il ne peut pas apparaître. D'ailleurs, peut-être n'a-t-il jamais existé, et que c'est juste le stress qui me fait halluciner additivement. Je me sentais reprendre confiance à moi, j'en avait presque oublié que j'étais enfermé sans pour l'instant espoir de sortie.

— Peut-être que quand je reprend mes esprits et que je pense de manière claire et rationnelle, il ne peut pas apparaître, m'imita alors la voix d'une manière particulièrement aiguë et nasillarde.

Mais quand cela allait-il s'arrêter ! En tout cas, maintenant, là, c'était sûr… Mais non, j'étais con ! Je ricanai dans mon coin, me sentant stupide. Il y avait une explication à tout cela. Une explication logique. Déjà, j’étais fatigué. Hors, je sais que quand je suis fatigué, j'ai tendance à penser à voix haute, parfois sans m'en rendre compte. Ensuite, peut-être qu'hier j'avais un peu bu, ou une connerie du genre, et que j'avais décidé de faire un somme dans cette salle, et que j'avais tout oublié ! Et cette voix, c'était juste un gamin qui m'entendait, et qui tentait de me faire flipper. Mais j'étais un esprit cartésien. Les fantômes et autre connerie du genre, on pouvait pas m'avoir avec cela.

— Je crois que cette explication est encore plus tiré par les cheveux que ta situation… Et quand tu flippais quelques secondes auparavant parce que tu pensais qu'on lisait dans tes pensées, c'est un peu pitoyable de te qualifier d'esprit cartésien…

Haha gamin, tu ne me prend pas au piège ! Mon explication tiens la route, quoi que tu en dises, tu vas donc tranquillement me laisser sortir de cette salle ! Je me dirigeais après ces mots vers la porte. Je me levai avec difficulté, ayant très sûrement passé la nuit sur ce plancher, mon dos et mes articulations me faisaient mal comme à chaque fois que je passait une nuit sur une surface trop solide. En tout cas, douleur ou pas, une chose était sûre. Je n'allais pas rester dans cette endroit lugubre. Et surtout pas dans ce froid, dans ce froid qui me glaçait jusqu'au sang. L'endroit ne devait sûrement pas être chauffé. Je me dirigeai donc vers la sortit d'un pas rapide, n'ayant pas envie de m'attarder une seconde de plus. La porte de sortie était une grande porte en bois sombre, imposante et presque effrayante tellement je me sentait tout petit par rapport à elle. Mais ce qui me perturba le plus était l'inscription gravée dessus. Inscription qui n'y était pas auparavant :

« Tu ne vas quand même pas me quitter ? »

Je ne l'avais sûrement pas remarqué la première fois. C'était la seule explication logique. Bon, je devais trouver un moyen d'enfoncer la porte. Sans grande conviction, j’eus le réflexe de quand même vérifier si la porte était ouverte.

Elle l'était.

Je restais méfiant. Il y avait quelque chose qui clochait. Le texte pouvait bien avoir été écrit par mon « ravisseur ». Peut-être était-ce un piège qui m'attendais de l'autre coté. Ici, au moins, je savais ce qu'il y avait. C'était bizarre, mais j'étais en terre connue. Par contre, derrière… Peut-être que la personne qui m'avait enfermé s'y trouvait ? Peut-être qu'il allait m'attaquer ? Et qu'est-ce qu'il y avait derrière ? Un début d'escalier en colimaçon. Ma curiosité était encore plus attisé, et finalement arriva le moment ou j'ouvris en grand la porte et sortit de la salle. En descendant l'escalier en colimaçon, dont la traversé me sembla longue de plusieurs heures, je réfléchissait… J'était visiblement enfermé par une sorte de type bizarre qui jouait au télépathe et qui avait le goût des mauvaises histoires d'horreur. Je me demandait s'il allait faire un truc genre sortir des infos que personne ne sait sur moi… Les murs étaient des murs de pierres fissurées, qui semblait proche de l'effondrement. Après une longue descente, j'atteint la fin de l'escalier, pour arriver dans une nouvelle salle. Cette fois ci, elle était entièrement blanche, immaculée. La saleté avait laissé place à une propreté des plus surprenante. Okay, donc avait j'étais dans le vieux grenier tout sale d'une maison tenue par un maniaque de la propreté ? Mais au final, je compris ce qui me dérangeait. Ce n'était pas la propreté. Cette salle était vide. Il n'y avait aucun objet, aucun meuble. Que du blanc. Au plafond, au mur, et au sol. Et sur la porte à l'autre bout.

