Kazhnuz

Le kazhnuz familier (Kazhnuzis Familiaris), aussi appelé kazhnuz commun, katos (une qualification un peu abusivé lié à une espece apparentée) ou kazh-noisette est un animal paisible des campagnes ligériennes. Longtemps qualifié de cryptide par les spécialiste, un spécimen a cependant été découvert en Janvier 1993, nous permettant ainsi d’étudier ses habitudes et son mode de vie.

Animal à la longue crinière, il se remarque souvent par le fait qu’il arbore des couleurs vives, le rendant visible de loin. Son régime alimentaire est composé en grande partie de végétaux, de céréales et de nourriture épicée, mais également de fromage. En fait, on peut même élaborer des pièges pour le capturer, en utilisant du fromage (bien fort si possible).

Sédentaire et peu sociable, le kazhnuz vit en grande partie dans sa tanière, où à des habitudes pour le moins étranges. Parmi celles-ci, nous avons pu remarquer une tendance à créer des histoires diverses et variés, et l’élaboration d’habillage graphique. Certains de ses rituels cruels consistent à faire souffrir des personnages fictifs, pour ensuite déplorer leur souffrance. Certains zoologistes ont affirmé l’avoir aperçu faire des dessins, mais cette affirmation n’a que peu de soutiens dans les milieux scientifique. Il peut également se lancer dans des discours philosophiques plein d'entrain sur des sujets difficilement compréhensible, sur des sujets tel que le logiciel libre, l'éducation, la narration ou les animaux mignons.

Pour déterminer avec certitude si un kazhnuz s’est installé chez vous, il y a quelques signes qui ne trompent pas : Disparition progressive de votre fromage, apparition soudaine du système d’exploitation Linux sur vos ordinateurs. Vous retrouverez également des histoires gribouillé de manière illisible sur des papiers qui traîneront un peu partout – et qu’il se plaint toujours de ne plus trouver.

Pour éviter ce genre de désagrément, il est possible de l’amadouer avec des plats épicés. Avec cela, vous pouvez même le domestiquer facilement (la menace de lui couper les cheveux marchant également pour le rendre obéissant - enfin, vous pouvez le menacer de lui couper pas mal d'autres trucs et ça marchera, mais c'est pas très gentil-gentil, hein). Il s’entendra alors bien avec vos animaux et vos enfant (par contre il peut finir par leur donner des leçons de mathématiques ou d’histoire).

Une journée ordinaire. Un ciel bleu. Un petit vent frais. Le temps idéal pour un jogging. Un peu de musiques, des foulées.
Un crissement de pneu.
Un choc.

Angus était dans le brouillard. Il ne savait pas ni où il était, ni ce qu’il y faisait. Le monde autour de lui semblait se limiter à la douleur, qui l’empêchait de penser clairement, et à des cris et voix autour de lui. Mais que disaient-elles ? Rien de compréhensible, semblerait-il. Il essayait de se concentrer. Il essayait de comprendre. Mais il se sentait glisser, les ténèbres le happaient. Il ne comprenait pas.

Angus se réveilla dans un lit. La salle était entièrement aseptisée, des machines autour de lui faisaient des « bips » réguliers. Pas de doute, il était à l’hosto. Il regarda son état. Il n’arrivait pas à se lever, et il voyait des bandages partout. Il essaya de se rappeler sa journée. Il était la veille d’une course. Pour se détendre, il avait décidé de faire un petit jogging, avec son baladeur. Il se souvint du crissement et du choc. Il jura intérieurement. Il s’était fait renversé par une voiture. Il commença à prendre peur. À quel point les dommages à son corps étaient-ils graves ? Ce crissement, c’était un accident, c’était tout ce qu’il en savait. Tout le reste était inconnu. Ne serait-ce que ses chances de se remettre. Il maudissait cette voiture, il maudissait tous les conducteurs. Ils n’étaient là que pour mettre en danger les piétons ?!

Au bout de quelques minutes, une infirmière arriva, lui disant qu’elle avait téléphoné à ses parents, et qu’ils seraient là d’ici une heure. Elle lui apprit les circonstances de l’accident, et fini par lui donner son diagnostique. Angus retint sa respiration, terrifié. Le verdict tomba comme un couperet : sa colonne vertébrale était touchée. Il ne pourrait sans doute plus jamais marcher.
Elle lui déclara également que son pronostic vital avait été engagé. Il s’en était sorti, et ses jours n’étaient plus en danger. Il avait eu de la chance sur ce point.

