Kazhnuz

Les rues d’habitude toujours propre et parfaite de la capitale étaient en ruines. En plein centre de la ville se trouvait le cœur de la corruption. Elle avait déjà envahi tout le pays et s’étendait sur la planète entière. Des vents chargés d’une énergie incohérente et incontrôlable balayait tous ceux qui voulaient résister. Les maisons anciennement blanche et lisses n’étaient désormais plus que des gravats, et plus rien en restait de la grande cathédrale du Grand-Ordre, principale religion du pays. Au cœur de ce lieu se trouvait l’apôtre de la corruption, celui qui avait reçu l’accès au pouvoir terrible du dieu ancien qui était à l’origine de cette calamité. Celui qui par un simple pacte avait réussi à mettre en danger le monde, puis à libérer l’entité maléfique dans ce monde. Celui qui avait obtenu le pouvoir de briser la logique et la cohérence. Celui qui avait accepté d’être la porte d’entrée du monstre qui dévorait les réalités.

Ismaël regardait le désastre, l’épée en main. Le guerrier avait été nommé pour diriger le combat contre l’entité. Quand il avait été tout petit, des êtres entièrement masqués par une armure blanche étaient arrivés en expliquant l’existence du dieu ancien, et que son mouvement se dirigeait vers ce monde. Ils avaient alors confié armement et connaissance pour le combattre. Ils avaient aidé à mener l’évolution du pays, que ce soit technologiquement, socialement et même moralement. Ils avaient préparé la bataille. Pendant des années, l’apôtre avait été recherché, en vain. Jusqu’à ce jour.

Ismaël, lui, avait suivit l’entraînement. Les êtres aux armures blanche l’avait nommé « héros ». Il n’avait pas d’épée spéciale, par d’arme légendaire. Juste un bracelet qui lui permettait de pénétrer dans l’être maudit, en formant une légère barrière dorée autour de sa peau que seule la corruption ne pouvait pénétrer. Ce qu’il allait faire. Tous ses hommes étaient dispersés dans la ville, tentant de combattre les monstres créés par l’apôtre, et de ralentir l’arme. Lui, il devait aller affronter l’apôtre. Le guerrier se mit à courir, et plongea volontairement à l’intérieur de la corruption.

À l’intérieur de la corruption, le liquide noir qui le composait était désormais invisible. Il se trouvait dans les rues du quartier populaire de la ville, pourtant bien loin, hors de la zone d’influence de la créature. Il y marcha, traversant les rues entièrement désertes, comme figée dans le temps. Les papiers d’habitude transportés par le vent restaient en l’air, bloqué dans un moment. Ce n’est qu’après quelques minutes de marche qu’Ismael se rendit compte que toutes les couleurs du lieu semblaient avoir disparue. Lui, pourtant, avait encore toutes ses couleurs. Était-ce la créature qui tentait de lui faire passer un message ?

Les rues étaient bien différentes du cœur de la capitale dont il avait vécu toute sa vie, et des riches campagnes du nord du pays. La crasse était partout. Les poubelles étaient renversées. Quelques maisons étaient à moitié détruites et à l’abandon. Ismaël ne sut jamais combien de temps il avait marché. Sans soleil dans le ciel, sans mouvement autre que les siens, il lui était impossible de constater le temps qui passait. Cependant, il était sûr qu’il avait passé un bon moment à errer dans les rues, avant de voir une autre personne dans les rues.

Une petite fille crasseuse avec un ballon.

Elle était habillée d’une vieille salopette déchirée et d’un tee-shirt, quelques anciennes blessures formaient des croûtes et des cicatrices sur ses bras. Elle le regardait avec des yeux partagés entre de la peur et de la méfiance, et serra son jouet contre elle, comme si le guerrier allait lui voler. Celui-ci était surpris de voir une autre personne que lui dans les rues.

Ismaël demanda à la petite fille son prénom, et ce qu’elle faisait ici. Il se posait des questions. Comment une petite fille pouvait se retrouver ici ? La seule théorie probable lui semblait invraissemblable.

— Pourquoi maintenant d’un seul coup vous vous intéressez à moi, vous autres ? Demanda-t-elle avec de la rancœur dans sa voix. Je suis ici chez moi, c’est à vous de partir, je ne veux pas vous voir.

