Kazhnuz

Enfant, toi qui écoutes mes mots, entends la mise en garde de l’aède. Laisse-moi te conter l’histoire de l’origine du monde, et l’avidité des êtres qui jamais ne voulurent connaître mort ni peine. Les anciens ont toujours dit que la vie est une éternelle ronde, qu’il va de soi que naissent et meurent les êtres, les peuples, les terres et les mondes. Mais le trépas du premier monde ne fut causé ni par la volonté de la nature, ni par le destin. Enfant, laisse-moi te conter l’histoire du premier peuple.

L’élégie du commencement

La naissance du dieu corrompu

Il y a très longtemps, dans le premier monde né du Grand Commencement, un peuple très avancé décida de vaincre la maladie, la peur et la mort. Mais également d’acquérir la puissance, de devenir capable de combattre la fatalité même. Ils bâtirent alors une machine, un cerveau qui leur permettrait de tout contrôler, et de ne jamais mourir. C’était une création telle, si incroyable qu’elle transcendant la réalité même, qu’elle changeait ce qui était et réécrivait le réel. Tout cela leur permettait d’acquérir l’immortalité.

Mais en faisant cela, ce fut les graines de leur propre destruction qu’ils avaient semés.

Cette puissante création se nommait « cœur des mondes » et fondait son pouvoir sur la source de toute chose : Un phénomène plus vieux que les univers eux-mêmes, nommé le Paradoxe. Il était la vérité et le mensonge à la fois, le possible et l’impossible. Toujours, en tout instant, tout était vrai et faux. Il était caché dans un monde-bulle, afin d’être à jamais protégé. Grâce à cette puissance, ils régnèrent, commandèrent, et envahirent les peuples d’un grand nombre de terres. Ils devinrent proches des dieux, usant de ce pouvoir, reconstruisant le réel à leur bon vouloir.

Mais ils se sentaient limités par leur pensée et voulaient pouvoir fuir leur matérialité. Même toute l’éternité ne leur suffisait plus. Seule une dernière chose leur semblait digne d’être voulue : L’infinité, le pouvoir absolu. Sans relâche ils cherchèrent, des siècles et des millénaires durant, le plus grand des trésors. Et un jour, enfin, ils trouvèrent la transcendance.

Tous devinrent un. Un être étrange, à la fois l’un et le multiple, étendu à l’infini. Il était le peuple entier, et à la fois un individu unique. Il était une contradiction, mais restait toujours parfaitement en harmonie. Sa conscience s’étendait sur toutes les dimensions : La hauteur, la largeur, la longueur, le temps et les possibles. Il pouvait savoir tout ce qui était, serait et avait été, mais aussi pourrait être un jour, aurait pu être et pouvait être.

— « Enfin je suis vraiment, enfin je sais vraiment, enfin je vois vraiment. Connaissance, tu es seule ce qui est véritablement beau pour moi. »

Il était au plus haut, Icare face au soleil. Et vous, mes enfants, vous connaissez déjà la chute. Face à sa toute puissance, un grand mal le rongea, et du ciel il retomba. Et ce mal était le plus grand des maux : La corruption. Une étrange maladie née du paradoxe lui-même, qui affectait l’Être même. Et nul remède existe pour soigner le réel. Cette maladie rongea petit à petit l’être. L’harmonie fut rompue. Et alors il chuta, et alors il sombra.

—« Faim peur où moi douleur rien vie pourquoi présent heureux nourriture aide toi faible joie mort passé tout est quoi nous tout »

Ni instinct, ni discours ne le faisaient se mouvoir. Il n’était plus qu’une musique dissonante qui emplissait chaque esprit, une partition déchirée, un ensemble incohérent d’esprit fragmenté. Il ne pouvait plus penser, chaque fragment de pensée détruisant toutes les autres pensées, formant un chaos permanent de cris d’horreurs. Doté de la puissance du divin, mais la conscience détruite, il n’était plus qu’une fractale de frayeurs, de douleur et de violence.

Déchu de toute son infinité, il s’effondrait sur lui-même, emportant tout le premier monde avec lui. Omniprésent, il amena la corruption partout dans l’univers. Chaque nouvel être qu’il absorbait était ajouté à la fractale de pensée. La matière même fut corrompue, pulvérisé. Le monde se contracta jusqu’à provoquer un nouveau commencement. Tout fut détruit, pour recommencer.

Mais le dieu corrompu ne fut pas délivré par la mort, par l’inexistence.

Le cœur des mondes fonctionnait toujours.

Alors il continuait à exister, dans le néant entre les mondes. Condamné à la souffrance éternelle, il n’était régit que par un instinct qui lui disait de sortir, de fuir le néant. Tout le reste n’étant que fragments de pensées, de souffrances et de terreurs. À chaque fois qu’il réussissait à ressortir des abysses de la non-existence, il détruisait un nouveau monde, et un nouveau naissait. Il était toujours l’oméga, la dernière lettre, le point final de toute histoire. Si le multivers est un phénix, le dieu corrompu en était la combustion.

Et c’est depuis cela qu’à jamais ce cycle de destruction se répète. Parfois, cependant, un rayon d’espoir apparaît, et des héros réussissent à empêché la fuite du dieu de la corruption, à la sceller pour quelques nouveaux millénaires voir millions d’années. Mais ce n’est jamais que parti remise, le cycle éternel ne pourra toujours au mieux qu’être ralentit.

Le premier peuple avait souhaité faire partie de la structure même des choses, de l’être même. Son vœu avait été exaucé : le dieu corrompu était celui qui terminait les mondes.