Angus se sentit indigné par une telle expression. Son monde s’effondrait, et il avait de la chance ?!
Le jeune homme avait travaillé pour devenir sportif. C’était sa passion, et son rêve était d’atteindre un haut niveau. Il avait toujours aimé le sport, c’était le seul domaine dans lequel il avait jamais eut l’impression d’être bon. Ce crissement, ce n’était pas que sa carcasse qu’il avait renversée, c’était aussi ses rêves et objectifs. Il n’avait plus de but, et tout son avenir avait été balayé d’un coup, comme un château de carte.
Pour atteindre son but, il avait enduré le régime spartiate de son entraîneur, il avait accepté de fermer les yeux sur les piqûres de « vitamines » qu’il devait prendre. Il s’était dit que de toute façon il n’avait pas le choix, et que tout le monde le faisait. Mais cela n’empêchait pas la culpabilité d’exister. Ce crissement, c’était le dernier son qu’il avait entendu à l’époque ou ces sacrifices avaient servi à quelque chose. Désormais, il s’était privé et s’était mis la santé en danger pour rien.

Le temps passait, uniquement rythmé par le bruit des machines. Il tenta de se retourner, mais il était trop bien maintenu. Cependant, en tournant sa tête, il vit des fleurs, et un mot. « Désolé ». Sans même avoir besoin de demander, Angus pu deviner de qui s’était. Le conducteur.
Il comprit. Un conducteur sur la route, en plein dans son travail habituel, voit débouler un jeune homme qui écoute de la musique et ne fait pas assez attention. Il tente de freiner. Mais rien à faire, il le percute. Ce crissement de pneu, c’était également la tentative d’un conducteur d’éviter toute cette tragédie. Le dernier réflexe possible. Angus se demanda s’il s’était senti coupable. S’il avait regretté ne pas avoir été plus rapide.

Angus sentit sa colère se retourner envers lui-même. Pourquoi n’avait-il pas fait plus attention ? Pourquoi avait-il fait un jogging ! Il laissa tomber sa tête, la seule partie de son corps qui pouvait encore bouger, sur son oreiller, et regarda le plafond. Il ne voyait plus son avenir devant lui, et ne savait pas ce qu’il pourrait faire maintenant que courir lui était impossible.
Peut-être qu’avec le temps, de nouveaux chemins s’ouvriraient. Mais pour l’instant, il était trop tôt pour voir la lumière au bout du tunnel.

#Inktober2017 - Day 9. Screech

Audren cherchait ses mots, mais rien ne lui venait en tête. Il savait qu’il devait dire quelque chose, mais n’osait pas. Un grand silence gêné régnait dans la salle de réunion des Gardiens.

À la base de toute cette histoire, un risque habituel, mais qui faisait toujours un choc quand il se produisait. Une nouvelle mission avait mal tourné. Une simple mission protégé un enfant tourmenté avec un poltergeist sur Terre. La bataille avait été rude, et l’enfant avait été blessé. Kenneth était enfoncé dans un fauteuil, un verre à la main. Il n’avais pas suffisamment bu pour être ivre, mais son état de déprime inquiétait tout de même Audren. Cela faisait quelques mois que les missions allaient mal, qu’il y avait des imprévus, et que le métier commençait à fatiguer Kenneth’. Et rien ne l’affectait plus que quand il y avait des innocents blessés lors d’une mission. Et plus ça continuait, plus il se sentait mal.

— Connards de Patterson, on peut jamais compter sur ces exorcistes d’opérette… grommela juste le jeune gardien, toujours furieux du refus d’envoyer de l’aide par la famille de professionnels de la gestion des spectres.

Il soupira.

— Enfin, c’est moi qui ait bien merdé, sur ce coup… rajouta-t-il en regardant le plafond.

Kenneth ne continua cependant pas de parler de ce qui le tracassait. Il estimait en avoir trop dit et était déjà gêné d’avoir avoué avoir envie de tout quitter parce qu’il s’en sentait pas capable. Audren avait envie de lui répondre qu’il avait du talent, qu’il était doué et que ce n’était qu’une mauvaise phase. Que les crasses, cela arrivait à tout le monde, et que statistiquement ce mois était pas top pour tout le monde. Cependant, rien ne sortait. Il devinait pourtant ce qu’il devait lui dire, ce qui était pour lui la vérité. Mais il n’osait pas, et le silence s’installait.

