Kazhnuz

100TC - 15. Silence

Il se réveille. Il ne voit autour de lui qu’un noir d’encre, et n’entend qu’un silence absolu.

Il est dans la chambre. Il le sait.

Aucun son. Il ne voit rien. Il ne sent même pas la position de son corps. La température est indéfinissable. Aucune odeur. Il ne sent pas le sol. Rien. Qu’est-ce qui lui prouve qu’il existe encore ? Rien. A-t-il un indice qu’il n’est pas piégé à l’intérieur de son propre esprit ? Rien. Est-il ne serait-ce que sûr que son corps existe encore, quelque part ? Non.

Mais le silence devient son. Un vacarme. À chaque inspiration, il entend l’engouffrement de l’air à travers les trachées, le bruit de ses bronches qui se remplissent, ses poumons qui se déplient tirés par le diaphragme. Il entend le torrent de son sang dans ses veines, les battements sourds de son cœur, le grondement de son estomac. Tous ces sons, il les entend aussi distinctement que si quelqu’un parlait à vive voie devant lui.

Le vacarme de la veine qui palpite contre ses oreilles est insupportable. Il devenait son. Du silence total était né une cacophonie, qui lui vrille les tympans.

Il tente de bouger. Il n’est même pas sûr des gestes qu’il fait. Tente-t-il de nager jusqu’à un rebord ? Il n’est même pas certain de si sa tête était en haut ou en bas.

Il voit un mouvement de l’ombre. Quelqu’un est là. Il en est sûr. Quelqu’un qui voit et qui s’amuse. Il sent un contact. Sur sa gorge. Quelqu’un l’attaque-t-il ? Il se souvient. Il se rappelle de la main qui voulait l’étouffer. Des paroles après coup. « C’était pour rire ». Parce que faire semblant de tuer quelqu’un peut être un jeu, maintenant. Il se souvient de la peur. Ça va recommencer. Il le sait. Il voit encore plus de mouvement dans l’ombre. Son esprit tente de rationaliser. C’était le passé. Ce n’est qu’une hallucination. Il n’y arrive pas. Il continue de sentir des contacts. Sur tout son corps. Porte-t-il seulement des vêtements ? Il a peur, il veut que ça s’arrête.

Ce n’est pas possible qu’il soit son seul danger ici. Quelqu’un doit être là. Quelqu’un qui lui veut du mal. Ce n’est pas possible qu’on se contente de le laisser seul. Il va se faire torturer physiquement. Il ressent une douleur. Est-ce que c’est sa peur qui fait ça, ou est-ce que ça se passe vraiment ? Il est certain que cela arrive vraiment.

Il tente de parler. S’il entend sa voix, la terreur et la douleur pourront se dissiper. Rien. Pourquoi ne peut-il pas parler alors qu’il entend sans arrêt le bruit assourdissant de son corps ?

Il se débat. Il commence à supplier. Il veut sortir, il est prêt à tout. Il sent la panique qui monte de plus en plus, il sent la douleur qui devient de pire en pire. Il sent des coups sur son corps. Est-ce en débattant qu’il se frappe lui-même, ou se fait-il battre ? Il tente de crier, il sent qu’il hurle à en déchirer les poumons, mais jamais un cri.

S’il savait ou était sa gorge, il tenterait de terminer tout cela. Mais il n’arrive pas à coordonner ses mains. Il veut juste que ça s’arrête.

Un déclic.

Il tombe lourdement sur le sol et ressent une douleur aiguë. Il sent qu’il est tombé sur son bras. La lumière l’éblouie, mais il tente d’ouvrir les yeux. Enfin de la lumière ! Il entend des bruits de pas, qui lui semblent être de véritables coups de tambour. L’odeur de l’air frais qui rentre envahi ses narines.

Il lève les yeux.

Un homme. L’air dur.

À la fois son bourreau et son sauveur.

« À partir de maintenant, tu te tiendras correctement. »

Il se sentait puissant, il se sentait grand. Il regardait avec amusement ce qu’il voyait comme une plèbe incapable et insignifiante, qui courait après une vie fragile et ennuyante. Il se sentait supérieur à eut, empli d’une force qu’ils ne pouvaient imaginer. Il avait obtenu la force et le pouvoir, il avait fait un pacte avec une entité ancienne.

Avec cette force, il pouvait modifier le réel, il pouvait créer d’autres réalité avec la force de la corruption, du paradoxe. Tous les mondes n’étaient que paradoxe, incohérences permanentes qui ne demandaient qu’à être l’origine de tout ce qu’un esprit pouvait imaginer. Ex contradictione sequitur quodlibet. De la contradiction, on peut déduire ce qu’on veut.

Et lui, il était celui qui pouvait déduire de toutes les contradictions du monde ce qu’il voulait.

Derrière son masque, personne ne pouvait savoir qui il était, ce qu’il voulait, quel était son objectif. Il se complaisait dans son mystère entretenu. Était-il un grand de ce monde ? Les accusations se multipliaient, presque toutes les personnes importantes avaient été accusées à un moment où à l’autre d’être ce nouvel Apôtre de la Corruption. Mais était-ce aussi quelqu’un de normal, qui avait une véritable raison de se venger du monde ? Un quidam, mais un quidam dont la vie expliquait ce comportement ? Un oublié du monde, une victime des injustices de la société. Mais jamais aucune preuve ne venait, jamais il ne laissait assez d’indice pour que les gens sachent.

