Kazhnuz

L'enfant qui marcha

Dans un pays, à une époque qui pouvait aussi bien être il y a très longtemps que demain, vivait une petite fille. C’était une enfant qui vivait comme les autres. Elle avait ses joies et ses peurs, elle était curieuse et aimait découvrir de nouvelles histoires. Parfois il y avait des héros, parfois des gens ordinaires. Parfois elles faisaient peur, parfois elles faisaient rire. Tous les soirs, ses parents lui racontaient une nouvelle histoire. Tous les jours, elle en découvrait une nouvelle par elle-même. Et elle adorait en inventer.

La vie semblait belle.

Mais un jour, la petite fille tomba malade. Et personne ne put y faire quoi que ce soit. Elle s’affaiblissait de jour en jour, pouvait de moins en moins manger. Et elle n’eut le droit à nul miracle. Ses parents la savaient condamné, mais pour atténuer sa souffrance, tous les jours ils allaient la voir. Lui faire penser à autre chose. Pendant un instant, s’évader. Sortir de sa vie. Masquer leur propre douleur pour apporter du réconfort. Elle aussi, pendant ces moments, faisait en sorte de sourire le plus possible. Masquer ses propres peur pour apporter du réconfort.

Et un soir, pendant son sommeil, elle s’éteignit. C’était la fin d’une histoire. Ses parents restèrent longtemps malheureux, mais se relevèrent et continuèrent à avancer dans leur vie. Avec un manque qui resterait. Mais ils ne s’arrêtèrent pas de marcher.

Quant à la petite fille, sa première histoire était finie, mais une autre allait commencer. Elle se réveilla. Dans un monde entièrement vide. Enfin non. Une grande plaine désertique s’étendait jusqu’à l’horizon. Un ciel, bleu, sans nuage, mais il n’y avait pas le moindre soleil. Elle était toute seule. Il faisait froid. Elle avait peur.

Elle commença à courir, pour savoir où elle était. Où étaient ses parents. Elle ne se demandait pas pourquoi elle avait d’un seul coup la force de marcher. Elle ne se demandait pas pourquoi elle n’était plus faible. Elle était trop perdue pour se poser de telles questions, elle voulait retrouver ses parents. Elle courut jusqu’à être épuisé. Seule ses traces de pas lui prouvait qu’elle n’avait pas fait du surplace. L’horizon était toujours aussi désespérément vide. Rien ne pouvait lui servir de repère.

Elle était perdue dans un monde infiniment plat et vide.

Jamais la petite fille ne sut combien de temps elle avait couru. Des heures, des jours, des semaines ? Le ciel était constamment clair, sans astre pour repérer le temps. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle n’avait plus d’énergie. Elle avait faim. Elle avait soif. Elle se laissa retomber sur le sol, et souhaita juste pouvoir manger et boire.

Elle s’endormit.

À son réveil, un arbre se trouvait juste à côté d’elle. Des fruits dodus et juteux y avaient poussé. Était-ce arrivé pendant qu’elle avait dormi. Oubliant toute prudence, elle prit un des fruits et mordit dedans. Il était bon. Elle en mangea jusqu’à ne plus rien pouvoir avaler, se laissant tomber. Elle regarda le ciel. Il était toujours aussi vide. Tout autant que son esprit. Elle n’arrivait même plus à se poser de questions. Elle n’était pas sûre de la réalité de tout ce qui se passait.

Elle ne pouvait plus faire qu’une chose face à tout cela. Se lever. Et marcher. Marcher jusqu’à ce qu’elle trouve des réponses ou de la vie. Marcher jusqu’à ce que ce monde ne soit plus la plaine déserte et vaste qu’elle voyait jusqu’à l’horizon. Marcher jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus le faire. Elle ne savait ni ou elle était, ni pourquoi elle y était.

Mais déjà quelques idées venaient dans sa tête. Elle se souvenait de ses derniers instants, avant de s’endormir. Des pleurs. Des bruits de l’hôpital.

Et si elle ne s’était pas simplement endormi ? Et si l’expression « sommeil éternelle » était exact, et qu’elle vivrait désormais dans un rêve définitif ? Elle était effrayée comme elle ne l’avait jamais été. Elle comprenait qu’elle ne reverrait jamais ses parents. Elle était seule. Et comme ce monde était vide, ne risquait-elle pas de l’être à tout jamais ?

Les larmes aux yeux, elle regarda ses mains, puis l’arbre devant elle. Un fol espoir s’alluma. Et si l’arbre n’était pas apparu par miracle ? Et si elle était celle qui l’avait fait apparaître ? Peut-être alors qu’elle aurait la capacité de ne pas rester toute seule. Alors elle se concentra. Elle regardait devant elle. Elle savait ce qu’elle voulait créer : Un portail vers là ou se trouvait ses parents. Vers son monde originel. Elle se concentra. Elle l’imaginait comme d’immense portes, entièrement en or et en joyaux. Une sorte de membrane liquide. Quand elle traverserait cette membrane, elle se retrouverait dans son monde d’origine, et pourrait parler à ses parents. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, la porte était devant elle. Majestueuse et monumentale, elle surplombait toute la pleine. La petite fille s’élança, fondit dans le portail pour rejoindre ses parents.