On lui avait toujours dit que la timidité c’était mignon. Peut-être, mais il y avait des moments. Aller, il devait trouver quelque chose à dire. N’importe quoi d’utile. Mais peut-être que c’était déjà trop tard ? Le silence s’était installé depuis plusieurs minutes. Peut-être que s’il le disait maintenant, cela allait sonner faux et que Kenneth allait encore plus déprimer en pensant qu’on voulait le rassurer mais qu’au fond, ses amis pensaient aussi qu’il foirait tout. Peut-être qu’il valait mieux se taire. Non, c’était stupide. Mais peut-être que c’était bien trop tard, et qu’il se disait déjà que ce silence.

Audren s’était toujours dit qu’il était bon pour écouter, et que c’était une de ses qualités. En effet, il acceptait d’écouter ce que ses amis avait sur le cœur, cela ne le dérangeait pas. Mais dans ce genre de moment, il se disait que ce n’était rien. Il se sentait jaloux de ceux qui arrivaient à trouver les bons mots, les mots juste – sans se rendre compte qu’eux aussi se foiraient, disaient des choses qu’ils ne devaient pas dire.

Mais dans sa peur de dire le mauvais mot, il s’était à la fois persuadé que tout ce qu’il dirait serait mal, et que tout ce que dirait quelqu’un d’autre serait meilleur.

Il inspira. Il devait se lancer.

— Je-je pense que tu t'es bien débrouillé, bredouilla-t-il. Tu as été fort et talentueux, tu t'es bien battut contre le spectre alors que c'est pas ta spécialité. On peut pas demadner à un forgeron de forger, euh non, de faire du paillage de chaise. Enfin si, s'il est passionné de paillage de chaise, si, il peut totalement le faire, je lui interdit pas ! Mais s'il fait pas de paillage de chaise, on peut pas lui demander. Bref, je voulais dire que ça n'a jamais été ta spécialité ni la mienne l'exorciste, on sait pas faire ça. On aurait du avoir un Patteson assigné pour pouvoir faire la mission ! Enfin, pour les Patterson, c'est pas d'être des exorcistes qu'on peut leur demander mais d'être des gros péteux !

Génial, se disait-il. Il avait bafouillé, il en avait trop fait - ce qui risquait de le faire paraitre soit être un fanboy soit pas sincère, il s'était perdu dans sa métaphore, et il avait terminé sur une note de mauvais humour gênant.

Alors qu'il s'attendait au pire, Kenneth pouffa de rire, et lui dit simplement : "T'as raison".

#Inktober2017 - Day 7. Shy

100TC - 45. Illusion

Une pièce blanche. Aseptisée. Entièrement vide. Une moquette tout aussi pâle, et des murs qui ne revêtent pas plus de couleurs. Pas de doute, j’y suis de retour. Je prends une chaise en attendant son arrivée. Il ne devrait pas tarder. Je m’assieds, et regarde le vide des murs. Dans un lieu qui n’existe pas, une longue attente hors du temps d’une personne qui n’existe pas. Pour patienter, je prends un magazine et un petit gâteau.

Il finit par arriver. Mon Némésis, mon meilleur ami. Mon oppresseur, ma victime. Celui qui toujours veut me chasser, celui qui toujours cherche à me retrouver. Celui qui me console, celui qui m’humilie. Celui qui veut voir mes couples s’effondrer, celui qui me donne des conseils pour aider les personnes que j’aime. Celui qui excite mes haines, celui qui les tempère. Ma conscience, mon démon intérieur.

— Cher monsieur, commençait-il, vêtu d’un costard. Je vous ai fait quérir dans mon bureau parce qu’il faut qu’on parle d’un sujet très important.

Je m’assieds sur la chaise, lui est bien enfoncé dans son confortable fauteuil, dos à la fenêtre. Derrière lui, une superbe vue sur la ville et ses multiples lumières, ce tableau étrange composé de taches de couleurs sur un fond noir.

— Es-tu bien certain que tout dans ta vie est bien réelle ? Me demande-t-il avec un air sérieux à travers ses lunettes.

Je fronce les sourcils. Où est-ce qu’il veut en venir ? Je ne suis pas certain de comprendre quel est son but.