Quelque part dans les contrées où les fées et les lutins continuent de se montrer à la vue de tous se trouvent une ville, Carillon. Avec ses murs d’une blancheur éclatente et ses toits d’un bleu profond, cette cité perchée sur les falaises tient son nom des cloches qui sonnent perpétuellement, faisant de chaque journée une mélodie nouvelle et envoutante. Cependant, un jour par semaine, elle se taisent, faisant le silence.

Bien souvent les voyageurs étonnés s’enquissent de l’origine de ce troublant silence – est-ce le souvenir d’une tragédie, est-ce un deuil qui force le respect d’un mystérieux mutisme à cette métropole de mélodie ? À cela les habitants leur répondent qu’il s’agit d’un jour de fête, le jour de l’enfant. Ce jour est le jour où le questionnement enfantin sauva toute la ville d'un dragon. Ce jour est le jour qui rappelle aux puissants de la ville que bien des choses les dépassent.

Et après cela, ils racontent cette intrigante histoire :

« Jadis, les cloche de notre cité sonnaient sans cesse, et jamais un seul jour ne s’arrêtaient. Elles sonnaient la paisibilité de notre vie, le faste de nos récoltes et la clémence de notre climat. Notre puissance effrayait nos ennemis, et nos murs immenses montraient que nous étions imprenable.

Cependant, un jour, une menace arriva dans notre ville, une menace venu du ciel. Un dragon, au regard de cendre et au cri de fureur tomba du ciel et nous attaqua à l’intérieur même de nos murs. Il terrorisait les passants. Son souffle était brulant et son cri terrifiant, et nous perdimes bien des combattants, ce jour là. Mais nous n’arrêtames pas nos cloches, nous ne voulions pas céder à la peur, abandonner notre façon de vivre. Nous voulions montrer notre force. Il sembla disparaitre le soir tombé, nous laissant dans une nuit d’incertitude.

Le lendemain hélas, il attaqua de nouveau. Il n’était pas parti, mais se déplaçait dans le dédale des ruelles. Alors nous montâmes une équipe pour aller le traquer. Nul de revint. Un nouveau quotidien de peur et de mort commença alors. Les soldats ne réussissaient à vaincre le dragon, et celui-ci semblait ne pas vouloir sortir. Mais toujours les cloches sonnaient, donnant courage et volonté aux habitants et aux chevaliers. Nous gardions foi grâce à leur mélodie.

L’enfant d’un magistrat, alors émit une hypothèse sur le dragon :

— Et si le dragon au souffle brulant et au cri terrifiant était celui qui avait le plus peur ? Nos cloches sonnent fort et nos murailles sont grandes, peut-être se croit-il piégé dans notre cité ?

Mais personne ne voulait croire en l’idée d’un dragon qui avait peur.

Alors le roi décida que de simple guerrier ne suffirait à occir la bête. Les uns après les autres, il appella les cavaliers les plus nobles et courageux du royaumes. De pieux et preux chevaliers, qui sauveraient Carillon du souffle du dragon.

Le chevalier Alembert, à la monture resplendissante, répondit à l’appel et s’en vint s’agenouiller devant le roi. « Je viens, monseigneur, sauver cette ville et votre royaume. Je m’en vais occir ce reptile et offrir sûreté aux habitants de votre cité ». Dans un grand galop, il s’attaqua au dragon. Mais celui-ci le broya immédiatement de ses puissantes pattes.

Le baron Hadrien, au courage incroyable, répondit à l’appel et s’en vint s’agenouiller devant le roi. « Je viens, monseigneur, sauver cette ville et votre royaume. Je m’en vais occir ce reptile et offrir sûreté aux habitants de votre cité ». Sans la moindre peur, il s’attaqua au dragon. Mais celui-ci le déchiqueta immédiatement de sa terrible mâchoire.

Le comte Rembert, aux pouvoirs anciens, répondit à l’appel et s’en vint s’agenouiller devant le roi. « Je viens, monseigneur, sauver cette ville et votre royaume. Je m’en vais occir cet animal et offrir sûreté aux habitants de votre cité ». Psalmodiant d’étranges incantations, il s’attaqua au dragon. Mais celui-ci l’écrasa immédiatement avec sa queue aux écailles dures comme le diamant.

Le duc Eusèbe, à l’épée étincelante, répondit à l’appel et s’en vint s’agenouiller devant le roi. « Je viens, monseigneur, sauver cette ville et votre royaume. Je m’en vais occir cette bête et offrir sûreté aux habitants de votre cité ». Brandissant sa lâme, il s’attaqua au dragon. Mais celui-ci le découpa immédiatement avec ses griffes asserées.

Le prince Amaury, à l’armure indestructible, répondit à l’appel et s’en vint s’agenouiller devant le roi. « Je viens, monseigneur, sauver cette ville et votre royaume. Je m’en vais occir ce monstre et offrir sûreté aux habitants de votre cité ». Sûr de son invulnérabilité, il s’attaqua au dragon. Mais celui-ci le carbonisa de son souffle flamboyant.

Pendant que les plus grand guerriers affrontaient le dragon, l’enfant avait petit à petit tenté de parler aux moines des églises. Après le décès du prince, ceux-ci acquiescèrent à l’idée d’arrêter les cloches. Et un beau jour, un mardi, il n’y eut plus aucun son dans la ville.

