Kazhnuz

Audren cherchait ses mots, mais rien ne lui venait en tête. Il savait qu’il devait dire quelque chose, mais n’osait pas. Un grand silence gêné régnait dans la salle de réunion des Gardiens.

À la base de toute cette histoire, un risque habituel, mais qui faisait toujours un choc quand il se produisait. Une nouvelle mission avait mal tourné. Une simple mission protégé un enfant tourmenté avec un poltergeist sur Terre. La bataille avait été rude, et l’enfant avait été blessé. Kenneth était enfoncé dans un fauteuil, un verre à la main. Il n’avais pas suffisamment bu pour être ivre, mais son état de déprime inquiétait tout de même Audren. Cela faisait quelques mois que les missions allaient mal, qu’il y avait des imprévus, et que le métier commençait à fatiguer Kenneth’. Et rien ne l’affectait plus que quand il y avait des innocents blessés lors d’une mission. Et plus ça continuait, plus il se sentait mal.

— Connards de Patterson, on peut jamais compter sur ces exorcistes d’opérette… grommela juste le jeune gardien, toujours furieux du refus d’envoyer de l’aide par la famille de professionnels de la gestion des spectres.

Il soupira.

— Enfin, c’est moi qui ait bien merdé, sur ce coup… rajouta-t-il en regardant le plafond.

Kenneth ne continua cependant pas de parler de ce qui le tracassait. Il estimait en avoir trop dit et était déjà gêné d’avoir avoué avoir envie de tout quitter parce qu’il s’en sentait pas capable. Audren avait envie de lui répondre qu’il avait du talent, qu’il était doué et que ce n’était qu’une mauvaise phase. Que les crasses, cela arrivait à tout le monde, et que statistiquement ce mois était pas top pour tout le monde. Cependant, rien ne sortait. Il devinait pourtant ce qu’il devait lui dire, ce qui était pour lui la vérité. Mais il n’osait pas, et le silence s’installait.

On lui avait toujours dit que la timidité c’était mignon. Peut-être, mais il y avait des moments. Aller, il devait trouver quelque chose à dire. N’importe quoi d’utile. Mais peut-être que c’était déjà trop tard ? Le silence s’était installé depuis plusieurs minutes. Peut-être que s’il le disait maintenant, cela allait sonner faux et que Kenneth allait encore plus déprimer en pensant qu’on voulait le rassurer mais qu’au fond, ses amis pensaient aussi qu’il foirait tout. Peut-être qu’il valait mieux se taire. Non, c’était stupide. Mais peut-être que c’était bien trop tard, et qu’il se disait déjà que ce silence.

Audren s’était toujours dit qu’il était bon pour écouter, et que c’était une de ses qualités. En effet, il acceptait d’écouter ce que ses amis avait sur le cœur, cela ne le dérangeait pas. Mais dans ce genre de moment, il se disait que ce n’était rien. Il se sentait jaloux de ceux qui arrivaient à trouver les bons mots, les mots juste – sans se rendre compte qu’eux aussi se foiraient, disaient des choses qu’ils ne devaient pas dire.

Mais dans sa peur de dire le mauvais mot, il s’était à la fois persuadé que tout ce qu’il dirait serait mal, et que tout ce que dirait quelqu’un d’autre serait meilleur.

Il inspira. Il devait se lancer.

— Je-je pense que tu t'es bien débrouillé, bredouilla-t-il. Tu as été fort et talentueux, tu t'es bien battut contre le spectre alors que c'est pas ta spécialité. On peut pas demadner à un forgeron de forger, euh non, de faire du paillage de chaise. Enfin si, s'il est passionné de paillage de chaise, si, il peut totalement le faire, je lui interdit pas ! Mais s'il fait pas de paillage de chaise, on peut pas lui demander. Bref, je voulais dire que ça n'a jamais été ta spécialité ni la mienne l'exorciste, on sait pas faire ça. On aurait du avoir un Patteson assigné pour pouvoir faire la mission ! Enfin, pour les Patterson, c'est pas d'être des exorcistes qu'on peut leur demander mais d'être des gros péteux !

Génial, se disait-il. Il avait bafouillé, il en avait trop fait - ce qui risquait de le faire paraitre soit être un fanboy soit pas sincère, il s'était perdu dans sa métaphore, et il avait terminé sur une note de mauvais humour gênant.

Alors qu'il s'attendait au pire, Kenneth pouffa de rire, et lui dit simplement : "T'as raison".