Mais rien ne se passa.

Il était impossible de sortir du monde dans lequel elle se trouvait, elle était désormais enfermée dans sa monade, son monde intérieur.

Effondrée par le chagrin, elle songea un instant à créer des copies conformes de ses parents, pour pouvoir plonger dans leur bras et pleurer… Mais malgré la douleur que ça lui causait, elle s’y refusa : Ses parents étaient irremplaçables, elle ne pouvait en créer des copies pour tenter de les retrouver. Parce qu’elle ne les retrouverait pas. Et elle avait presque l’impression que faire cela serait les trahir, trahir ses vrai parents qui, dans son monde d’origine, étaient en train de les pleurer. Après tout ce qu’ils avaient fait pour elle, elle n’avait pas le droit de les trahir, pensait-elle.

Elle ne sut jamais combien de temps elle resta seule, à vaguement manger les fruits des arbres quand elle avait trop fin, et à tester mollement ses nouveaux pouvoirs. Parfois elle créait des statues à l’effigie de ses parents. Mais généralement les détruisait à cause de la colère et du chagrin. Elle restait seule parce qu’elle ne voulait voir personne d’autre que ses vrais parents, et se refusa pendant longtemps à créer le moindre autre être vivant.

Ce n’est qu’au bout d’un moment que la solitude la pesa trop, qu’elle se mis à vouloir vraiment voir des gens. N’importe qui. D’autres êtres humains.. Elle ferma les yeux et laissa son esprit s’emplir de toute sa volonté. C’était comme si elle savait au fond d’elle qu’elle devait utiliser tout ce qu’elle pouvait pour voir ce qu’elle voyait. Elle se souvenait de ce rêve étrange qu’elle avait fait, il y a longtemps. Celui ou elle savait qu’elle rêvait, et qu’elle avait pu prendre contrôle des événements.

Elle voulait être dans une ville, comme cette ville médiévale qu’elle avait visitée avec ses parents, il y a quelques années. Une ville pleine d’activité et de festivité. Elle voulait revoir la vie.

Elle ouvrit des yeux émerveillés en voyant la ville peuplée et pleine de vie qui s’étendait devant ses yeux. Les gens s’esclaffaient et s’envoyait des grandes claques dans le dos. Elle était dans une de ces villes idéalisés des livres de sa petite enfance. Quelque chose de vaguement médiéval et utopique à la fois. Ou les rois étaient bons, et ou le mal n’était pas le fruit de systèmes complexes et de personnes malveillantes, mais de grands méchants flamboyants vêtu d’un grand manteau sombre. Le souvenir rassurant d’anciennes histoires de son enfance, souvenir qui lui réchauffait le cœur et consolait un peu son chagrin.

Elle courrait dans la ville, elle mangea des parts d’énormes gâteaux qui étaient présentés pour la fête, elle regarda les spectacles des saltimbanques. Elle s’amusait comme une petite folle, elle n’avait pas vu le moindre autre être humain depuis des temps si longtemps.. C’était plein d’une vie qu’elle pensait ne jamais revoir. Les gens étaient heureux et s’amusaient. Elle était chez les gentils.

C’était un monde simpliste, mais qui la rassurait. Elle se mit alors à parcourir la grande plaine. Elle la sectionna en un nombre incroyable d’îles flottante. Elle n’avait pas à craindre les questions scientifiques de gravité, tous ce genre de chose : Ces règles n’étaient pas celles de son univers. Elle fit naître une nature chatoyante, des animaux fantastiques. Certains venaient de ce qu’elle avait lu, et d’autres étaient reconstruits à partir de bout d’animaux de son monde – à partir de ses souvenirs et de ses connaissances naissait un nouveau monde.

Dans le ciel, des centaines de petites étoiles éclairait les îles flottantes. D’immense boules de feu en suspensions, qui cessait étrangement de briller fort pour la nuit, ne lassant qu’une luisance rougeoyante permanente, telle une sorte de veilleuse pour l’enfant qui avait peur du noir. Elles offraient la vie, telles les fruits de l’arbre qu’avait fait pousser en premier la jeune enfant. Elle créa des peuples gouvernés par des reines et rois sages et justes, aux chevalières et chevaliers dotés de courages et de compassions, prêt à aider tous. Ils étaient bien sûrs dotés de défauts, mais c’était comme si la sensation que de véritables personnes allaient vivre dans ce monde lui donnait envie de créer une utopie.