« Bien, tu es arrivé au niveau 2 ! Il est maintenant tant que l'on se rencontre, n'est-ce pas ? »

Je vis la porte à l'autre bout s'ouvrir, mais sans vraiment pouvoir distinguer ce qu'il y avait comme salle – ou comme extérieur – derrière, et je vis entrer une personne habillée toute en noir, ne laissant rien voir d'elle-même. Cela me semblait trop cliché pour être une mise en scène. Il devait venir de l'extérieur, parce que la température avait chuté de quelque degré lorsqu'il était entré. Mais que me voulait-il, bon sang !

« Te faire comprendre deux-trois trucs. » chantonna l'être encapuchonné. « Déjà, si tu pouvais comprendre ou tu es, cela m'amuserait beaucoup ! »

Comment ça, me faire comprendre deux-trois trucs ? J'essayais de cacher le mieux possible ma frousse. Parce que même si la situation me semblait cliché au possible, le simple fait d'être dans cette situation cliché, et de courir un risque qui me semblait imminent.

— Le risque que tu as, ce n'est pas le risque du type de celui qui va se faire poignarder, ne t'inquiète pas… Non, le risque que tu as, c'est celui de l'homme assiéger, mais qui refuse de l'admettre. Tu es dans la dernière forteresse que tu possède. Ton dernier bastion. Celui ou personne ne peut t'atteindre – à part moi. Tu es dans l'oeuf cosmique, la dernière forteresse que possède l’esprit d’une personne. La source de tout ton monde, la source de tout ton être. Ta conscience. C'est la seule terre ou tu peux-être en sécurité. Pourquoi ? Parce que c'est la seule qui t'appartient ! On n'est jamais mieux que chez soi, home sweet home, comme le disent les expressions, non ? »

Je regardais. Ce pouvoir de création de monde. L'imagination était mon arme, ma retraite. Mon pouvoir Je comprenais tout. Pourquoi il lisait dans mes pensées et tout. J'étais seulement en train d'imaginer un nouveau monde ou je pourrais me retirer. J'étais dans cet œuf cosmique, qui venait d'être réalisé par mon imagination. La retraite de l'artiste. Son atelier ultime, qui est sa propre création. Et derrière cette porte, qu'était-ce ? Ce monde ? Celui d'où je venais ? Je tentais de rationaliser. J’étais une personne d’or, et on m’avait toujours qualifié comme étant un grand créatif, futur penseur et écrivain. Je devais donc avoir la capacité de modéliser quelque chose de véritablement « physique » en moi.

— C'est la porte de l'enfer. Tu y retrouveras les autres, comme pourrait-on dire si on mélangeais Huis Clos et La Divine Comédie… Cela ne donne pas envie, hein, les autres, la foule… Mais ils sont encore là. D'ailleurs, je suis eux… Leur regard, leur esprit… Je suis le gardien de l'enfer, le regard des autres. Je suis Minos, Juge de l'Enfer. Tu es éternellement soumis à mon regard, mortel. Je suis celui qui t’empêche de protéger de te diriger vers ce monde trop dangereux. Les ors, les sages, voudraient bien être à ta place. Les argents, les soldats, sont colériques et bornés. Les bronzes sont peu enclin à l’intelligence et aux discussions intéressante. Ici au moins, en toi, tu es en bonne compagnie, non ? Avec moi, jusqu’à la fin des temps ! Minos avait fini cette phrase, en me susurrant les derniers mots à l’oreille. J'eus un frisson. Derrière cette capuche, qui ne me montrait rien de celui me regardait, une certitude était en effet présente.