Tous, hommes, femmes, enfants, bêtes, tous découvraient parfois pour la première fois un monde en silence. Le dragon releva la tête. Son regard semblait moins fou, et il ne soufflait ni ne criait plus. Les derniers guerriers se préparèrent à l’achever, quand l’enfant passa devant eux. Des habitants poussèrent des cri d’effroi, à l’idée du sort que la bête allait faire à l’enfant. Le dragon allait-il broyer, déchiqueter, écraser, découper, carboniser l’unique personne qui avait pensé qu’il n’était pas une bête sauvage ?

L’enfant s’arrêta, loin du dragon, et resta debout, droit comme un piquet.

— « Les cloches ne font plus de bruit, tu peux partir. Je ne tenterais pas de t’en empêcher ou de te faire de mal ».

Le dragon regarda autour de lui. Son regard rougeoyant se posa sur l’être fragile qui se tenait devant lui. Le temps semblait comme arrêté, tous retenaient leur souffle. Brutalement, le dragon s’envola, et disparu dans le ciel.

La ville était sauvé.

L’enfant reçu les honneurs, mais ne vécu qu’une vie simple, en dehors des murailles de la ville. On raconte que dans son age avancé, le dragon vint chercher l’être qui l’avait épargné, avec la proposition de venir vivre de très longues dernières années avec eux. »

La légende qu’encore aujourd’hui, celui ou celle qui restera doux et silencieux pourra traverser la colonie du dragon, pour trouver une mystérieuse personne, à l’âge très avancé mais à la santé de fer, qui vous expliquera que même les nobles et fiers dragons peuvent avoir autant peur de vous que vous avez peur d'eux, et que parfois il faut savoir ne plus être puissant et effrayant pour pouvoir sauver ceux à qui nous tenons.

L'enfant et le dragon

Il était cette histoire. On la nommait celle de la Tour du Magicien. Elle se racontait dans les plus haut cercles de la société très fermé de ceux qui connaissait l’existence de l’autre monde. Elle était supposé y cacher la plus grande des armes. Le plus grand des secrets. On disait qu’elle contenait le but ultime de la vie de ceux qui connaissaient l’existence des forces magiques.

On disait aussi qu’il fallait faire le plus grand des sacrifices pour y l’obtenir.

La tour du magicien

Depuis longtemps existent dans nos contrées des monastères cachés. Ils étaient là pour offrir une retraite loin du monde à ceux qui étaient initiés à l’existence de l’autre monde et des forces qui en provenait. Les jeunes moines y apprenaient à devenir les gardiens du Grand Mystère, à protéger la Terre de l’autre monde, et l’autre monde de la Terre.

Un jeune de ces moines, bercé dans les secrets et les apprentissages, désirait connaître. Il voulait savoir toujours plus. Et des connaissances que son insatiable curiosité convoitait, la plus grande était le contenu de la Tour du Magicien. Il désirait savoir qui était le magicien. Quel était ce secret. Pourquoi il était aussi grand, pourquoi était il retiré du monde. Était-il dangereux ? Rien n’était plus attrayant qu’un secret dangereux.

Entraîné par le torrent de la curiosité, il s’était enfuit une nuit de son monastère, vers la porte qui séparaient les mondes. N’écoutant que son désir de savoir, et nullement les recommandations à la prudence, il répétait l’erreur que bien des jeunes gens, avide de pouvoir, avait fait avant lui.

À travers le monastère, il était arrivé dans la plus grande forêt de la Contre-Terre. Jamais nul des peuples de l’autre monde n’avait réussi à la dompter. Les âmes s’y perdaient, les vies se brisaient face aux monstres qui la hantait.

Le jeune moine entra dans la forêt, et marcha pendant des heures. Devant lui se présenta une araignée géante, reine des arachnide. Elle s’avança et lui parla de sa voie froide et rêche.

— Que viens tu faire dans ce bois, petit homme. Ne sais-tu pas le sort qui t’y attends ?

— Je viens découvrir le plus grand des secrets, je viens découvrir ce que recèle la tour du magicien.

Et alors l’araignée s’éloigna. Elle semblait avoir peur. Comme si elle ne voulait interférer avec une telle mission.

— Je ne veux pas partager ne serait-ce qu’une seconde du destin de celui qui vivra les deux morts. Fuis ses bois, si jamais tu tiens à tout ce qui est plus cher que la vie.

Et le jeune moine repris sa route. Il croisa d’autre créatures monstrueuses, mais toutes étaient effrayé par le destin du jeune homme, comme si la fatalité de ses actions pouvait se reporter sur elles.

— La tour du magicien n’est pas un endroit interdit, lui expliqua une liche. Tout le monde peut y aller. Seulement, quand on y entre, il faut accepter le chemin sur lequel on s’est avancé. Sais-tu au moins ce que tu cherches, en ce secret ?

Le jeune garçon s’arrêtait un moment. Il regarda la créature qui se tenait devant lui. Il attendit un moment, et lui donna la réponse

— Je veux juste savoir quel secret peut être assez terrible pour qu’on estime que l'interdire où le détruire n'est pas suffisant pour décourager ceux qui veulent le découvrir.

La liche s’éloigna du jeune garçon.

— Se poser la bonne question est une bonne chose. Mais encore faut-il la comprendre, pour savoir si on veut vraiment trouver la réponse. Bien des gens, alors qu’ils comprenaient même les Arcanes, les cinq grandes sources de la magie, n’ont pu survivre à cet entre du démon

À la fin de son périple, il voyait l’entrée de la tour. Cependant, à se pied, un crâne. Et juste à côté, les ossements du bras. Une personne avait tenté de se traîner jusqu’ici, et était mort. Le jeune garçon regarda alors autour de lui, et vit ce qui entourait la tour. Des centaines de squelettes, de cadavres. Le jeune garçon dégluti, et s’avança. Il entra dans la tour.