Elle ne savait pas qu’elle ne jouait que d’une certaine manière son rôle dans le cycle de perpétuation des univers. Elle ne savait pas que toute sa vie avait préparé par inadvertance ce moment, que chacun des souvenirs, de ces expériences en avait fait une personne unique, qui serait à l’origine d’un monde unique. Ça n’avait été écrit nulle part. Ce n’était aucun destin qui avait décidé ça. Ce n’était pas dans les règles du multivers que les êtres dotés d’intelligences étaient à l’origine des mondes suivant. Ce n’était qu’un épiphénomène qui faisait office de cosmogonie. Une sorte de coup de bol transcendant. Qu’un effet secondaire de la capacité d’imaginé, d’avoir des mondes à l’intérieur de sa tête.

Tout le monde est démiurge ; ce n’est qu’un hasard. Un jour, un être capable de penser et de se tromper, de raisonner et de déraisonner, d’aimer et de détester était mort. Ce jour-là, l’œuf qu’il était avait éclos dans un nouveau monde, qui prenait sa place dans l’infinité du multivers. Son monde intérieur était devenu monde extérieur.

Rapidement, elle remarqua que son monde n’était pas infini : Elle retourna au point de départ.

L’arbre.

Au bout de quelques années, de quelques siècles à observer tous son univers, elle commença à se lasser. Elle avait l’impression que tout se répéter, et une langueur envahissait son âme. Que pouvait-elle trouver pour s’amuser dans ce monde parfait ? Elle s’ennuyait de plus en plus, et avec l’ennui, le chagrin et la colère revint. Elle avait tout fait pour oublier pendant des années qu’elle avait perdues ses parents, et à quel point ils lui manquaient. Mais maintenant, elle ne pouvait plus fuir en avant. Et ce monde stupide lui refusait de les revoir !

Elle se mit en colère. Ce monde était sa création, elle y avait des pouvoirs fantastiques, et un simple petit portail lui était refusé ? Elle voulait revoir ses parents, c’était si compliqué pour ce fichu monde ?

Le mal à toujours des origines divers suivants les mondes. Parfois il s’agit de quelque chose de complexe, et de pas vraiment explicable, qui peut venir de l’ambition, ou de la sensation de puissance qu’éprouvent certaines personnes à écraser les autres. Parfois, il s’agit d’une force pernicieuse de la nature. Parfois c’est inscrit profondément dans la nature humaine. Parfois c’est l’exception, parfois c’est la règle.

Ici, il s’agissait de l’ennui d’une enfant qui n’avait jamais demandé d’avoir le rôle de divinité. D’une enfant qui tentait de compenser le fait que ses parents lui manquait par le fait de créer, toujours plus créer. Il s’agissait du chagrin d’une petite fille qui ne pourrait jamais revoir ses parents. De sa colère face à sa propre impuissance à changer ce qui la rendait malheureuse.

Comme si elle s’était amusé à détruire un château de sable qu’elle avait construit, elle introduisit le mal et les ténèbres dans son monde. Des milliers d’esprits maléfiques, issues de ses siècles d’idées noirs et d’ennui. La petite fille eut un moment de culpabilité. Mais face à l’excitation qu’il se passe enfin quelque chose, et encore sous le coup de sa colère, de son sentiment d’injustice, elle la mit de côté : ce fichu monde lui apporterait au moins un peu d’intérêt ! Alors naquit l’Ordre des Exorcistes, qu’elle participa elle-même à fonder en secret, qui devait se battre contre ces spectres. La guerre fut longue et rude, mais les spectres furent vaincus. De nombreuses familles d’exorcistes devinrent puissante dans les royaumes. Ils renversèrent parfois des rois. Était-ce pour mieux protéger le monde ou simplement par ambition ? Les exactions de nombreuses familles semblaient montrer qu’il s’agissait de la seconde chose.

Alors des rébellions se formèrent. Alors, lassés des abus des exorcistes, les peuples se révoltèrent contre leur règne. La guerre à nouveau gronda. Cette fois, elle fut pour la liberté. La jeune fille qui courrait à travers les batailles, invisible et intangible aux combattants, s’amusait comme jamais elle ne s’était amusé. Des héros, des méchants. Parfois des combats tragiques de héros contre d’autres héros. Les batailles pouvaient durer des jours. La pluie s’abattait sur les corps vide de vie après que les forces s’étaient affronté. Certaines familles profitaient de la situation pour gagner encore plus de pouvoir en jouant un peu dans les deux camps, faisant courbettes face aux exorcistes avant d’exalter d’autres royaumes à prendre les armes contre eux. Les conspirations et les coups d’états étaient pour la jeune fille passionnant à suivre. Est-ce que ce double jeu allait se retourner contre tel noble ? Est-ce qu’il allait subir les conséquences de ses actes ? La guerre se termina après un dernier duel, et un arrangement donna aux exorcistes des titres important, mais leur retira en grande partie le pouvoir politique. La jeune fille fut contente : Une fin heureuse pour une histoire épique de guerre, de trahisons et de complots.