Il me regardait. Et me jugeait sûrement. Il jugeait ces bégaiement que je pouvais avoir, il jugeais mes maladresses… Il me pensait sûrement être un menteur à chaque fois que je disais des trucs paradoxaux. Il se souvenait sûrement de chaque connerie que j'avais faite, et m'en voulait peut-être pour cela. Ou alors il ne prenait même pas la peine de me détester, j'étais trop ridicule et pathétique pour cela… M'appréciait-il ? Je ne pouvais le savoir… Je m'étais trompé dans son rôle initial. Il ne me retenait pas captif. Il était venu troubler ma retraite. Tout ces doutes quand je n'entendais plus personne parler après que moi j'ai parlé. Toute cette honte quand je n'étais pas capable de me souvenir de ce que je disais. Toutes mes conneries. Tous les instants ou j'avais été ridicule ou ridiculisé. Toutes les fois où les règles de vie de ma classe m’étaient retombée dessus.

La porte. Je pouvais prendre la porte. Oui, je pouvais le fuir, je pouvais partir.

— Je ne peux en effet pas te retenir… soupira-t-il. Mais n'oublie pas… Je viens du regard des autres, qui sont derrières cette porte. C’est ça, que tu dois fuir. Don’t shoot the messenger, comme ils disent.

Tant pis, au moins je devais essayer. Je me dirigea vers cette porte de sorti en courant, au cas ou il me tendait un piège. Mais il ne fit rien. En quelque pas, j'étais devant la porte, qui était tout simple, comme une porte de cuisine. Avec un post-it dessus avec un mot. « Vous qui sortez, abandonnez toute espérance ».

Par delà cette porte était la foule. Par delà cette porte était le regard constant des autres. Me devais-je de fuir dans le royaume de l'enfer si son gardien s'invitait chez moi ? J'avais presque la certitude que je ne pouvais pas le virer… Il était trop fort. Je me sentit mal, comme si ma respiration se coupait. Je pensais à la foule. Je les voyais, ces silhouettes informes, qui m'entouraient, qui formaient une véritable prisons. J'entendais des voix. Est-ce que ces gens allaient m’attaquer ? Non, calme toi, calme toi, tout vas bien… J'étouffais, je me noyais, cet océan d'humain était impossible à traverser… Je les voyais, toutes ces personnes, qui était comme moi, mais qui étaient certainement amplises de haine et de jalousie pour une place que je n’avais pas demander…. Ne pas se faire remarquer, ne pas se faire remarquer. J'étais compressé, j'étais écrasé…

Mais je devais fuir.

Je devais quitter ce monstre qui me manipulait. Je ne peux pas rester une seconde de plus. Il a perverti mon œuf cosmique. Ma seule cachette n'en est plus une, seule la vie de fugitif me reste, a présent. Je déglutis, toujours en lutte contre le froid qui s'insinuait en moi. Mais j'ouvris quand même la porte, pour me retrouver dans un chemin forestier, de nuit. Je soupirais de soulagement : Il était vide. Personne.

La seule lumière que j'avais était celle de lanternes accrochées sur les arbres, qui me permettaient de pouvoir avancer. Je fis quelque mètre, avant d'hésiter. Il faisait quand même sacrément noir. Et c'était bien ici le lieu de la foule. Ils pouvaient être partout. Mieux valait peut-être supporter Minos que d'avoir la vrai foule face à soit. Mais à peine eus-je fait un seul pas en arrière qu'un corbeau vint se poser sur une branche devant moi, me dévisageant de ses deux petits yeux brillants. Je continuai d'avancer, décidant de ne pas avoir peur d'un simple corbeau.

Mais je me figeai au moment où il se mit à me parler.