Judith déglutit en se connectant à l’unité centrale. Le mécanisme de gestion de la planète demandait le sacrifice d’une personne, qui acceptait d’être relié jusqu’à la fin de sa vie à la machine pour en être le cœur conscient, le maillon humain qui empêchait la planète d’être contrôlée uniquement par la froide logique de la machine. Elle obtenait l’omniscience, l’omnipotence et l’omniprésence à l’échelle de la planète, mais abandonnait à jamais une vie normale. Cependant, peu de gens acceptaient un tel sort, et seule les personnes certifiées comme bonne pouvait l’accepter. Et Judith ne l’avait fait que pour éviter à une amie de le subir.

Elle était allongé sur le lit où elle passerait le reste de sa vie. Sachant que les personnes connectées recevaient des soins qui leur permettait d’atteindre plus de cent ans, elle allait passer dans les quatre-vingt ans accrochée à cette machine. Elle avait peur, mais elle était contente d’épargner à son amie de subir cela. Elle avait déjà pour but de tenter de passer quand même sa vie autour de son amie, telle un ange gardien. Par amour.

Sans un mot, les médecins l’accrochèrent.

Un bruit de cliquetis.

Judith sentit le flot des informations et des données se déverser dans sa tête, directement dans son esprit. Elle était reliée à la machine, elle s’était unie avec le réseaux. La sensation n’était pas un simple accès aux données sur l’univers numérique : elle faisait un avec la planète. Elle voyait chaque personne. Elle sentait sa personnalité se dilaté, mais faisait tout pour conserver son identité. C’était important. Elle devenait fractale. C’était comme si chaque fragment d’elle prenait une forme d’autonomie pour se concentrer sur une partie du monde. Elle était à chaque instant consciente de toute les Judith qui se rependaient sur toute le monde. Elle était partout à la fois, mais tout en restant unique.

Elle était désormais unie à la machine.

C’était une lutte pour conserver sa personnalité. Elle se sentait déchirée de toute part. Elle se sentait perdue dans l’immensité des informations. Elle en savait trop. Il fallait qu’elle trouve un moyen de continuer à exister pour ne pas être emportée à jamais dans le flot de données. Était-ce que subissaient tous ceux et celles sacrifiés à la machine ? Parmi les données qui faisaient désormais partie de ses pensées, il y avait les personnalités de tous ses prédécesseurs. Elle serrait les dents intérieurement : elle voulait rester elle-même.

Cependant, c’était comme si une question pernicieuse faisait désormais parti de son esprit : pourquoi résister, pourquoi lutter ? En effet, ne serait-ce pas plus simple, plus agréable de ne faire qu’un avec la machine. Judith se sentait prête à abandonner.

Cependant, elle ne voulait pas. Elle était Judith, elle était la fille de Clamin et Eveline, elle était l’ainée d’une fratrie, elle était amoureuse de Sarah. Elle avait sacrifié sa vie corporelle pour sauver cette dernière. Elle aimait les fruits sucrés et jouer au sports de ballons. Elle détestait les cours de grammaire mais adorait les math. Judith était une personne, et résisterait. Elle organisa toute les Judith, pour que toujours elles se souviennent d’elle. C’était sa personnalité, c’était son identité qui se propageait dans la machine. Si elle devait se dilater à travers toute la machine, elle ferait en sorte de ne pas se diluer dedans. Ses pensées seraient répétée à travers toute la mécanique virtuelle. Telle un écho qui s’assurait que son esprit ne se perdrait pas, goutte d’eau dans l’océan. Si elle devait tomber dans l’océan, elle ferait en sorte d’être elle aussi un océan entier.

Elle se concentra sur Sarah. Elle était en train de déprimer dans sa chambre, se fustigeant de sa lâcheté. Si elle n’avait pas fuit lorsqu’elle avait été désignée, Judith serait encore une humaine. Elle n’avait même pas pu assister à son intronisation, prise par la honte. Judith se concentra. L’ordinateur de Sarah. Un fichier texte qui apparaissait. Trois mots et un symbole.

« Je suis là ♥ »

#Inktober2017 - Day 26. United

Quand j’étais petit, aucun lieu ne me semblait plus mystérieux qu’une bibliothèque. Un espace avec ses rituels étranges, tel que garder le silence. Un lieu ou tout pouvait se trouver, n’importe quel histoire pouvait se cacher au tournant d’un ouvrage. Ces lieux étaient comme des temples, non pas uniquement du savoir, mais également des temples des histoires, des lieux et des mondes à découvrir.