Mais le lendemain, en marchant à travers les villes, elle comprit que les flammes qu’elle voyait et qui brûlaient encore des batailles de la veille étaient bien réelles. Que l’action qui l’amusait tant était la mort de centaines de milliers de personnes. Que les souffrances n’étaient pas celles qu’elle aurait vu dans un conte. Elle vit les ruines. Elle vit les pleurs, elle vit les villages qui brûlaient. Avant, elle n’avait regardé que les batailles de haut. Parfois, elle avait plongé au cœur de l’action, s’enivrant d’adrénaline. Mais maintenant qu’elle était dans le calme, dans les villes, elle ne voyait que les conséquences de cette guerre. Les conspirations lui semblait moins passionnante maintenant qu’elle voyait ce que cela avait produit sur le monde qu’elle avait créé… Et qu’elle avait participé à détruire. Et que la fin heureuse qu’elle avait imaginée n’était que pour bien des gens qu’heureuse dans ce qu’elle n’apporterait pas encore plus de malheur.

Alors la jeune fille s’arrêta de marcher. Peut-être avait-elle trop agi sur ce monde ? Elle ne pouvait pas détacher les yeux de ce malheur. Tout ce qu’elle avait pu imaginer dans ses histoires, elle se rendait compte qu’elle ne pouvait pas le souhaiter pour le monde réel. Que les grandes guerres épiques n’étaient pas si appréciables quand elle se passait dans un vrai monde. Que les fins heureuses n’étaient pas si heureuses quand on changeait de point de vue.

Un écrivain ne peut pas être maître du monde, de la réalité.

Elle songea à effacer tous ses actes. Mais étrangement, alors qu’elle avait pu tout créer par avant, cette fois, son contrôle lui fut retiré. Était-ce une punition face à ce qu’elle avait fait, ou était-ce sa propre culpabilité qui l’interdisait d’effacer ses erreurs d’un geste de la main ? Comme si elle n’avait pas le droit de tenter de faire croire que rien de ceci n’était arrivé. Son monde idyllique n’était plus. Il avait été remplacé dans un monde ou la méfiance régnait et le conflit menaçait d’éclater à nouveau.

Elle prit alors la décision de se retirer du monde. Pour aller réfléchir. Pour méditer, et pour retourner à une vie normale. Elle créa un bâtiment, une simple maison. La copie exacte de celle qu’elle avait eut à l’époque ou elle était encore en vie. Elle protégea sa maison, pour éviter que des personnes mal intentionnée entrent chez elles.

Sur le pas de sa porte, elle regardait les différentes îles flottantes. Elle soupira. C’était son monde, mais elle se sentait coupable de tout ce qui était arrivé. Et coupable elle était. Elle ne se sentait pas le droit de réparer ses erreurs. Où peut-être avait-elle peur ? Peut-être était-ce impossible de bien réagir à une telle culpabilité, la culpabilité d’avoir semé conflits et morts, encore plus quand on était encore enfant ? Elle se retourna, entra dans la maison.

Et ainsi la créatrice du monde s’enferma, décidant de tourner le dos à tout ce qu’elle avait construit.

Tel est le mythe de l’enfant qui marcha.

Tel est le mythe de la création de notre monde, du Grand Archipel.

Telle est la tragédie qui fit naître le monde dans lequel on vit : Celle d’être né d’une créatrice trop jeune pour endosser une telle responsabilité.

On dit que dans les temps très reculé de la première civilisation, quand les jeunes personnes étaient trop bouleversé, leurs corps et leur esprit pouvaient perdre leur solidité, et ils se brisaient en mille morceaux, éparpillé à travers les endroits qu’ils avaient traversés dans leur vie. Trop nombreux étaient les jeunes membres de cette civilisation qui subissaient ce funeste sort. Ils étaient prit pour cible par leurs camarades, et par peur retenait leur colère et leur détresse jusqu’à ce que leur solidité se désagrège. Mais pourquoi est-ce que de telles attaques existaient ? Était-ce de la haine ? Était-ce une volonté d’éliminer les « plus faibles » ? N’était-ce qu’un jeu d’essayer de les briser ?

Au moment de se briser, c’était comme s’il était à jamais impossible d’être à nouveau vivant. Comme si chaque fragment de leur être s’échappait pour tenter de fuir la douleur. Et alors, il ne subsistait d’eux qu’une sorte de spectre, condamné à une demi-vie, qui devait alors partir à la recherche de ses fragments. Nombreux étaient ceux qui dans un premier temps, préférait rester sous un spectre et vivre une vie maudite à retourner dans le monde. Mieux valait être privé de leur corps, de leurs souvenirs et de leurs émotions que de risque à nouveau d’être la cible d’attaque. Mieux valait n’être personne et continuer à hanter un lieu que d’être à nouveau une victime. Nombreux étaient ceux qui restaient à jamais sous cette forme.