— Stupide. Lâche

Pardon ? Cette journée est déjà assez pourrie, je dois quitter mon propre refuge pour retourner vers les autres, et je me fais maintenant insulter par un oiseau ?

— Stupide, répéta-t-il. Tu es stupide. Lâche. Tu fuis.

Oh, sale piaf, je fuirais moins si c’était pas rempli de connards ici-bas.

— Lâche. Et méchant. Tu fais l’hypothèse que tous les autres sont méchant, mais tu es méchant. Méchant, moi ? Ce n’est pas moi qui suis allé agressé des gens dans la rue, par jalousie de leur situation. Bon, je savais bien que la situation n’était pas totalement juste, mais quand même !

— Méchant. Tu les agresses à chaque fois que tu les dis de bronze ou de métaux peu précieux. Tu les insultes à chaque fois que tu crois qu’ils méritent leur place.

Je n’ai jamais dit qu’il la mérité, mais qu’ils étaient jaloux. C’était normal, mais c’était pas bien.

— Mesquin. Tu te cherche des excuses pour te justifier. T’es tu dis que si tu étais gentil avec eux, que si tu les écoutais et ne les méprisais pas, ça irai mieux ?

Son regard était particulièrement pénétrant… Était-ce un troisième round ? Était-ce encore ce Minos qui venait se la ramener sous une apparence différente. Il m'avait d'abord fait peur. Puis s'était joué de mot. Et maintenant m'attaquait directement en m'engueulant. Et pourquoi étais-je lâche, en plus ? Oui, je ne fais pas l'hypothèse la plus agréable du « tout le monde est gentil », monsieur le corbeau. Mais j’ai vu le monde. Okay, j’ai pas tout vu, mais soyons un peu logique, okay ? Je sais que c’est dur pour un animal qui n’a donc pas l’intelligence de mon espace, mais faisons un peu de calcul.

Quand tu subis une douleur attendu, celle-ci est plus faible que quand elle est attendu. C'est la même chose pour les joies : Une bonne surprise c'est toujours mieux qu'un truc que tu attendais. Donc, si tu fais l'hypothèse la plus joyeuse : Si elle s'avère vrai, tu te prend un truc un tout petit peu agréable, et si elle est fausse, tu te mange un camion de déception. Si tu fais l'hypothèse pessimiste, tu peux amortir la douleur ou recevoir une joie plus grande ! Tu es donc gagnant dans les deux cas. Ce n'est même pas avoir du -1 ou +1 dans un cas et -2 ou +2 dans l'autre, non ! L'optimiste à -2 et +1, et le pessimiste -1 et +2 !

C’est pour ça que les gens intelligents sont toujours pessimistes. Parce que c’est lo-gi-que. — Lâche. Tu te réfugie derrière des mathématiques, en mettant des valeurs au hasard. La plupars du temps, il se passe rien. On vit sa vie sans grande surprise. Pendant tout ce temps, l’optimiste à ton +1, ton pessimiste -1. Pareil en attendant quelque chose. Pas logique. Mais si, c’est logique, parce que c’est bien plus fort quand se prend la surprise, tu met +1 mais moi je mettrais plus une quantité négligeable.

— Prétentieux. Tu pense toujours avoir raison. Et lâche. Tu as tellement peur d'être déçu que tu ignores chaque possibilité qu'il y ait le moindre événement cool, juste parce qu'il y a des arbres qui font peur avant…

Je me retournai, légèrement en colère. Il se prenait pour qui, ce corbeau, pour me faire la morale ? Et se foutre de moi par la même occasion ? Énervé, je lui rétorquai que je ne voyais pas de quoi il parlait, et que j'avais mes raisons d'être comme j'étais, de ne pas prendre de risque, et qu’il ne pouvait pas les comprendre. Il se mit à rire, avec un croassement qui m'irrita encore plus.