Quand j’ouvrais un livre, je me demandais toujours : comment quelqu’un a pu écrire ça. Comment pouvait-il savoir que les mots étaient les bons, comment pouvait-il réussir à écrire des choses aussi belles. Est-ce que chaque phrase était fabriquée, façonnée dans l’argile des mots et des figures de style afin de construire un ensemble ou chaque sonorité et lettre tomberait à la bonne place ? Ou était-ce un talent inné, les phrases naissaient toutes seules, naissant comme une mélodie harmonieuse de caractères couchés sur du papier. J’errais dans les bibliothèques à la recherche d’une réponse à cette question.

Comment une histoire pouvait-elle être faite ? Où trouvaient-ils des idées originales, comment pouvait-elle naître d’un coup dans leurs esprits fertiles. N’ayant point la clef de l’inspiration, la porte de la compréhension de ce mystère semblait rester irrémédiablement close. Comme si le secret des livres que j’adorais dévoré semblait impossible à découvrir par la simple lecture. C’est ainsi que l’envie d’écrire naquit. Comment réussir à faire pareil. Comment réussir à faire des histoires. Était-ce des jeux ? Est-ce qu’on jouait des personnages, puis on couchait ses jeux sur du papier ? Était-ce des plans bien suivi ? Était-ce un univers dans lequel on vivait un peu ?

Mais quand on passe de l’autre côté du miroir, n’y a-t-il pas un risque de perdre le mystère ? Ce qui semble impossible devient possible, et le pouvoir mystérieux de créer devient narratologie, construction du conte et théories du récit. La fulgurance de la naissance d’une histoire devient clapotis mécanique d’un clavier. Est-ce que le transformer en méthodologie n’a-t-il pas tué le mystère ? Les symboles devenus visibles n’ont-ils pas érigé un mur bloquant l’immersion dans le récit ? Lorsqu’on perçoit des structures et des formes dans un récit, lorsque l’expérience nous permet de prédire ce qui va se passer, est-ce que nous n’avons pas perdu un peu de notre enfance, du jeune nous qui aimait dévorer les livres avec la naïveté de la découverte ? La désillusion du récit n’est-elle pas la perte d’une partie de la magie des livres ? Et pire encore, n’est-ce pas la fermeture partielle de certains mondes de récits, remplacés par des microscopes et des fiches d’analyses ? Peut-on encore errer dans une bibliothèque, alors ?

C’est ainsi que l’on part alors sur une nouvelle route. Après une quête pour remplacer le savoir par le mystère, on cherche le mystère au-delà du savoir. Récit qu’on a jamais lu, dans un style tout nouveau. Récit dont on pensait déjà tout connaître, observés d’un œil nouveau. Peut-être que la recherche est-elle avant tout un amour du mystère.

#Inktober2017 - Day 14. Mysterious

L'épopée ordinaire

C’était une de ces nuits calmes et tièdes, rafraîchit par une petite brise. Ces nuits ou l’on aimerait rester debout, la fenêtre ouverte, pour profiter de ces instants de songes éveillés nocturnes. Un de ces moments qui semblait idéal pour l’introspection, pour voyager au cœur de son esprit. Le calme des soirées, les sons des animaux, c'était un peu la musique idéale pour réfléchir, pour se poser des questions. Le doux silence du crépuscule éclaire les pensées du rêveur solitaire, les rendant plus clair à sa propre conscience.

Parfois, dans ces nuits, un sentiment étrange peut nous parvenir : celui d'avoir accompli, en fin de compte, quelque chose. Ce genre de sensations qu'on devrait pourtant plus sans doute ressentir lors qu’après un long périple, on rentre chez soi. Celle d'avoir vécu une épopée. Mais nul voyage épique d'un Ulysse ou d'un Jason, juste le périple banal, celui que traversent les gens ordinaires moult fois dans leur vie. Un périple construit de péripétie, de coup de théâtres, de remontée héroïque après avoir touché le fond et de descentes aux enfers.

La vie apporte son lot de malheur, de souffrance et de difficultés. Quand on y pense, on ne reste jamais bien longtemps dans une situations paisible. C’est comme si toujours, une nouvelle péripétie venait déranger le statut-quo que l’on avait créé. Des changements dans son cercle d’amis. Les choses qui changent. Des pertes. Des malheurs. Parfois des bonheurs ?