Pour qu’ils recommencent à chercher leur fragment pour se reconstruire, il fallait un évènement. Voir une autre personne le subir, avoir quelqu’un qui vaille le coup de sentir à nouveau. Il fallait que renaisse en eux l’espoir, alors même qu’ils étaient incapable de ressentir. Il fallait redonner au monde une saveur. Alors pouvait commencer la longue recherche des fragments. Même s’ils pouvaient les ressentir, c’était une longue étape de recherche à travers leur vie. C’était la bataille contre les souvenirs et contre les sentiments enfoui. A chaque étape, ils devaient ré-affronter ce qui les avait effrayé, les mauvais souvenir. Il fallait du courage pour continuer chaque pas, il fallait avancer pour retrouver chaque membre qui était caché sur le chemin.

Mais une fois le corps complété, les dernières épreuves restaient à passer. Après le corps venait l’esprit. Chacun des fragment d’esprit à retrouver était difficile, parce que cela causer douleur et frayeur. La première des épreuves était celle de la raison. Comprendre le monde, c’était aussi à en avoir peur. Qui ne s’était jamais dit qu’il préférait quand il ne comprenait pas ce qui se passait dans le monde ? Quand il était dans la douce ignorance des douleurs de la vie. La tentation était grande de préférer ne pas savoir, et ne pas avoir à se soucier des choses.

La deuxième épreuve était celle des souvenirs. Si on retrouvait alors ses bons souvenirs, on retrouvait aussi les mauvais. Dont tous ceux qui avait brisé les jeunes spectre en premier lieu. Retrouver ses souvenir, c’était aussi revivre les chagrins, revivre les regrets, revivre les traumatismes. En ces moments, ils oubliaient tout les bons moments qu’ils retrouveraient aussi. Et au moment de les accepter en soi, c’était revivre toute sa vie en l’espace d’un instant. Un océan de sensation, qui brouillant entièrement l’esprit, et qui laissait épuisé le fantôme.

Mais une dernière épreuve devait être passée. Le dernier fragment était celui des émotions. C’était toujours le dernier qui restait. Les émotions. La possibilité de se rappeler ce que c’était de ressentir, sans avoir besoin de se souvenir de ces sensations. La possibilité d’avoir de nouvelles émotions, différentes de celles de jadis. La tentation était toujours grande de les abandonner. De fuir le fait d’avoir mal, de pleurer, d’être terrifié. On revivait les deux plus anciens désirs, toujours en tension : chercher le bonheur, et fuir la douleur.

C’était l’étape ou le plus de spectre étaient tentés d’abandonné. Mais les retrouver était la dernière étape de la reconstruction. Ce n’était alors que cette étape passé qu’ils pouvaient à nouveau redevenir vivant, à nouveau sentir et marcher.

#Inktober2017 - Day 12. Shattered

Il était cette histoire. On la nommait celle de la Tour du Magicien. Elle se racontait dans les plus haut cercles de la société très fermé de ceux qui connaissait l’existence de l’autre monde. Elle était supposé y cacher la plus grande des armes. Le plus grand des secrets. On disait qu’elle contenait le but ultime de la vie de ceux qui connaissaient l’existence des forces magiques.

On disait aussi qu’il fallait faire le plus grand des sacrifices pour y l’obtenir.

La tour du magicien

Depuis longtemps existent dans nos contrées des monastères cachés. Ils étaient là pour offrir une retraite loin du monde à ceux qui étaient initiés à l’existence de l’autre monde et des forces qui en provenait. Les jeunes moines y apprenaient à devenir les gardiens du Grand Mystère, à protéger la Terre de l’autre monde, et l’autre monde de la Terre.

Un jeune de ces moines, bercé dans les secrets et les apprentissages, désirait connaître. Il voulait savoir toujours plus. Et des connaissances que son insatiable curiosité convoitait, la plus grande était le contenu de la Tour du Magicien. Il désirait savoir qui était le magicien. Quel était ce secret. Pourquoi il était aussi grand, pourquoi était il retiré du monde. Était-il dangereux ? Rien n’était plus attrayant qu’un secret dangereux.

Entraîné par le torrent de la curiosité, il s’était enfuit une nuit de son monastère, vers la porte qui séparaient les mondes. N’écoutant que son désir de savoir, et nullement les recommandations à la prudence, il répétait l’erreur que bien des jeunes gens, avide de pouvoir, avait fait avant lui.

À travers le monastère, il était arrivé dans la plus grande forêt de la Contre-Terre. Jamais nul des peuples de l’autre monde n’avait réussi à la dompter. Les âmes s’y perdaient, les vies se brisaient face aux monstres qui la hantait.

Le jeune moine entra dans la forêt, et marcha pendant des heures. Devant lui se présenta une araignée géante, reine des arachnide. Elle s’avança et lui parla de sa voie froide et rêche.

— Que viens tu faire dans ce bois, petit homme. Ne sais-tu pas le sort qui t’y attends ?

— Je viens découvrir le plus grand des secrets, je viens découvrir ce que recèle la tour du magicien.

Et alors l’araignée s’éloigna. Elle semblait avoir peur. Comme si elle ne voulait interférer avec une telle mission.