Ismaël pressentit le danger et se jeta en arrière. Il esquiva de justesse deux bout de mur qui avaient tenté de l’attraper, tel des mains de brique et de mortier. Si la petite fille avait le pouvoir en ces lieux, cela ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose : Elle était la clef qui avait permis à toute cette puissance de venir dans leur monde. Cette petite fille était l’apôtre.

— Vous êtes tous méchants ! s’écria-t-elle. Vous nous avez toujours tous laissé tout seuls ! Quand on pleurait, jamais vous vous êtes arrêtés. Pour vous, on est rien du tout !

Un jet d’énergie fondit sur le guerrier, qui pu le dévier avec son épée. Si la puissance corruptrice ne lui faisait rien en elle-même, la quantité d’énergie pouvait toujours le blesser ou pire encore. Cependant, techniquement, son ennemi n’était pas bien dangereux pour lui. Ses attaques étaient basiques et il voyait les arriver très facilement. Elle n’était pas du tout une combattante. Juste une petite fille avec des pouvoirs extra-ordinaire.

Le guerrier esquiva encore quelques attaques. Il n’osait pas l’attaquer. Avec son arme, il pouvait sérieusement la blesser. Et il ne pouvait tuer un enfant, même si cet enfant était la porte d’entrée d’un dieu maléfique. Il devait trouver un autre moyen. Il voyait dans les yeux de cette petite la même détermination bornée qu’il pouvait voir dans celle de ses propres enfants parfois.

Parce qu’en fin de compte, il comprenait les raisons pourquoi la petite fille avait pu être « manipulée » par la puissance de la corruption. Ce monde la rejetait, elle et les siens. Ils n’étaient pas simplement des intrus, ils étaient ce que le monde ne voulait voir. Cette petite fille n’avait pas été visé en particulier par les partisans de la corruption. Ils avaient juste cherché quelqu’un qui aurait assez de ressentiment et qui pourrait vouloir de la puissance. Qui sait ce que pouvait être ses plans avec autant de pouvoir. Se venger, construire un monde meilleur ? Tel était le pouvoir de Tav. Tel était le pouvoir du dieu maudit. Sa conscience avait été détruite, mais sa puissance immense était assez pour pouvoir influencer les esprits. Ils suffisaient que des gens avide découvre l’immensité de ses capacités, et ils devenaient les portes-paroles du diable. L’être maudit ne pouvait pas manipuler par lui-même, mais ceux qui voulaient exploiter son pouvoir le faisait à sa place.

— Je dois terminer tout ça, déclara avec conviction le guerrier à l’apôtre. Je te promet que dès que j’en aurais fini avec ce combat, ma lutte sera dédiée à rendre ce monde meilleur, à faire en sorte qu’il puisse te donner envie de vivre dedans.

La jeune fille ne répondit rien. Il devinait qu’elle n’avait pas confiance en lui. Il s’approcha d’elle, déviant ses attaques avec son épée. Quelques tirs le touchaient, il se concentrait seulement sur ceux arrivant trop vers les organes vitaux.

— Seul le temps pourra te montrer la sincérité de mon engagement, continua-t-il. Mais je te promets que je ne serais pas le seul à le construire. Que ce sera un travail d’équipe, un long trajet commun pour que nous n’abandonnions plus les « petits enfants sales » dans les rues.

Il la regarda. Il regarda son bracelet. Il devait faire vite, il n’aurait que quelque seconde.

— Et je te promets que tu pourras superviser tout ce que je fais.

Il retira subitement son bracelet. La corruption commença à entrer par toutes ses pores. Ce fut comme si une douleur intense et lancinante le traversait. La petite fille fut surprise. Que voulait-il faire, et pourquoi était-il prêt à souffrir pour elle ? Serrant les dents, il accrocha le bracelet à la petite fille. D’un coup, sa peau s’illumina d’une lumière dorée. La barrière que la corruption ne pouvait traverser entourait sa peau. Cependant, elle ne protégeait pas la petite fille de la corruption. Mais le monde entier de la corruption qui provenait de la petite fille. La porte du dieu maudit venait de se refermer.

Le monde autour d’eux commença à se dissiper. Le dieu ne pouvait plus rentrer dans le monde, et la corruption qu’il avait produite était dispersée très vite par les vents. Ils revenaient vers le monde réel. Ensemble. Ils sortaient des douleurs passées pour se diriger vers le futur qu’ils construiraient. Il devinait qu’il allait devoir fortement surveiller la fillette au début. Mais il avait confiance.

Il voulait donner à cette petite fille crasseuse avec un ballon une seconde chance de ne pas devenir celle qui provoquerait la fin du monde.