— Comment te dire… Je pense qu’il doit y avoir quelque chose qui n’est pas normal dans tout ce qui se passe. Je regarde tes notes, je regarde ta situation, je regarde ton nombre d’amis… C’est vraiment pas mal. Mais quand je vois ensuite ton investissement dans tout ça… Y’a comme un truc qui colle pas.

Il se penche un peu plus vers moi, comme pour m’examiner du mieux qu’il peut.

— En effet, notre conférence d’aujourd’hui portera sur ce sujet très important. Est-ce que le monde existe ou n’est qu’une illusion ? Cette question est très intéressante aux vues de la polysémie du mot « monde ».

Je suivais la conférence, dans mon siège de l’amphithéâtre miteux ou j’ai eut une partie de mes cours, à une époque qui me semble étrangement lointaine. Il me faisait face, j’étais son seul public. Autour de moi, les sièges n’étaient pas vides, mais plein d’ombres sans visage.

— En effet, si le monde peut rapporter à la réalité physico-mathématique où l’on vit, il peut également s’agir d’un sens plus « mondain », si je puis me permettre. Il peut en effet s’agir de la société humaine dans laquelle nous évoluons, où quelque chose de plus proche comme notre cercle d’amis.

Il fit quelques pas, au centre de sa scène. Il était dans le feu des projecteurs. Il a toujours aimé ça.

— L’une des premières particularités de l’humain, c’est sa tendance au mensonge. En effet, en tant qu’une des seules espèces intelligente, l’humain à ce pouvoir de mentir. La « guerre juste », « tous les hommes naissent libre et égaux ». Toute la base de l’humanité est le mensonge : En effet, après avoir mordu le fruit originel, Adam et Ève s’aperçoivent de leur nudité, et en ont honte. C’est la genèse qui nous montre le premier mensonge, qui naît avec l’arrivée de l’humanité : Le fait de cacher sa nudité.

— En effet, regarde le monde autour de toi ! Regarde tous ces mensonges qui remplissent notre réalité ! Regarde tous ces faux-semblants. Qu’est-ce qui te prouve que quand toi tu penses que c’est vrai, ça l’est, hein ?

Terrassé par le coup de poing qu’il venait de m’assener en pleine figure, je vins m’aplatir contre le bitume de la cours. Qu’est-ce qui m’avait pris d’accepter de me battre, je savais pourtant que je n’avais jamais été fait pour ça.

— Qu’est-ce que tu te fais dire que tout ce qu’on t’a dit et que tu considères comme vrai, ça l’est ? Des mensonges, tu en as eut des tas ! Mais encore et toujours, tu te raccroches sottement à l’espoir que dans le lot, il y ait quelques trucs vrais.

Il m’attrapa par le col, et me souleva. Je vis dans ses yeux les reflets des miens.

— Parce que l’autre possibilité te fait peur.

On est de retour dans la salle blanche. Il était face à moi. Plus de mise en scène grotesque. Plus de saut du coq à l’âne. Il ne faisait qu’une petite introduction pour en venir à son sujet. Nous étions toujours dans la même position que précédemment. Il attendit un moment.

— Parce que l’autre possibilité, c’est qu’en fait, tous ce qu’on t’a dit est faux.

Il me relâcha. Je fis quelques pas pour m’éloigner de lui… Mais je ne pouvais pas fuir.

— Regarde un peu autour de toi, et surtout la vérité en face. Regarde cette fable que tu appelles la vie, et ose me dire encore un peu qu’elle ait un sens. Et donne-moi le sens des gens qui sont morts. Et donne-moi les preuves que les mots qu’on te dit sont sincères. Donne-moi les preuves que tous ne roulent pas les yeux dès que tu ne t’es pas éloigné, avec toutes les conneries que tu dis. Avec toutes les fois où tu te donnes toi-même des défis que jamais personne t’as demandé de relever, pour les foirer lamentablement devant tout le monde.

J’essaie de préparer mes mots pour lui répondre. Il suffit de trouver les bons mots, et je peux le faire partir.

— Et je ne peux pas simplement les croire. Je tiens à eux, et je sais qu’ils tiennent à moi. La confiance, c’est un peu la base de tout ça ? Si je commence à être paranoïaque et croire que tout le monde me veut du mal, ça ne va pas le faire.

Il fit quelques pas. Il rigolait. Je déteste quand il fait ça.

— Parce que tu crois que c’est par méchanceté qu’on ment ? Tu irais dire à quelqu’un de pathétique qu’il l’est, pour l’enfoncer encore plus ? Tu irais lui dire à quel point il est mauvais ? Où tu préférerais pas lui mentir, pour éviter de lui faire du mal ?