Son envie de savoir le poussait à aller affronter cette épreuve.

Cependant, quand il entra dans la tour, rien. Il n’y avait même plus de corps. Avait-ils tous eut le droit de ressortir, ou était-ce une puissance qui détruisait tout ceux qui entraient sans être méritant ? Mais aucun piège ne sembla s’enclencher, aucun monstre ne vint l’arrêter alors qu’il gravit l’escalier en colimaçon de la tour. Et tout en haut, en son sommet, se trouvait au cœur de la pièce, ce qu’il cherchait : un simple cahier à la couverture noire et unie, un simple cahier abîmé par le temps. Ses pages étaient jaunies, couvertes d'inscriptions dans une langue que personne ne semblait comprendre.

Le jeune moine tourna les pages. Il essayait de comprendre. Rien d’autre ne se trouvait dans cette pièce. Était-ce inscrit dans ce cahier les plus terribles secrets magiques existant ? Une pierre philosophale de la magie ? Une formule pour dépasser les arcanes, sources de la magie ? Les inscriptions du cahier semblait comprendre de nombreux alphabets, mélangés dans des mêmes mots incompréhensibles. Certains mots n’étaient en fait que le même son, inscrit dans le plus d’alphabet possible. Était-ce alors un véritable texte ?

Était-ce une vaste farce macabre ? Une mise en scène, pour punir celui qui croiraient en un secret si puissant qu’il permettrait de vaincre toute les armes ? En effet, combien d’expression ne disaient-elles pas que les livres avaient un pouvoir plus grand que les armes ? Que l’érudit à la force de vaincre toutes les armées. Tout cela était malheureusement faux. En maniant les phrases, en pensant que ce qui est plus beau est plus grand, peut-être qu'on peut penser que c'est vrai… Mais malheureusement, bien des grands esprits, bien des âmes pures furent réduits au silence par le feu des armes et des batailles. Ce serait alors une moquerie, une vengeance de tous les brillants esprits détruit par la guerre. Un livre qu’on ne pouvait comprendre, parce qu’il n’y avait plus ceux qui pouvaient l’expliquer.

Cependant, la puissance magique se sentait dans se livre. Peut-être était-ce seulement un leurre, pour cacher la véritable nature du livre. Le secret n’était pas dans le livre, mais avait la forme du livre. Un livre incompréhensible. Une épreuve. Fallait-il comprendre le livre, où comprendre ce qu’était le livre pour le trouver ? Le jeune moine se demanda combien de guerrier venu chercher une arme capable de vaincre tous leurs ennemis était parti en voyant le livre, et qu’il était impossible à comprendre.

Où peut-être était-ce un avertissement. Ce secret n’entraînera que la confusion. Le jeune homme se concentra. S’il avait raison, le livre devait être un simple sceau. Et ce qu’il fallait faire pour découvrir le secret, c’était ouvrir le sceau.

— Très bien, livre. Je suis prêt à découvrir le secret.

Il brisa le sceau.

En apparence, rien semblait se passer. Cependant, le jeune moine se sentit tomber dans un abysse. Le monde venait de cesser de faire sens. Un tas d’idée lui entrait dans la tête en même temps, des vérités sur le monde. Des informations qui semblent surgir de nulle part, une fois le sceau qu’étais le livre rompu. Cependant, il problème l’empêchait de comprendre toutes ces informations. Elles étaient toutes contradictoires. Toutes ses croyances se révélaient vrai, même celles auxquelles il n’avait jamais cru. Cependant, elles était aussi fausse. Toute, sans exception. Même l’idée que le vrai et le faux était contradictoire devenait à la fois vrai et faux. Toutes les lois de la magie, de la morale, s’étiraient dans une sensation incompréhensible pour le jeune homme. Tout faisait sens, mais un sens qui n’était que le chaos des informations et des entités. Tout n’était plus que paradoxe. Il était submergé de visions d’objets qui étaient présent et absent à la fois, il se voyait à la fois jeune, bébé, vieux, riche, pauvre, fort, faible, petit, grand, existant, inexistant, être physique, être d’esprit… Il ne voyait plus rien, où plutôt ne pouvait retrouver la véritable image dans l’infini d’image vrai et fausses à la fois. Il voulait partir, il voulait fuir. Mais une petite voix en son sein lui disait de rester. Il ne devait pas partir.

Il ne se souvint jamais combien de temps il resta dans cet état. Obligé d’utiliser toute sa volonté pour ne pas s’enfuir et retourner vers un univers cohérent. Obligé de rester à une envie de fuir qui face à cette douleur qui lui brûlait l’esprit, comme si son âme même allait être détruite par le feu du chaos. Cependant, après un moment, il comprit. Il comprit ce qu’était ce livre, pourquoi il vivait cela. Et pourquoi les gens en mourrait. Et pourquoi les gens étaient tués pour cela. Il avait déjà lu cette histoire.

« Il y a cette histoire, avec cette caverne. Des hommes y sont enchaînés. »

Il tenta de marcher, il devait retrouver son chemin.

« Ils n’ont jamais vu la lumière du jour. Jamais directement. Tout ce qu’ils voient, depuis le fond de leur grotte, ce sont des ombres d’eux-même et des choses, projeté par les quelques rayons du soleils qui parviennent jusqu’à eux. Des sons, ils ne connaissent que quelques échos, de temps en temps. »

Il chercha le piédestal du livre de ses doigts, toujours aveuglé. Il voulait se remettre debout.