Ils avaient vaincu la maladie et la mort. Ils avaient atteint l’éternité. Ils s’étaient numérisés.

Le corps est faible, le corps est mortel, seul l’esprit compte. Ce nouveau dualisme avait été dans toutes les discussions avant le grand changement. Pouvait-on abandonner son corps pour devenir un pur être d’âme ? Est-ce que c’était une apothéose, l’atteinte d’un nouveau stade, ou l’abandon d’une partie de ce qui faisait d’eux des humains ?

Les débats étaient hargneux, mais ils n’avaient pas eut le choix. Une catastrophe imminente. Une flotte spatiale détruite, incapable d’évacuer la population. La numérisation de toute les consciences avait été vue comme la seule possibilité.

Un grand réseaux neuronal avait été battit, caché à un endroit où il ne pourrait pas être détruit par la météorite. Une campagne avait été faite pour préparer l’apothéose.

Et elle s’était produite, leur faisant tous atteindre cette nouvelle forme d'existence.

Désormais, ils étaient des êtres de pure conscience, des esprit détachés du monde physique. Ils pensaient que ce qu’il se passait dans l’univers importait peu, maintenant, ils faisaient parti des nuages. Ils ne s’étaient pas connecté au reste du monde. En effet, pourquoi parler aux autres machines quant ils avaient déjà de toute façon toute la population pour parler.

Ils voyaient les informations reliées entre elles, formant une immense toile d’araignée dans un espace avec tant de dimensions qu’ils n’auraient jamais pu pouvoir le comprendre. Mais ils avais accès désormais accès à tout le savoir, et avaient la possibilité de discuter et de s’élever à des niveaux philosophiques jamais atteint.

Désormais, chaque microseconde de leur temps était utilisable, et ce jusqu’à la fin des temps. Ils étaient immortels, et pourraient toujours découvrir de nouvelles possibilités. Ils n’étaient plus lié au bas monde physique et vivaient désormais au dessus du monde, dans les nuages du virtuel, du numérique. Le monde entier pouvait être détruit, ils survivraient.

Ils étaient des dieux.

Cependant, un jour, une catastrophe arriva.

Des informations disparurent. Ce n’était pas grand-chose, mais des mots qui manquaient, des défauts. Des données qui semblaient corrompues. Il y avait des bugs dans la machine. Les erreurs commencèrent à se multiplier. Des petits réseaux commençaient à se corrompre, comme un virus qui se déplaçait de donnée en donnée, les rendant fausse où simplement insensée. Quand elles ne disparaissaient pas totalement. De petits réseaux en petits réseaux ce furent rapidement des pans entier de leur univers numérique de pures consciences qui disparurent.

Mais ce n’était pas tout. Ils se sentaient affaibli. Comme si penser devenait de plus en plus lent. Comme si ce qui avait leur avait prit peut de temps à comprendre et assimilé devenait parfois affreusement long pour eux. Ils ralentissaient. Certaines pensées semblaient d’un seul coup changée, et d’autres semblaient incompréhensibles. Comme si l’information s’était mal copiée, comme s’il y avait eut une erreur dans la conservation de leur mémoire.

Parfois même leur compteur de temps sautait, comme s’ils avaient tous loupé quelques seconde. Comme si pendant ce temps, aucune personne dans cet univers n’avait existé. C’était des micro-coupures dans la machine : Pendant tout ce temps, rien ne s’était passé, seul le compteur, externe à la machine, avait continué à tourner.

Et puis, d’un coup, plus rien.

La machine qui contenait l’entièreté de la population d’une planète avait simplement planté, et n’arrivait plus à redémarrer.

« There is no such thing as “the cloud,” it’s just somebody else’s computer »

#Inktober2017 - Day 30. Cloud

C’était un jour normal pour Gaël. Le jeune humain aux implants bioniques se promenait dans les rues protégées de la capitale du continent Antarctique, le Pôle Sud. Depuis qu’il avait du avoir la mécanisation complète, le jeune homme s’habituait non sans quelques difficultés à son nouveau corps. Cependant, les nouvelles possibilités lui semblaient impressionnantes. Il avait hâte de tout essayer. Il se dirigea comme à son habitude vers son disquaire préféré, et commença à regarder les disques.

Et c’est en ce jour ordinaire que l’évènement arriva. Gaël commença par se sentir plutôt mal. Il ne comprenait pas trop ce qu’il lui arrivait. Cependant, ce fut comme si une phrase résonnait dans sa tête, ou plutôt, était implémenté dans ses composants bioniques.