En fin de compte, peut-être que le héros au mille visage, cet être qui a vécu toute les aventures sous des noms et des personnalités diverses, dans moult vies, est également monsieur tout-le-monde. Les atomes de notre histoire sont tout les souvenirs qui nous compose, tout ces instants qui ont participé à nous définir. Des histoires, qui ont fait partie de notre processus évolutif. Notre quotidien est une histoire, dont on est toujours protagoniste et co-écrivain.

Le voyage initiatique de chacun se forme à travers l'espace et l'esprit, chaque pas étant aussi une évolution, chaque évolution étant aussi un pas.

Des histoires d'amours banales, mais avec leur lot de rires et des chagrins. Des disputes. Des réconciliations. Des séparations. De nouvelles histoires.

L'envie de vivre ses passions, les difficultés que l'on rencontre. Les échecs. La persévérance. Ce moment où on peut enfin se dire "je suis fier de moi". Ceux où quoi qu’on n’y fasse, nous n’arrivons pas à être satisfait de nous. L'évolution de nos capacités. L’envie de tout abandonner. Et si nous n’y arrivions jamais ? Et si tout ce que l’on voulait était une erreur, un simple caprice que l’on aurait jamais du faire ? Peut-être aurions-nous dû être sage au lieu de vouloir « faire ce qu’on veut » ? Persévérer.

La haine ordinaire, les insultes du quotidien, juste parce que l'on est pas "comme tout le monde". Le rejet. L'acceptation. Devoir affronter sa peur, dire ce que l'on est. S’accepter. Il y a aura toujours dans le monde des gens pour nous refuser le droit d’être ce que l’on est. Il y aura toujours des gens pour ne parler que le langage de la haine, et dans l’étroitesse de leur esprit être les bourreau du quotidien, pervertissant le mot même de « morale » afin d’en faire une arme contre tout ce qui est différent d’eux.

La peur de perdre un proche. Cette perte quand elle arrive. Le deuil. La dépression, mal invisible qui nous ronge de l'intérieur. Se lever, se laver, manger, se préparer pour la journée. Tenir lorsqu’on a qu’une seule envie, c’est de se rendormir pour ne plus jamais se réveiller. Se donner quelque claque : Déjà finir cette étape, passer la journée. Quelques entrées dans un logiciel servant de liste des tâches à accomplir. Jeter un coup d’œil. Encore tout ça à faire ? Se décourager. Tenter l’auto-motivation. Échouer. Se dire que de toute façon on a pas le choix.

Cet instant, ou l'on pense avoir perdu, que tout est fini, mais ou on décide de ne pas en finir avec notre vie, par espoir que ça aille mieux ou pour ne pas faire pleurer les siens. Ce même moment, ou le sort ou un ami nous arrête. Ces échecs, ces histoires qui se terminent trop tôt. Il est toujours trop tôt pour conclure une histoire.

Ces instants où la force de nous reconstruire nous vient, et petit à petit retrouve une joie de vivre, ou une volonté de continuer.

Les moments où l'on retombe. Ceux où on se relève. Les mains tendues.

Telle est l’épopée ordinaire, l’épique banal de ceux qui ne sont ni des super-héros, ni nés de divinités. Des êtres normaux, sans rien d’extraordinaire. Nul aède ne chantera nos louanges, mais tout ce que nous construirons, tout ce que nous apporterons aux êtres dont les histoires croiseront les nôtres seront une trace indélébile. Une marque qui participera à façonner, à apporter notre pierre dans l’édifice de la véritable histoire, celle foisonnante et riche des vies ordinaires.

Je jette à nouveau un regard par la fenêtre. La lune éclaire doucement les arbres, les routes. Il fait calme. Il fait frais. Je repense au passé. Parfois il est joyeux, parfois il est triste. Parfois il est léger, parfois il est dur. Il est rempli de frousses, de hontes, de ratages totaux, de grosses conneries et de regrets. Mais aussi de rires et de joies, de bons moments qui me font sourire, parfois teintés d’un goût doux-amer. Il m'a façonné, sans lui, je ne serais pas qui je suis. Il est mon épopée personne, une parmi tant d’autre, ni pire, ni mieux qu’une autre. Une histoire anonyme, noyée dans la foule, mais qui est importante. Comme tout les autres. Nous sommes tous protagoniste d’une histoire : la notre. Et tous nos proches en sont les personnages principaux, ceux qui en font la substance. Les co-auteurs de notre histoire, qui ont participé à créer ce qu'on est. Sans mes amis, ma famille, mes amours et mes relations plus complexes, parfois plus conflictuelles, je ne serais rien. Sans toutes ces histoires infiniment importantes qui ont croisés la mienne, ma propre histoire n’aurait jamais pu se construire.