— Je ne veux pas partager ne serait-ce qu’une seconde du destin de celui qui vivra les deux morts. Fuis ses bois, si jamais tu tiens à tout ce qui est plus cher que la vie.

Et le jeune moine repris sa route. Il croisa d’autre créatures monstrueuses, mais toutes étaient effrayé par le destin du jeune homme, comme si la fatalité de ses actions pouvait se reporter sur elles.

— La tour du magicien n’est pas un endroit interdit, lui expliqua une liche. Tout le monde peut y aller. Seulement, quand on y entre, il faut accepter le chemin sur lequel on s’est avancé. Sais-tu au moins ce que tu cherches, en ce secret ?

Le jeune garçon s’arrêtait un moment. Il regarda la créature qui se tenait devant lui. Il attendit un moment, et lui donna la réponse

— Je veux juste savoir quel secret peut être assez terrible pour qu’on estime que l'interdire où le détruire n'est pas suffisant pour décourager ceux qui veulent le découvrir.

La liche s’éloigna du jeune garçon.

— Se poser la bonne question est une bonne chose. Mais encore faut-il la comprendre, pour savoir si on veut vraiment trouver la réponse. Bien des gens, alors qu’ils comprenaient même les Arcanes, les cinq grandes sources de la magie, n’ont pu survivre à cet entre du démon

À la fin de son périple, il voyait l’entrée de la tour. Cependant, à se pied, un crâne. Et juste à côté, les ossements du bras. Une personne avait tenté de se traîner jusqu’ici, et était mort. Le jeune garçon regarda alors autour de lui, et vit ce qui entourait la tour. Des centaines de squelettes, de cadavres. Le jeune garçon dégluti, et s’avança. Il entra dans la tour.

Son envie de savoir le poussait à aller affronter cette épreuve.

Cependant, quand il entra dans la tour, rien. Il n’y avait même plus de corps. Avait-ils tous eut le droit de ressortir, ou était-ce une puissance qui détruisait tout ceux qui entraient sans être méritant ? Mais aucun piège ne sembla s’enclencher, aucun monstre ne vint l’arrêter alors qu’il gravit l’escalier en colimaçon de la tour. Et tout en haut, en son sommet, se trouvait au cœur de la pièce, ce qu’il cherchait : un simple cahier à la couverture noire et unie, un simple cahier abîmé par le temps. Ses pages étaient jaunies, couvertes d'inscriptions dans une langue que personne ne semblait comprendre.

Le jeune moine tourna les pages. Il essayait de comprendre. Rien d’autre ne se trouvait dans cette pièce. Était-ce inscrit dans ce cahier les plus terribles secrets magiques existant ? Une pierre philosophale de la magie ? Une formule pour dépasser les arcanes, sources de la magie ? Les inscriptions du cahier semblait comprendre de nombreux alphabets, mélangés dans des mêmes mots incompréhensibles. Certains mots n’étaient en fait que le même son, inscrit dans le plus d’alphabet possible. Était-ce alors un véritable texte ?

Était-ce une vaste farce macabre ? Une mise en scène, pour punir celui qui croiraient en un secret si puissant qu’il permettrait de vaincre toute les armes ? En effet, combien d’expression ne disaient-elles pas que les livres avaient un pouvoir plus grand que les armes ? Que l’érudit à la force de vaincre toutes les armées. Tout cela était malheureusement faux. En maniant les phrases, en pensant que ce qui est plus beau est plus grand, peut-être qu'on peut penser que c'est vrai… Mais malheureusement, bien des grands esprits, bien des âmes pures furent réduits au silence par le feu des armes et des batailles. Ce serait alors une moquerie, une vengeance de tous les brillants esprits détruit par la guerre. Un livre qu’on ne pouvait comprendre, parce qu’il n’y avait plus ceux qui pouvaient l’expliquer.

Cependant, la puissance magique se sentait dans se livre. Peut-être était-ce seulement un leurre, pour cacher la véritable nature du livre. Le secret n’était pas dans le livre, mais avait la forme du livre. Un livre incompréhensible. Une épreuve. Fallait-il comprendre le livre, où comprendre ce qu’était le livre pour le trouver ? Le jeune moine se demanda combien de guerrier venu chercher une arme capable de vaincre tous leurs ennemis était parti en voyant le livre, et qu’il était impossible à comprendre.

Où peut-être était-ce un avertissement. Ce secret n’entraînera que la confusion. Le jeune homme se concentra. S’il avait raison, le livre devait être un simple sceau. Et ce qu’il fallait faire pour découvrir le secret, c’était ouvrir le sceau.

— Très bien, livre. Je suis prêt à découvrir le secret.

Il brisa le sceau.