— Les choix ne se limitent pas à ça, m’énervais-je ! Déjà, primo, personne n’est « pathétique », on peut être positif ! Tu crois que j’ai pas assez potassé la positivité et tout ? Suffit d’avoir la bonne tournure d’esprit, ce n’est pas du mensonge.

Un sourire amusé.

— Sérieux, le coup larmoyant de l’éducateur positif. « Regardez-moi, comme je suis le grand chevalier pourfendeur de la croyance en la hiérarchie, regardez comme je suis un saint qui jamais n’irais juger quelqu’un comme en dessous de lui ». T’as besoin que je te fasse les flashback de toutes les fois où tu as pensé ce genre de chose ?

Il marqua un temps.

— Et puis, combien même ce ne serait pas le cas sur le cas… Les raisons de soupirer c’est pas juste de croire que quelqu’un est « pathétique » ou « ridicule ». Voici les autres cas : Il peut être agaçant, insupportable. Il peut donner des envies de le baffer… Mais on est bien obligé de le supporter, donc on prend sur nous.

Il pointa du doigt, victorieux.

— Ce genre de mensonges, ceux que tu as entendu par le passé, ceux que tu as vu quand tu as découvert que le monde était une grande boucherie sans aucun sens… Tout cela remonte au père noël ! Le monde est un grand tas de mensonges, auquel tu contribueras à chaque fois que tu feras croire à quelqu’un qu’il a de l’importance, que sa vie sert à quelque chose…

— Pense à tous ces détails douteux, à tout ce qui ne colle pas dans ta vie par rapport à ce que tu mériterais. Pense à tout ce qui est trop beau.

Il me fait face, enfoncé dans son fauteuil

— Pense aux mensonges de l’humanité. Pense à toutes les « guerres justes » commises à coup de bombe sur des villes.

Il me fait face, éclairé par les projecteurs sur l’estrade.

— Pense aux doutes qui t’habite, pense à toutes ces fois où tu n’as pas compris pourquoi on pouvait t’accepter.

Il me surplombe, tandis que j’essaie de me relever, étalé sur le bitume.

— Pense à tous ceux qui vont devoir supporter le fait de chuter après avoir cru que leur vie avait un sens, comptait pour quelqu’un.

Il me domine, dans une pièce blanche, aseptisée et entièrement vide.

— Ce n’est qu’en acceptant l’absence de vérité que tu pourrais apprendre la véritable paix intérieur : tout est faux, donc je ne dois plus me préoccuper de tout ça.

Un blanc. Je ne sais pas quoi dire. Je prends une inspiration.

« Peut-être que la vie n’a aucun sens. Peut-être qu’on est juste qu’un amas d’atome qui font des réactions cheloues entre eux. Peut-être qu’il y a des tas de trucs qui sont « trop beaux ». Peut-être que le monde est bourré de mensonge. Peut-être qu’il y a des tas de gens qui me déteste, en fait. Peut-être. Et peut-être que non. Cependant… Il existe quelque chose qui à un sens dans tout ça.

Ou plutôt, il y a quelque chose qui a encore moins de sens : toutes ces questions. En fin de compte, si la vérité n’existe pas, est-ce que le mensonge peut exister ? Si tout est mensonge, alors, est-ce que la réalité n’est pas l’ensemble de fausse vérité dans laquelle on nage, ce qui leur donne une réalité. La nôtre. Parce qu’on existe dedans.

Peut-être que tu as raisons, et que je devrais croire en rien. Mais où serait le but. Qu’est-ce que douter de tout m’apporterait en plus, à part le fait de me questionner sans arrêt encore plus ? Remplacer la question « est-ce que c’est faux » par « qu’est-ce qui est faux là-dedans » n’apporte pas la paix de l’âme. Elle n’apporte qu’encore plus de désarrois. Elle remplace l’appréhension du coup de poignard, par celle de quel organe sera transpercé par le poignard. Elle remplace la crainte par la terreur permanente, elle remplace l’espoir du bonheur par une vague espérance que ça ne fera pas trop mal. Elle remplace le risque de voir sa confiance trahie par la solitude de ne pouvoir l'accorder.