Mais ce long périple banal prenait-il sa fin aujourd'hui, dans cette sensations de résolution ? Non, il continuerait. La fin de l'histoire n'existe pas tant qu'il y a le moindre personnage encore en vie. Quand je vois tout ce qu’il me reste à accomplir, cela peut toujours faire un peu peur. Cependant, avoir peur n’est-il pas aussi le signe que nous avons de l’espoir ? Si le risque de l’échec n’existe pas, la réussite ne risque-t-elle pas de perdre tout son gout

Je me lève et va fermer la fenêtre. Il est temps d'aller dormir.

Demain sera un autre jour.

Et il y aura des choses à faire.

L'épopée ordinaire

Le soleil blanc était caché par les opaques et ternes nuages qui diffusaient une pluie grisâtre sur la sombre Capitale, ou la foule compactes d'âmes obéissantes vêtues du traditionnel noir, non-couleur devenue sacralisé par une mode reine des esprits, avançait sur le béton teinte de corbeau. Marcher, rien d'autre. Marcher avec les chaussures de sport d'un blanc sali, ou avec les chiques chaussures noires lustrées. L'unique but était d'atteindre un morne lieu de travail, avant de manger un repas presque coloré, petit instant de joie dans la journée, pour après reprendre le rythme gris et sombre de la journée. Après, quelques pièces grises passeraient dans les mains, et quelques billets ternis par l'usage rejoindrais les plus chanceux de la population.

Par contre, à la télé, dans la sombre soiré, un rare éclatement de couleur accompagne des nouvelles joyeuses. Le chômage n'a pas augmenté, d'après les courbes aux vives couleurs chaudes. Mais rapidement, le gris revient. Un peu de rouge vif pour les violences, qui seraient partout. Teintes obscures de l'insécurité, du manque d'argent de l'état. Des "indésirables" aux visages sombres ou livides, des différents, qui sont accusés de ternir une économie, une nation, un monde qui aurait été jadis fleurissant. Tout ce gris assombrit encore plus les esprits, quand soudain quelques couleurs unique leurs ait promise : l'or de la réussite, de la monnaie, de la sécurité, une couleur qui les envelopperaient de sa chaleur omniprésente et protectrice. Quelques teintes sépia de nostalgie, rappelant un monde qui aurait été mieux mais qui est perdu. On désigne des coupables d'avoir fait disparaître ce glorieux Passé.

Les discours finis, le monde retombe dans les ternes couleurs.

Je regarde doucement ce cortège de non-couleur s'avancer à mes yeux, et je sens que petit à petit je me ternis. Je perd ma joie, mes peurs s'amplifient et se décuplent. On ne parle que du gris, on se contente de m'effrayer avec une supposer noirceur du monde. Chaque nouveau jour, un nouvel enfoncement dans cet enfer monochrome. « L'enfer c'est les autres » disait Sartre. Non. L'enfer, c'est ce gris, cette terreur qui vous étreint le cœur, qui vous cause terreurs voire même pleurs. Mais est-ce la vérité ? Je vois du bleu. Le bâtiment devant moi est brun. L'herbe est verte. L'homme même est pleins de couleurs ! Je me révolte. Je veux des couleurs.

Rejoins le rang des couleurs, libère ton rouge cœur du noir ambiant. Le monde est sombre, mais il est habité de gens pouvant faire office de lumière. Les problèmes sont réels, mais exigeons une véritable entraide, et surtout, arrêtons de vouloir que nous ne soit exposé qu'une peur, que les pires horreurs, que le plus exceptionnel. Mais il ne faut pas alors que nous n'ayons que la vision positive du monde. Il nous faut le bien et le mal, le bon et le mauvais. Les couleurs et le monochromes, ce n'est qu'ensemble qu'il forment un monde.

Je veux le rouge du sang, mais également de la volonté.
Je veux le vert de la maladie, mais également de l'espoir.
Je veux le bleu du pouvoir autoritaire mais également du ciel.
Je veux le jaune du soleil.
Mais je veux aussi le noir des ténèbres, le blanc qui aveugle, le gris morne.
Je ne veux juste pas d'un monde en niveau de gris.

Niveaux de gris

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