En apparence, rien semblait se passer. Cependant, le jeune moine se sentit tomber dans un abysse. Le monde venait de cesser de faire sens. Un tas d’idée lui entrait dans la tête en même temps, des vérités sur le monde. Des informations qui semblent surgir de nulle part, une fois le sceau qu’étais le livre rompu. Cependant, il problème l’empêchait de comprendre toutes ces informations. Elles étaient toutes contradictoires. Toutes ses croyances se révélaient vrai, même celles auxquelles il n’avait jamais cru. Cependant, elles était aussi fausse. Toute, sans exception. Même l’idée que le vrai et le faux était contradictoire devenait à la fois vrai et faux. Toutes les lois de la magie, de la morale, s’étiraient dans une sensation incompréhensible pour le jeune homme. Tout faisait sens, mais un sens qui n’était que le chaos des informations et des entités. Tout n’était plus que paradoxe. Il était submergé de visions d’objets qui étaient présent et absent à la fois, il se voyait à la fois jeune, bébé, vieux, riche, pauvre, fort, faible, petit, grand, existant, inexistant, être physique, être d’esprit… Il ne voyait plus rien, où plutôt ne pouvait retrouver la véritable image dans l’infini d’image vrai et fausses à la fois. Il voulait partir, il voulait fuir. Mais une petite voix en son sein lui disait de rester. Il ne devait pas partir.

Il ne se souvint jamais combien de temps il resta dans cet état. Obligé d’utiliser toute sa volonté pour ne pas s’enfuir et retourner vers un univers cohérent. Obligé de rester à une envie de fuir qui face à cette douleur qui lui brûlait l’esprit, comme si son âme même allait être détruite par le feu du chaos. Cependant, après un moment, il comprit. Il comprit ce qu’était ce livre, pourquoi il vivait cela. Et pourquoi les gens en mourrait. Et pourquoi les gens étaient tués pour cela. Il avait déjà lu cette histoire.

« Il y a cette histoire, avec cette caverne. Des hommes y sont enchaînés. »

Il tenta de marcher, il devait retrouver son chemin.

« Ils n’ont jamais vu la lumière du jour. Jamais directement. Tout ce qu’ils voient, depuis le fond de leur grotte, ce sont des ombres d’eux-même et des choses, projeté par les quelques rayons du soleils qui parviennent jusqu’à eux. Des sons, ils ne connaissent que quelques échos, de temps en temps. »

Il chercha le piédestal du livre de ses doigts, toujours aveuglé. Il voulait se remettre debout.

« Qu’est-ce qu’il se passe, si l’un d’entre eux est libéré, et qu’on l’amène jusqu’à la sortie ? »

Il ne réussi pas à se remettre debout. Il resta alors assis, dos contre le piédestal.

« Si on l’amène jusqu’à la sortie, alors il sera ébloui, ses yeux seront brûlés par une lumière bien plus forte que tout ce qu’il aura jamais supporté auparavant. Il souffrira de ces changements. Il voudra résister, et ne pourra percevoir ce qu’il y a devant lui. Il voudra retourner à son état initial. »

Il tenta de reprendre son souffle.

Ce qu’il voyait, c’était le vrai monde.

Le paradoxe.

Le monde n’était pas cohérent, mais rempli de moments qui n’obéissait pas aux lois de la logique. De moments impossibles. Et de cela naissait la magie. Ex contradictione sequitur quodlibet. D’une contradiction, on peut déduire ce qu’on veut. Il avait appris ça. Une loi de logique classique qui disait que quand une série de proposition contenait une contradiction, on pouvait déduire n’importe quel énoncé de cette contradiction.

Et des contradiction de la réalité, permanente et omniprésente, pouvait naître n’importe quoi. Mais comment pouvait-elles exister ? Cette question lui restait encore sans réponse. La magie. La puissance de transformer le monde en outrepassant les lois visible de la nature.

« S'il persiste, il s'accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. »

On lui avait appris qu’il y avait cinq arcanes de la magie. Le mouvement, la matière, l’esprit, la vie et le pouvoir. On lui avait dit que c’était les sources de la magie. C’était faux. Les arcanes n’étaient que la manière dont on avait réussi à comprendre cette puissance de transformation et à plus où moins la maîtriser. Elles n’étaient qu’une métaphore. Les êtres magiques puissants puisaient directement dans l’énergie du Paradoxe. Cependant, s’il en comprenait le principe du Paradoxe, sa nature profonde lui échappait.

« S’il retourne auprès de ces semblables, ceux-ci seront incapable d’imaginer sa transformation, accomplie ou non. Ils le recevront très mal. Ils refuseront de le croire. »

Le jeune moine se relevait difficilement. Il avait toujours le souffle court, mais il commençait à retrouver la vue. Il voyait maintenant que la pièce était rempli de bibliothèques, pleines de livres dont des feuilles dépassaient des pages. Il comprenait l’idée de base, mais une grande partie du reste des informations qu’il avait reçu le dépassait encore. Quelques uns avaient fuit avant de comprendre, d’autres étaient sorti pour partager leur savoir au monde entier.

Il comprenait pourquoi il avait vu tant de corps qui sortaient de la tour.