« Qu’est-ce qu’il se passe, si l’un d’entre eux est libéré, et qu’on l’amène jusqu’à la sortie ? »

Il ne réussi pas à se remettre debout. Il resta alors assis, dos contre le piédestal.

« Si on l’amène jusqu’à la sortie, alors il sera ébloui, ses yeux seront brûlés par une lumière bien plus forte que tout ce qu’il aura jamais supporté auparavant. Il souffrira de ces changements. Il voudra résister, et ne pourra percevoir ce qu’il y a devant lui. Il voudra retourner à son état initial. »

Il tenta de reprendre son souffle.

Ce qu’il voyait, c’était le vrai monde.

Le paradoxe.

Le monde n’était pas cohérent, mais rempli de moments qui n’obéissait pas aux lois de la logique. De moments impossibles. Et de cela naissait la magie. Ex contradictione sequitur quodlibet. D’une contradiction, on peut déduire ce qu’on veut. Il avait appris ça. Une loi de logique classique qui disait que quand une série de proposition contenait une contradiction, on pouvait déduire n’importe quel énoncé de cette contradiction.

Et des contradiction de la réalité, permanente et omniprésente, pouvait naître n’importe quoi. Mais comment pouvait-elles exister ? Cette question lui restait encore sans réponse. La magie. La puissance de transformer le monde en outrepassant les lois visible de la nature.

« S'il persiste, il s'accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. »

On lui avait appris qu’il y avait cinq arcanes de la magie. Le mouvement, la matière, l’esprit, la vie et le pouvoir. On lui avait dit que c’était les sources de la magie. C’était faux. Les arcanes n’étaient que la manière dont on avait réussi à comprendre cette puissance de transformation et à plus où moins la maîtriser. Elles n’étaient qu’une métaphore. Les êtres magiques puissants puisaient directement dans l’énergie du Paradoxe. Cependant, s’il en comprenait le principe du Paradoxe, sa nature profonde lui échappait.

« S’il retourne auprès de ces semblables, ceux-ci seront incapable d’imaginer sa transformation, accomplie ou non. Ils le recevront très mal. Ils refuseront de le croire. »

Le jeune moine se relevait difficilement. Il avait toujours le souffle court, mais il commençait à retrouver la vue. Il voyait maintenant que la pièce était rempli de bibliothèques, pleines de livres dont des feuilles dépassaient des pages. Il comprenait l’idée de base, mais une grande partie du reste des informations qu’il avait reçu le dépassait encore. Quelques uns avaient fuit avant de comprendre, d’autres étaient sorti pour partager leur savoir au monde entier.

Il comprenait pourquoi il avait vu tant de corps qui sortaient de la tour.

« Ceux-ci, ayant peur d’une vérité qui changerait tout leur monde, incapable d’imaginer ce qu’il a vu… Ne le tueront-ils pas ? »

Les monstres avaient eut peur d’empêcher une personne d’aller vers la tour, de peur que ce qu’il y avait dedans les veuillent eux à la place. Cependant, une fois que la personne sortait, ils avaient encore plus peur qu’elle corrompe le monde avec ce qu’elle avait vu. Il était donc condamner à rester ici. Il était enfermé ici. Le retour lui était impossible.

Désormais, le jeune moine savait qui était le magicien. Il n’était pas un individu en particulier. Il est le chercheur, il est celui qui veut découvrir la vérité sur les forces du monde. Il avait eut accès à des tas d’information dont il n’avait compris que les bases , et tout ce qu’il pouvait faire, c’était de tenter de comprendre.

Il avait désormais l’éternité pour essayer de mettre du sens sur ce qu’il avait vu. Sur le monde. Sa récompense était sa punition. Sa récompense était la possibilité du savoir, le début d’une nouvelle quête, et l’éternité pour y accéder. Sa punition était de vivre l’éternité enfermé ici, jusqu’à ce qu’une autre personne arrive pour le rejoindre. Il ne pourrait revoir ceux à qui il tenait.

Il s’assit.

Il prit un des ouvrages de note.

Il aurait besoin de s’occuper.

La tour du magicien

L'enfant qui marcha

Dans un pays, à une époque qui pouvait aussi bien être il y a très longtemps que demain, vivait une petite fille. C’était une enfant qui vivait comme les autres. Elle avait ses joies et ses peurs, elle était curieuse et aimait découvrir de nouvelles histoires. Parfois il y avait des héros, parfois des gens ordinaires. Parfois elles faisaient peur, parfois elles faisaient rire. Tous les soirs, ses parents lui racontaient une nouvelle histoire. Tous les jours, elle en découvrait une nouvelle par elle-même. Et elle adorait en inventer.

La vie semblait belle.

Mais un jour, la petite fille tomba malade. Et personne ne put y faire quoi que ce soit. Elle s’affaiblissait de jour en jour, pouvait de moins en moins manger. Et elle n’eut le droit à nul miracle. Ses parents la savaient condamné, mais pour atténuer sa souffrance, tous les jours ils allaient la voir. Lui faire penser à autre chose. Pendant un instant, s’évader. Sortir de sa vie. Masquer leur propre douleur pour apporter du réconfort. Elle aussi, pendant ces moments, faisait en sorte de sourire le plus possible. Masquer ses propres peur pour apporter du réconfort.

Et un soir, pendant son sommeil, elle s’éteignit. C’était la fin d’une histoire. Ses parents restèrent longtemps malheureux, mais se relevèrent et continuèrent à avancer dans leur vie. Avec un manque qui resterait. Mais ils ne s’arrêtèrent pas de marcher.