« Il est temps de retourner à la réalité »

Et ce fut à ce moment précis que la lumière qui éclairait le monde s’éteignit. Seul existait désormais une nuit perpétuelle. Les yeux artificiels de son nouveau corps avaient cessé de fonctionner.

Gaël paniqua. Autour de lui, il entendait des sons entremêlés, mais ne pouvait pas regarder pour en identifier visuellement la cause. Qu’est ce qui avait fait tel ou tel bruit ? Il n’avait aucun moyen de le vérifier. Il ne savait même pas si certains sons avaient la même cause ou non. Le jeune homme ne savait pas quoi faire. Le cyborg avait peur de demander de l’aide. Qu’est-ce qui se passait, qu’est-ce qu’était cette voix, pourquoi lui avait-on fait cela ? Il avait cependant encore plus peur de tenter de sortir en avançant à tatons. Ne risquait-il pas de mettre sa main dans quelque chose de dangereux ? Gaël avait peur. Est-ce que c’est comme ça que sera désormais sa vie ?

La peur, les sensations, et un mal de crâne eurent raison de la façade qu’il tentait de garder, et il fit un malaise. Sans pouvoir voir ce qu’il se passait, il entendit les gens s’affairer autour de lui. Des échos de voix, tous entremêlés. Il entendit que quelqu’un appelait les secours. Oui, vite, qu’on puisse réparer ses yeux ! Gaël se laissa glisser dans l’inconscience. Il espérait voir en cela un raccourci vers le moment ou il retrouverait sa vue.

***

Gaël se réveilla, allongé dans un lit. Autour de lui, les sons typiques des appareils d’un hopîtal. Il ne voyait toujours rien. Il entendit juste une voix. Il devina que c’était le médecin ou une personne en charge de ses parties bioniques : il ne reconnaissait pas cette voix.

— Tu es réveillé ?

Il acquiesça. Il entendit un soupir. Le médecin avait sans doute des mauvaises nouvelles à lui annoncer. Gaël se sentait trembler.

— Tu as été attaqué par des membres de l’Homo Novus. Il semblerait qu’ils aient attaqué plusieurs personnes ayant des implants bioniques ces derniers jours. Je suis vraiment désolé que tu ais été une de leurs victimes, et nous allons faire notre possible pour les attraper.

A vrai dire, qui l’avait fait n’était pour l’instant pas la première préoccupation de Gaël. C’était ses chances de guérisons.

— Bon, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à t’annoncer…

C’était toujours mauvais signe quand un médecin disait ça.

— La bonne, c’est que les mecs qui t’ont attaqués n’ont pas réussi à pirater des zones de ton cerveau. Ils n’auront pas de quoi te faire du chantage, ni n’ont pu implanter de virus en toi.

Un silence. L’heure allait être à la mauvaise nouvelle. Le jeune cyborg devinait aisément ce qu’il allait entendre, tout en espérant de toutes ses forces le contraire.

— Malheureusement, ils ont en piratant tes yeux abîmés ton cerveau, et la zone de la vue en tout particulier. On ne peut pas réparer ça.

Le jeune garçon en dit rien. Il avait envie de crier, de pleurer, mais ne dit rien. Il n’avait pas envie de savoir que cette personne qui lui avait annoncé de la nouvelle retentirait de la pitié pour lui. Il se retourna dans son lit. Il n’écouta que d’une oreille l’homme lui expliquer qu’on lui fournirait des cours pour apprendre le braille, et lui expliquerait comment se brancher directement à un ordinateur pour utiliser des interfaces non-visuelles pour l’utiliser, et acquérir directement les informations des textes à l’écran. Il n’avait pas envie d’aller à ses cours. Même si ces cours servaient à l’aider dans sa vie, il avait l’impression que ça rendait la situation définitive, lui retirait tout échappatoire. Il se retourna.

Lorsque l’homme fut parti, Gaël resta allongé dans son lit. Il rumina l’attaque qui l’avait privé de ses yeux. Comme si en imaginant assez comment cet événement pourrait s’être passé autrement, cela allait changer les choses. Comment s’adapter à la perte d’un sens ? Comment s’adapter à tout ce qu’on ne pourra plus faire ? Comment accepter l’idée que toutes ces sensations que nous avait apporté notre vue, nous ne l’auront plus ? Cela lui semblait impossible.