« Ceux-ci, ayant peur d’une vérité qui changerait tout leur monde, incapable d’imaginer ce qu’il a vu… Ne le tueront-ils pas ? »

Les monstres avaient eut peur d’empêcher une personne d’aller vers la tour, de peur que ce qu’il y avait dedans les veuillent eux à la place. Cependant, une fois que la personne sortait, ils avaient encore plus peur qu’elle corrompe le monde avec ce qu’elle avait vu. Il était donc condamner à rester ici. Il était enfermé ici. Le retour lui était impossible.

Désormais, le jeune moine savait qui était le magicien. Il n’était pas un individu en particulier. Il est le chercheur, il est celui qui veut découvrir la vérité sur les forces du monde. Il avait eut accès à des tas d’information dont il n’avait compris que les bases , et tout ce qu’il pouvait faire, c’était de tenter de comprendre.

Il avait désormais l’éternité pour essayer de mettre du sens sur ce qu’il avait vu. Sur le monde. Sa récompense était sa punition. Sa récompense était la possibilité du savoir, le début d’une nouvelle quête, et l’éternité pour y accéder. Sa punition était de vivre l’éternité enfermé ici, jusqu’à ce qu’une autre personne arrive pour le rejoindre. Il ne pourrait revoir ceux à qui il tenait.

Il s’assit.

Il prit un des ouvrages de note.

Il aurait besoin de s’occuper.

La tour du magicien

Il y a bien longtemps, vivait dans les contrées de mes ancêtres un jeune mathématicien. Il était vu et considéré malgré son jeune âge et sa trop forte fierté comme un puits de sagesse. Sa science expliquait la pluie et le beau temps. Il prédisait la course des astres, calculait le temps qui passait, et son savoir semblait inépuisables à ses pairs. Des occultes profondeurs de la démonologie aux secrets célestes de la métaphysique, nulle connaissance ne semblait résister à ses discours désinvoltes.

Un jour, on dit que ce mathématicien tomba sur une jeune personne, qui était atteint d’un mal de l’âme qui semblait incurable. Il fut content de pouvoir se rendre utile, parce que cela lui semblait être un mal qu’il avait bien connu. En effet, non seulement il avait beaucoup lu sur le sujet, mais il avait eut une affliction qui lui semblait bien proche. Alors, il lui parla. Rapidement, ils entretinrent une correspondance régulière.

Au début, tout semblait bien se passer. Les belles paroles du savant offrait réconfort et soutient à la personne atteinte du mal. Il semblait être expert, maîtriser totalement la situation, et le calme qu’il offrait face à toute situation semblait contagieux. Mais quelques crises de colères par-ci, quelques disputes par-là, ce fut les deux confiances qui s’ébranlèrent. Le magicien des sciences avait peur de perdre le contrôle, et la personne qui lui avait donné sa confiance commençait à douter de l’efficacité des actions du savant – actions qui tardaient à arriver.

Peut-être fut-ce à ce moment-là que le mathématicien aurait-dû se rendre compte de son erreur et de sa faute. L’erreur d’avoir cru qu’il saurait guérir avec la même facilité qu’il avait à jouer avec les arguments et les mots un mal profond et incrusté. L’âme de son prochain est un sujet bien moins léger que le nombre d’ange qui pouvait tenir sur une tête d’épingle.

Mais le mathématicien avait trop de fierté pour admettre qu’il avait tors. Petit à petit, il perdait le contrôle, et sa confiance en lui. Ses actions étaient erratiques. Un coup il semblait accepté les conseils que lui prodiguait son patient, et un coup il refusait tout en bloc. La science était avec lui et son entêtement, non ? Il ne savait plus quoi faire, mais ne voulait pas l’admettre… ne le pouvait pas ?

Un jour, l’événement inévitable arriva. Il avait perdu le contrôle. Las de son manque de contrôle, et remarquant l’aggravation de sa situation, son patient lui fit signifier que tout était fini. Qu’il n’accepterait plus ses traitements. Le mathématicien accepta cela pourtant bien facilement : cette situation de manque de contrôle lui avait été douloureuse, et il lui était plus simple d’abandonner tout en bloc, et de se dire que c’était juste son patient qui avait refusé son traitement pourtant si efficace.

S’il était triste de voir s’éloigner un être qu’il avait appris à chérir, le mathématicien était au fond de lui soulagé. Il se résolut à ne plus perdre le contrôle : Les sciences de la nature et des anges étaient bien plus simples que les âmes de ses semblables. Il avait peur d’échouer à nouveau, et se refusait de prendre le risque. N’aurait-ce pas été plus simple d’accepter d’écouter les autres ? Mais la solution ne lui vint même pas. Il s’éloigna alors petit à petit de tous ces semblables, et ne prodiguait que quelques banalités quand on lui demandait de l’aide dans les affaires de l’âme et du cœur. Ce n'était plus un domaine dans lequel il manquait de connaissance : c'était devenu un domaine indigne d'intérêt.

Et on dit qu’il ne resta au mathématicien que son orgueil pour seule compagnie.

Les remèdes du mathematicien

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