Pour répondre à ta question : Je ne sais pas si le monde existe vraiment, si y’a quoi que ce soit de vrai. Voilà ton aporie. Peut-être que tout est faux, peut-être que y’a des trucs vrai. Je ne sais pas. Peut-être que tout est faux, et c’est pour ça que je veux tenter de vivre ma vie comme je l’entends moi, et en croyant à ceux autour de moi.

Cependant, voilà la véritable réponse : En fait, ce n’est pas qu’on a la réponse, c’est qu’on a pas trop le choix. »

Et je referme le rideau.

45. Illusion

100TC - 15. Silence

Il se réveille. Il ne voit autour de lui qu’un noir d’encre, et n’entend qu’un silence absolu.

Il est dans la chambre. Il le sait.

Aucun son. Il ne voit rien. Il ne sent même pas la position de son corps. La température est indéfinissable. Aucune odeur. Il ne sent pas le sol. Rien. Qu’est-ce qui lui prouve qu’il existe encore ? Rien. A-t-il un indice qu’il n’est pas piégé à l’intérieur de son propre esprit ? Rien. Est-il ne serait-ce que sûr que son corps existe encore, quelque part ? Non.

Mais le silence devient son. Un vacarme. À chaque inspiration, il entend l’engouffrement de l’air à travers les trachées, le bruit de ses bronches qui se remplissent, ses poumons qui se déplient tirés par le diaphragme. Il entend le torrent de son sang dans ses veines, les battements sourds de son cœur, le grondement de son estomac. Tous ces sons, il les entend aussi distinctement que si quelqu’un parlait à vive voie devant lui.

Le vacarme de la veine qui palpite contre ses oreilles est insupportable. Il devenait son. Du silence total était né une cacophonie, qui lui vrille les tympans.

Il tente de bouger. Il n’est même pas sûr des gestes qu’il fait. Tente-t-il de nager jusqu’à un rebord ? Il n’est même pas certain de si sa tête était en haut ou en bas.

Il voit un mouvement de l’ombre. Quelqu’un est là. Il en est sûr. Quelqu’un qui voit et qui s’amuse. Il sent un contact. Sur sa gorge. Quelqu’un l’attaque-t-il ? Il se souvient. Il se rappelle de la main qui voulait l’étouffer. Des paroles après coup. « C’était pour rire ». Parce que faire semblant de tuer quelqu’un peut être un jeu, maintenant. Il se souvient de la peur. Ça va recommencer. Il le sait. Il voit encore plus de mouvement dans l’ombre. Son esprit tente de rationaliser. C’était le passé. Ce n’est qu’une hallucination. Il n’y arrive pas. Il continue de sentir des contacts. Sur tout son corps. Porte-t-il seulement des vêtements ? Il a peur, il veut que ça s’arrête.

Ce n’est pas possible qu’il soit son seul danger ici. Quelqu’un doit être là. Quelqu’un qui lui veut du mal. Ce n’est pas possible qu’on se contente de le laisser seul. Il va se faire torturer physiquement. Il ressent une douleur. Est-ce que c’est sa peur qui fait ça, ou est-ce que ça se passe vraiment ? Il est certain que cela arrive vraiment.

Il tente de parler. S’il entend sa voix, la terreur et la douleur pourront se dissiper. Rien. Pourquoi ne peut-il pas parler alors qu’il entend sans arrêt le bruit assourdissant de son corps ?

Il se débat. Il commence à supplier. Il veut sortir, il est prêt à tout. Il sent la panique qui monte de plus en plus, il sent la douleur qui devient de pire en pire. Il sent des coups sur son corps. Est-ce en débattant qu’il se frappe lui-même, ou se fait-il battre ? Il tente de crier, il sent qu’il hurle à en déchirer les poumons, mais jamais un cri.

S’il savait ou était sa gorge, il tenterait de terminer tout cela. Mais il n’arrive pas à coordonner ses mains. Il veut juste que ça s’arrête.

Un déclic.

Il tombe lourdement sur le sol et ressent une douleur aiguë. Il sent qu’il est tombé sur son bras. La lumière l’éblouie, mais il tente d’ouvrir les yeux. Enfin de la lumière ! Il entend des bruits de pas, qui lui semblent être de véritables coups de tambour. L’odeur de l’air frais qui rentre envahi ses narines.

Il lève les yeux.

Un homme. L’air dur.

À la fois son bourreau et son sauveur.

« À partir de maintenant, tu te tiendras correctement. »

15. Silence

Aucun commentaire

Écrire un commentaire
Quelle est la première lettre du mot uzfa ?