Toute la fin de la matinée, le cyborg vit des membres de sa famille le visiter. Autour de lui, ses proches tentaient de lui remonter le moral. Lui dire qu’il réussirait à s’en sortir, que ça irait mieux. Ce n’était pas eux qui sont dans cette situation, c’était donc facile de dire ça. Quelques personnes tentèrent de faire de l’humour dessus. Des jeux de mots dont Gaël se serait bien passé pour le moment. Le pire n’était pas quand c’était méchant. Le pire était qu’ils étaient persuadés que ça allait lui remonter le moral.

Une fois cette procession terminée, Gaël se retourna à nouveau dans son lit. Il ne se sentait pas encore capable de faire autre chose que de ruminer. Que de vouloir pleurer, hurler à l’injustice du sort. Il avait subi une attaque par des gens qui le considérait comme inférieur aux humains, et un danger pour l’humanité, à cause des parties bioniques qu’il avait subit comme un accident. Et à cause de ces personnes, il avait perdu désormais sa vue.

Gaël avait envie de vengeance, mais savait qu’il n’avait aucun moyen de la faire. Il ne pouvait que ruminer sur son sort, et pour l’instant s’apitoyer.

Il lui faudrait du temps pour remonter la pente.

#Inktober2017 - Day 20. Blind

« Nan, mais c’est pas possible, je peux pas porter ça, je vais être ridicule ».

Sous cette complainte classique, c’était un cri du cœur qui sortait de la bouche de Lucie. Dans cette robe de soirée, elle se sentait gênée comme jamais. Elle regardait avec envie le costume de son frère, Lucas. Celui lui semblait tellement plus proche de ce que les deux jeux adolescents portaient habituellement, juste à prix beaucoup plus élevés. Cependant, comme s’il avait entendu les pensées de sa jumelle, il rétorqua.

— « Te plains pas, toi tu ressembles pas à un pingouin… »

Les deux jumeaux étaient obligés de se rendre à une soirée huppée, pour des raisons obscures liés au métiers de leurs parents. S’ils avaient bien compris, ils avaient fait un truc, ce truc avait été apprécié, et du coup ils étaient passé à la télé – ça c’était super cool – et ils avaient été invités avec les enfants à la soirée. Et les deux jeunes adolescents étaient donc forcé de porter ces tenues. Ils se sentaient tellement gênés dans leurs costumes qu’ils se demandaient s’ils ne ferait pas mieux de venir nus…

On leur avait dit que c’était important, que là-bas, tout le monde était élégant, et qu’ils devaient l’être aussi. Aucun des deux ne s’était jamais décrit comme « élégant », et ils avaient l’impression que leur faire croire qu’ils allaient être élégant juste en portant ce costume, c’était un mythe. Lucas savait parfaitement qu’il n’allait pas parler de la même manière que les autres, et que ça se remarquait. Lucie avait lu une fois quelque chose sur le nombre de couvert qu’il y avait. Et si elle se trompait de fourchette ? Tous deux comprenaient qu’il y avait certains codes pour être élégant, et qu’il leur manquait les clefs pour les déchiffrer. Ils n’auraient pas les mêmes références, ils seraient plongés dans un monde dont ils ne connaissaient rien. Lucas avait même voulu prétexter de devoir réviser une dictée pour échapper à cela.

Ils avaient peur. Et si par leur comportement, ils étaient reconnus comme ne faisait pas partie de ce monde ? Seraient-ils des intrus, n’ayant aucun droit d’être présent en ces lieux ? Seraient-ils ridicules de par leurs vêtements et leurs comportements ? Ils ne savaient pas si c’était vrai ou faux, mais en tout cas avaient assez peur que ce soit vrai pour vouloir éviter que cela arrive. Lucas remarqua que c’était sans doute la première fois que lui et Lucie étaient inquiets d’être à un endroit où ils ne devaient pas être.

Cependant, malgré toute leurs protestations, les parents les amenèrent dans la voiture, scellant leur triste sort.


Au sortir de la soirée, les enfants se dirent que ça avait été un succès, contrairement aux adultes qui l’étaient moins, et ce pour la même raison. Même si le début de la soirée fut prise d’un silence gênant avec les enfants des autres adultes, il y avait un langage universel, qui pouvait transcender les différences de langage, et composer leur manque dans cette discipline auguste et ancienne qu’était l’élégance :

Les bêtises.

#Inktober2017 - Day 16. Graceful

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