— Égocentrique. Tu dis avoir souffert. Mais tu rejette la souffrance de tous ceux qui sont en dessous de toi pour grandir la tienne. Le classique « Tu ne sais pas ce que j’ai vécu ». Je sais ce que tu as vécu. Ta petite vie de personne d’or, de la haute société. Riche. Puissant. Mais d’autre était jaloux. Des disputes. Des claques quand tu n’as pas été aussi intelligent que tu te dis être. Tout les tiens l’ont connu. Oui ça fait mal. Ta « terrible souffrance », c’est celle que tous rencontre un jour. Un gros foirage qui te fais honte. Une rupture difficile. Quelques personnes qui t’emmerde. Et pour cela, ensuite, tu accuses le monde entier d’être contre toi, chaque personne que tu vois peut être un méchant, alors que t’es plutôt du bon côté du fossé de ceux qui sont les puissant et ceux qui sont leurs victimes.

Il se rapproche de moi. Je comprend son but : Il ne veut que me faire culpabiliser. Mais tu n’es pas le premier, tu sais ?

— Mais combien de fois tu as ignoré avec un certain dégoût une personne dans le besoin, dont le métal n’était pas « précieux » ? Combien de fois tu as dit que tu n’avais « pas le temps » quand quelqu’un avait besoin de ton aide, avant d’aller glander devant l’ordinateur ? Combien de fois, tu as vu une personne dans la rue se faire harceler, et tu t’es dit que ce n’était pas tes affaires ? Je te dis tout ça parce que tu sais que c’est injuste, mais ne veux pas l’admettre parce que tu ne veux pas accepter avoir commis des fautes. C’est toi qui ne veut pas admettre la vérité avec sérénité.

Il vole autour de moi.

—La seule source de ton mal, c'est toi qui l'a fait rentrer, tu sais qui elle est, et pourquoi elle est là. Aller, pschitt, ne retourne pas vers ce bâtiment. Le monde qui t’attend par delà, c’est le monde à construire. Tu dois construire un monde avec les autres.

Je tapai du pied. Il commençait vraiment à me courir sur le haricot. En plus, ce qu'il disait me faisait mal. Je serrais les dents avant de lui répondre que je savais ce que je faisais, que je n'étais plus un enfant. Et puis qu'en plus je ne faisais pas vraiment chier les autres quand j'étais tranquillement dans ma tête, et que je gardais ce genre de truc pour moi et puis après c'était bon, basta et je pouvais rire et m'amuser. Je lui déclarai aussi qu'il n'était pas dans ma tête, et qu'un corbeau qui parlait était déjà assez bizarre comme ça. — Si, répondit-il. Je suis dans ta tête.

Je tenta de déloger le corbeau d'une pierre mais celui-ci l'évita sans problème. Écoute, le piaf, j'ai eut mes histoires, j'ai le droit de prendre un peu de repos et de ne plus penser à ce genre de chose, non ? Il me rétorqua que j'y pensais tout le temps, avant de me faire la remarque qu'il allait bien falloir réfléchir un peu. Je bougonnais. Je n'avais pas envie de m'arrêter, je préférais continuer en avant, puis voir au fur et à mesure de ce qui se passait. J'eus le droit encore au reproche d'être un gamin. Je ressentais une envie de piaf rôti à la broche…

—Tu as le choix, fit l'oiseau, ouvrant grand ses ailes tout en ignorant mes menaces. Tu peux retourner là bas, ou avancer pour pénétrer plus profondément dans la forêt pour rejoindre le monde, pour sortir de la monade.

Je me retournai et décidai de reprendre la route vers le bâtiment lugubre. C'était sans doute là-bas que je pourrais retourner en arrière pour que tout soit comme avant. J'entendis derrière moi que le piaf semblait presque paniquer. Tout me semblait logique à présent. Ce piaf avait juste envie de me faire avancer plus loin dans cette foret, et pour cela il m'avait provoqué en essayant de jouer sur une fierté qu'il s'imaginait en moi. Il voulait m'envoyer dans la foule. Et qui avait interet à ce que je sois dans la foule ? Minos, tout simplement. Il devait avoir un pouvoir réduit quand j'étais dans l'oeuf. D'ailleurs, c'était que au moment ou j'étais en train de sortir qu'il a put me faire subir une hallucination. J'entrai dans le bâtiment, traversant la salle vide – ou le bourreau n'étais plus.