Quant à la petite fille, sa première histoire était finie, mais une autre allait commencer. Elle se réveilla. Dans un monde entièrement vide. Enfin non. Une grande plaine désertique s’étendait jusqu’à l’horizon. Un ciel, bleu, sans nuage, mais il n’y avait pas le moindre soleil. Elle était toute seule. Il faisait froid. Elle avait peur.

Elle commença à courir, pour savoir où elle était. Où étaient ses parents. Elle ne se demandait pas pourquoi elle avait d’un seul coup la force de marcher. Elle ne se demandait pas pourquoi elle n’était plus faible. Elle était trop perdue pour se poser de telles questions, elle voulait retrouver ses parents. Elle courut jusqu’à être épuisé. Seule ses traces de pas lui prouvait qu’elle n’avait pas fait du surplace. L’horizon était toujours aussi désespérément vide. Rien ne pouvait lui servir de repère.

Elle était perdue dans un monde infiniment plat et vide.

Jamais la petite fille ne sut combien de temps elle avait couru. Des heures, des jours, des semaines ? Le ciel était constamment clair, sans astre pour repérer le temps. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle n’avait plus d’énergie. Elle avait faim. Elle avait soif. Elle se laissa retomber sur le sol, et souhaita juste pouvoir manger et boire.

Elle s’endormit.

À son réveil, un arbre se trouvait juste à côté d’elle. Des fruits dodus et juteux y avaient poussé. Était-ce arrivé pendant qu’elle avait dormi. Oubliant toute prudence, elle prit un des fruits et mordit dedans. Il était bon. Elle en mangea jusqu’à ne plus rien pouvoir avaler, se laissant tomber. Elle regarda le ciel. Il était toujours aussi vide. Tout autant que son esprit. Elle n’arrivait même plus à se poser de questions. Elle n’était pas sûre de la réalité de tout ce qui se passait.

Elle ne pouvait plus faire qu’une chose face à tout cela. Se lever. Et marcher. Marcher jusqu’à ce qu’elle trouve des réponses ou de la vie. Marcher jusqu’à ce que ce monde ne soit plus la plaine déserte et vaste qu’elle voyait jusqu’à l’horizon. Marcher jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus le faire. Elle ne savait ni ou elle était, ni pourquoi elle y était.

Mais déjà quelques idées venaient dans sa tête. Elle se souvenait de ses derniers instants, avant de s’endormir. Des pleurs. Des bruits de l’hôpital.

Et si elle ne s’était pas simplement endormi ? Et si l’expression « sommeil éternelle » était exact, et qu’elle vivrait désormais dans un rêve définitif ? Elle était effrayée comme elle ne l’avait jamais été. Elle comprenait qu’elle ne reverrait jamais ses parents. Elle était seule. Et comme ce monde était vide, ne risquait-elle pas de l’être à tout jamais ?

Les larmes aux yeux, elle regarda ses mains, puis l’arbre devant elle. Un fol espoir s’alluma. Et si l’arbre n’était pas apparu par miracle ? Et si elle était celle qui l’avait fait apparaître ? Peut-être alors qu’elle aurait la capacité de ne pas rester toute seule. Alors elle se concentra. Elle regardait devant elle. Elle savait ce qu’elle voulait créer : Un portail vers là ou se trouvait ses parents. Vers son monde originel. Elle se concentra. Elle l’imaginait comme d’immense portes, entièrement en or et en joyaux. Une sorte de membrane liquide. Quand elle traverserait cette membrane, elle se retrouverait dans son monde d’origine, et pourrait parler à ses parents. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, la porte était devant elle. Majestueuse et monumentale, elle surplombait toute la pleine. La petite fille s’élança, fondit dans le portail pour rejoindre ses parents.

Mais rien ne se passa.

Il était impossible de sortir du monde dans lequel elle se trouvait, elle était désormais enfermée dans sa monade, son monde intérieur.

Effondrée par le chagrin, elle songea un instant à créer des copies conformes de ses parents, pour pouvoir plonger dans leur bras et pleurer… Mais malgré la douleur que ça lui causait, elle s’y refusa : Ses parents étaient irremplaçables, elle ne pouvait en créer des copies pour tenter de les retrouver. Parce qu’elle ne les retrouverait pas. Et elle avait presque l’impression que faire cela serait les trahir, trahir ses vrai parents qui, dans son monde d’origine, étaient en train de les pleurer. Après tout ce qu’ils avaient fait pour elle, elle n’avait pas le droit de les trahir, pensait-elle.

Elle ne sut jamais combien de temps elle resta seule, à vaguement manger les fruits des arbres quand elle avait trop fin, et à tester mollement ses nouveaux pouvoirs. Parfois elle créait des statues à l’effigie de ses parents. Mais généralement les détruisait à cause de la colère et du chagrin. Elle restait seule parce qu’elle ne voulait voir personne d’autre que ses vrais parents, et se refusa pendant longtemps à créer le moindre autre être vivant.

Ce n’est qu’au bout d’un moment que la solitude la pesa trop, qu’elle se mis à vouloir vraiment voir des gens. N’importe qui. D’autres êtres humains.. Elle ferma les yeux et laissa son esprit s’emplir de toute sa volonté. C’était comme si elle savait au fond d’elle qu’elle devait utiliser tout ce qu’elle pouvait pour voir ce qu’elle voyait. Elle se souvenait de ce rêve étrange qu’elle avait fait, il y a longtemps. Celui ou elle savait qu’elle rêvait, et qu’elle avait pu prendre contrôle des événements.