Je reconstituait tout en marchant le plan de Minos. Il m'avait fait sortir de la salle principale de l'oeuf – le grenier, qui représentait le bazar que c'était dans mes idées, avec des trucs partout… La poussière, c'était peut être pour faire grenier abandonné, un genre d'endroit que j'avais toujours révé de visité – dans l'entrée pour commencer à avoir un pouvoir plus fort sur moi, dans le but de me faire fuir vers la foule. Dans cette entrée, il avait été jusqu'au traumatisme, pour que je le fuis en prenant mes jambes à mon coups. Ensuite, voyant que j’hésitai, il avait envoyé le corbeau… Mais avait utilisé la mauvaise technique. Je retournerais dans l’œuf cosmique, à l'abri. Au cœur de ma monade. Je continuerais de vivre ma vie comme je l'entend, essayant d'avoir le moins d'histoire possible. L'escalier en colimaçon ne fut pas long à remonter – à ma grande surprise – et je me retrouvai enfin dans la salle ou tout avant commencé.

Mais elle était vide. Surpris, je me mis à regarder dans tout les sens. Plus aucun meuble ni rien. Je regardais au plafond, ou était suspendu un grand chandelier magnifique, avec d'étranges flammes violettes, qui projetaient une lumière surnaturelle dans toute la salle. Et il était là.

— Je t'attendais.

Il n'y avait quelque chose que je n'avais compris ? Pourtant, tout tenait… J'essayais de fuir à nouveau, vers la porte. Elle était fermée. Je me retournai. Il était juste devant moi.

— Alors, tu as compris, maintenant ?

Je tombai à la renverse. Que ce passait-il, que ce passait-il ? Est-ce que je m'étais trompé ? Est-ce qu'en fait le corbeau avait eut raison ? Mais c'était forcément un piège ! Il me provoquait pour que j'ai envie de continuer ma route…

— C'était bien ce qu'il faisait. Il voulait te renvoyer vers la foule. Moi, je ne voulais pas, donc j'avoue que j'ai été très content de ton choix. Même s'il m'a surpris. Je pensais que tu aurais compris que certains de ces conseils était « bons », dans sa vision des choses. Mais cela veut dire qu'au fond tu penses comme moi, ça me rassure ! Tu ne restes pas sous le danger… Les autres, surtout ceux de bronzes, ceux qui t’on attaqué. C’est eux le vrai danger que tu subis. Tous jaloux, tous à vouloir avoir ta place. Alors, tu la leur laisse, qu’ils s’entre-tuent tandis que toi ici, tu pourra régner sur ta monade. Être tout puissant et créer un monde où toi seul sera le roi. Toi et moi. Tous deux seuls.

Je vis une porte à l'opposée de la porte aux gravures. Je m'y dirigea et sortit immédiatement dans la salle. Mais tout ce qui m'attendais était un précipice ou je sombrai. Le noir sembla tout absorber, je ne voyais plus rien. L'obscurité et le froid était partout, en moi, en mon esprit. J'avais du mal à penser, je ne me sentait même plus chuter dans cet abyme infini.

— Mais tu le provoque toi même ! Mais ne t'inquiètes pas, tu ne sera plus jamais seul, je serais là, avec toi, pour toujours ! Je te parlerais, te susurrerais, ne quitterais jamais ton esprit… Nous sommes réunis maintenant, tu ne peux plus partir de l’œuf cosmique, de la monade… Tu as fermé la porte. Tu es enfin chez toi… Je suis le seul autrui dont tu as besoin, mon très cher, et je suis là pour toi.

Je suis là pour toi.

Prisonnier

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