Elle voulait être dans une ville, comme cette ville médiévale qu’elle avait visitée avec ses parents, il y a quelques années. Une ville pleine d’activité et de festivité. Elle voulait revoir la vie.

Elle ouvrit des yeux émerveillés en voyant la ville peuplée et pleine de vie qui s’étendait devant ses yeux. Les gens s’esclaffaient et s’envoyait des grandes claques dans le dos. Elle était dans une de ces villes idéalisés des livres de sa petite enfance. Quelque chose de vaguement médiéval et utopique à la fois. Ou les rois étaient bons, et ou le mal n’était pas le fruit de systèmes complexes et de personnes malveillantes, mais de grands méchants flamboyants vêtu d’un grand manteau sombre. Le souvenir rassurant d’anciennes histoires de son enfance, souvenir qui lui réchauffait le cœur et consolait un peu son chagrin.

Elle courrait dans la ville, elle mangea des parts d’énormes gâteaux qui étaient présentés pour la fête, elle regarda les spectacles des saltimbanques. Elle s’amusait comme une petite folle, elle n’avait pas vu le moindre autre être humain depuis des temps si longtemps.. C’était plein d’une vie qu’elle pensait ne jamais revoir. Les gens étaient heureux et s’amusaient. Elle était chez les gentils.

C’était un monde simpliste, mais qui la rassurait. Elle se mit alors à parcourir la grande plaine. Elle la sectionna en un nombre incroyable d’îles flottante. Elle n’avait pas à craindre les questions scientifiques de gravité, tous ce genre de chose : Ces règles n’étaient pas celles de son univers. Elle fit naître une nature chatoyante, des animaux fantastiques. Certains venaient de ce qu’elle avait lu, et d’autres étaient reconstruits à partir de bout d’animaux de son monde – à partir de ses souvenirs et de ses connaissances naissait un nouveau monde.

Dans le ciel, des centaines de petites étoiles éclairait les îles flottantes. D’immense boules de feu en suspensions, qui cessait étrangement de briller fort pour la nuit, ne lassant qu’une luisance rougeoyante permanente, telle une sorte de veilleuse pour l’enfant qui avait peur du noir. Elles offraient la vie, telles les fruits de l’arbre qu’avait fait pousser en premier la jeune enfant. Elle créa des peuples gouvernés par des reines et rois sages et justes, aux chevalières et chevaliers dotés de courages et de compassions, prêt à aider tous. Ils étaient bien sûrs dotés de défauts, mais c’était comme si la sensation que de véritables personnes allaient vivre dans ce monde lui donnait envie de créer une utopie.

Elle ne savait pas qu’elle ne jouait que d’une certaine manière son rôle dans le cycle de perpétuation des univers. Elle ne savait pas que toute sa vie avait préparé par inadvertance ce moment, que chacun des souvenirs, de ces expériences en avait fait une personne unique, qui serait à l’origine d’un monde unique. Ça n’avait été écrit nulle part. Ce n’était aucun destin qui avait décidé ça. Ce n’était pas dans les règles du multivers que les êtres dotés d’intelligences étaient à l’origine des mondes suivant. Ce n’était qu’un épiphénomène qui faisait office de cosmogonie. Une sorte de coup de bol transcendant. Qu’un effet secondaire de la capacité d’imaginé, d’avoir des mondes à l’intérieur de sa tête.

Tout le monde est démiurge ; ce n’est qu’un hasard. Un jour, un être capable de penser et de se tromper, de raisonner et de déraisonner, d’aimer et de détester était mort. Ce jour-là, l’œuf qu’il était avait éclos dans un nouveau monde, qui prenait sa place dans l’infinité du multivers. Son monde intérieur était devenu monde extérieur.

Rapidement, elle remarqua que son monde n’était pas infini : Elle retourna au point de départ.

L’arbre.

Au bout de quelques années, de quelques siècles à observer tous son univers, elle commença à se lasser. Elle avait l’impression que tout se répéter, et une langueur envahissait son âme. Que pouvait-elle trouver pour s’amuser dans ce monde parfait ? Elle s’ennuyait de plus en plus, et avec l’ennui, le chagrin et la colère revint. Elle avait tout fait pour oublier pendant des années qu’elle avait perdues ses parents, et à quel point ils lui manquaient. Mais maintenant, elle ne pouvait plus fuir en avant. Et ce monde stupide lui refusait de les revoir !

Elle se mit en colère. Ce monde était sa création, elle y avait des pouvoirs fantastiques, et un simple petit portail lui était refusé ? Elle voulait revoir ses parents, c’était si compliqué pour ce fichu monde ?

Le mal à toujours des origines divers suivants les mondes. Parfois il s’agit de quelque chose de complexe, et de pas vraiment explicable, qui peut venir de l’ambition, ou de la sensation de puissance qu’éprouvent certaines personnes à écraser les autres. Parfois, il s’agit d’une force pernicieuse de la nature. Parfois c’est inscrit profondément dans la nature humaine. Parfois c’est l’exception, parfois c’est la règle.

Ici, il s’agissait de l’ennui d’une enfant qui n’avait jamais demandé d’avoir le rôle de divinité. D’une enfant qui tentait de compenser le fait que ses parents lui manquait par le fait de créer, toujours plus créer. Il s’agissait du chagrin d’une petite fille qui ne pourrait jamais revoir ses parents. De sa colère face à sa propre impuissance à changer ce qui la rendait malheureuse.

Comme si elle s’était amusé à détruire un château de sable qu’elle avait construit, elle introduisit le mal et les ténèbres dans son monde. Des milliers d’esprits maléfiques, issues de ses siècles d’idées noirs et d’ennui. La petite fille eut un moment de culpabilité. Mais face à l’excitation qu’il se passe enfin quelque chose, et encore sous le coup de sa colère, de son sentiment d’injustice, elle la mit de côté : ce fichu monde lui apporterait au moins un peu d’intérêt ! Alors naquit l’Ordre des Exorcistes, qu’elle participa elle-même à fonder en secret, qui devait se battre contre ces spectres. La guerre fut longue et rude, mais les spectres furent vaincus. De nombreuses familles d’exorcistes devinrent puissante dans les royaumes. Ils renversèrent parfois des rois. Était-ce pour mieux protéger le monde ou simplement par ambition ? Les exactions de nombreuses familles semblaient montrer qu’il s’agissait de la seconde chose.

Alors des rébellions se formèrent. Alors, lassés des abus des exorcistes, les peuples se révoltèrent contre leur règne. La guerre à nouveau gronda. Cette fois, elle fut pour la liberté. La jeune fille qui courrait à travers les batailles, invisible et intangible aux combattants, s’amusait comme jamais elle ne s’était amusé. Des héros, des méchants. Parfois des combats tragiques de héros contre d’autres héros. Les batailles pouvaient durer des jours. La pluie s’abattait sur les corps vide de vie après que les forces s’étaient affronté. Certaines familles profitaient de la situation pour gagner encore plus de pouvoir en jouant un peu dans les deux camps, faisant courbettes face aux exorcistes avant d’exalter d’autres royaumes à prendre les armes contre eux. Les conspirations et les coups d’états étaient pour la jeune fille passionnant à suivre. Est-ce que ce double jeu allait se retourner contre tel noble ? Est-ce qu’il allait subir les conséquences de ses actes ? La guerre se termina après un dernier duel, et un arrangement donna aux exorcistes des titres important, mais leur retira en grande partie le pouvoir politique. La jeune fille fut contente : Une fin heureuse pour une histoire épique de guerre, de trahisons et de complots.

Mais le lendemain, en marchant à travers les villes, elle comprit que les flammes qu’elle voyait et qui brûlaient encore des batailles de la veille étaient bien réelles. Que l’action qui l’amusait tant était la mort de centaines de milliers de personnes. Que les souffrances n’étaient pas celles qu’elle aurait vu dans un conte. Elle vit les ruines. Elle vit les pleurs, elle vit les villages qui brûlaient. Avant, elle n’avait regardé que les batailles de haut. Parfois, elle avait plongé au cœur de l’action, s’enivrant d’adrénaline. Mais maintenant qu’elle était dans le calme, dans les villes, elle ne voyait que les conséquences de cette guerre. Les conspirations lui semblait moins passionnante maintenant qu’elle voyait ce que cela avait produit sur le monde qu’elle avait créé… Et qu’elle avait participé à détruire. Et que la fin heureuse qu’elle avait imaginée n’était que pour bien des gens qu’heureuse dans ce qu’elle n’apporterait pas encore plus de malheur.

Alors la jeune fille s’arrêta de marcher. Peut-être avait-elle trop agi sur ce monde ? Elle ne pouvait pas détacher les yeux de ce malheur. Tout ce qu’elle avait pu imaginer dans ses histoires, elle se rendait compte qu’elle ne pouvait pas le souhaiter pour le monde réel. Que les grandes guerres épiques n’étaient pas si appréciables quand elle se passait dans un vrai monde. Que les fins heureuses n’étaient pas si heureuses quand on changeait de point de vue.

Un écrivain ne peut pas être maître du monde, de la réalité.

Elle songea à effacer tous ses actes. Mais étrangement, alors qu’elle avait pu tout créer par avant, cette fois, son contrôle lui fut retiré. Était-ce une punition face à ce qu’elle avait fait, ou était-ce sa propre culpabilité qui l’interdisait d’effacer ses erreurs d’un geste de la main ? Comme si elle n’avait pas le droit de tenter de faire croire que rien de ceci n’était arrivé. Son monde idyllique n’était plus. Il avait été remplacé dans un monde ou la méfiance régnait et le conflit menaçait d’éclater à nouveau.

Elle prit alors la décision de se retirer du monde. Pour aller réfléchir. Pour méditer, et pour retourner à une vie normale. Elle créa un bâtiment, une simple maison. La copie exacte de celle qu’elle avait eut à l’époque ou elle était encore en vie. Elle protégea sa maison, pour éviter que des personnes mal intentionnée entrent chez elles.

Sur le pas de sa porte, elle regardait les différentes îles flottantes. Elle soupira. C’était son monde, mais elle se sentait coupable de tout ce qui était arrivé. Et coupable elle était. Elle ne se sentait pas le droit de réparer ses erreurs. Où peut-être avait-elle peur ? Peut-être était-ce impossible de bien réagir à une telle culpabilité, la culpabilité d’avoir semé conflits et morts, encore plus quand on était encore enfant ? Elle se retourna, entra dans la maison.

Et ainsi la créatrice du monde s’enferma, décidant de tourner le dos à tout ce qu’elle avait construit.

Tel est le mythe de l’enfant qui marcha.

Tel est le mythe de la création de notre monde, du Grand Archipel.

Telle est la tragédie qui fit naître le monde dans lequel on vit : Celle d’être né d’une créatrice trop jeune pour endosser une telle responsabilité.

L'enfant qui marcha

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