Il continuait le combat sans cesse, depuis déjà des dizaines d’années. Les armées étaient impuissante à l’arrêter. Il jouait, ne détruisait jamais ses ennemis totalement, tel un chat qui jouait avec sa nourriture. Il les laissait se regrouper, se reconstruire avant de retourner les détruire. Le monde était éternellement au bord de la destruction, mais jamais ne sombrait dans la destruction totale. Et ce n’était qu’un jeu pour lui.

Cependant, un jour, une partie du dieu maudit, entité sans âge qui lui fournissait ses pouvoirs, commença à s’impatienter. Même si cette divinité n’était qu’un chaos incohérant de fragment de pensée, elle ressentait le besoin de s’étendre, et même s’il lui était difficile d’avoir le moindre souvenir, elle savait qu’il avait offert une partie d’elle à quelqu’un. Tav savait qu’un monde devait lui être livrer, et que cela prenait de plus en plus de temps. Trop de temps.

Il ressentit un sentiment, un sentiment plein et entier, chose qui lui semblait impossible depuis le temps. Mais c’était un sentiment de trahison, le sentiment qu’on s’était moqué de lui.

Tav était furieux.

Son apôtre était lui livrer un nouveau monde, mais ne faisait que jouer avec ses nouveaux pouvoirs. Il libérait ses ennemis, faisait exprès des erreurs stratégies pour profiter de sa puissance infinie. C’est ainsi qu’un jour, subitement, lors d’une bataille – une parmi tant d’autre – le guerrier invincible se mit à hurler. Ses cri inhumains de souffrance déchiraient les oreilles de ceux qui les entendaient. Les effroyables hurlement n’étaient semblable à rien de connu, et ce fut qu’après un moment qu’ils cessèrent.

Et que le guerrier tomba, raide mort.

Les soldat, surpris par ce qui leur semblait être une intervention divine, se rendirent au niveau de l’être masqué. Ils découvrirent le visage de celui qui les avait attaqué

Ce n’était pas une personne connue. Ce n’était pas quelqu’un qui avait eut une vie difficile d’après les documents qu’ils découvrirent sur lui. Ce n’était pas quelqu’un atteint d’une quelconque maladie mentale, explication préférée face à l’horreur que peut atteindre la nature humaine. Juste un être humain parmi tant d’autre. Un homme qui aurait pu sembler lambda. Une personne plutôt apprécié, mais pas outre mesure, qui avait une vie sociale normale, qui mangeait équilibré et disait bonjour à ses voisins. Quelqu’un qui n’était ni pauvre, ni spécialement riche.

Derrière le masque ne se trouvait qu’un être qui avait eut des fantasmes de puissance, et eut accès au pouvoir nécessaire pour les mettre en œuvre. Et qui avait joué avec les humains tel un enfant qui brûle des fourmis, tel un adulte qui se plaît à insulter et rabaisser des enfants. Un orgueilleux qui, furieux que la vie ne lui offrait pas assez tout ce qu’il voulait et considérait comme lui étant dû, une femme, la gloire, la célébrité, la fortune éternelle, était décidé à se venger sur tous.

Juste un connard qui se plaisait être en position de force.

#Inktober2017 - Day 29. Masked

Thalassa regardait fièrement la mer des nuages être fendue par la coque de son navire. Le fier vaisseau, ouvrage de centaine d’ouvrier de son peuple, était ce qui leur permettait d’aller plus loin à travers l’immensité du vide. Il y a des siècles, ils avaient été abandonnés ici par le peuple qui les employait comme colons. La planète, avait été déclaré comme non-viable par le sénat solaire, et ce après trente ans de colonisation, et malgré les dizaines de milliers d’habitants qui y vivaient déjà.

Et les quelques humains et zoomorphes employés par le système solaire avaient été abandonné ici, devant se débrouiller pour survivre sur les îles flottantes qui parsemait la couche haute de l’athmosphère. La vie était dure. Il fallait réussir à vivre dans une atmosphère empoisonnée, et miner l’oxygène dans des poches d’air respirable, située à la surface de la planète, là où la pression était trop forte pour y vivre. C’était une entreprise périlleuse, puisqu’il fallait traverser une mer de nuages plongés dans un orage permanent, et réussir à surveiller les tubes et lutter contre les éléments et la piraterie. Avoir des réserves d’air personnelles étaient un luxe que peu pouvaient se permettre, la plus grande partie du peuple devant vivre dans les espaces communs en faisant des travaux pour la communautés, n’ayant des bouteilles d’oxygène que quand on les envoyait travailler dehors.

Sans technologie du système solaire, sans l’accès aux savoirs de la planète-mère, chacune des colonies étaient coincé sur leur île, devant lutter pour survivre.

Mais ces navires flottant étaient l’espoir d’un monde meilleurs. Mélange entre les navires et les ballons dirigeable, ces vaisseaux étaient capable de relier un continent à un autre. Thalassa était en train de réaliser la première liaison entre les deux plus grande capitales. Cela faisait plus de 600 ans que tout contact était impossible entre les deux. Elle avait hâte de rejoindre sa destination. Ce serait le début d’une nouvelle ère, la fin de l’âge sombre. Thalassa imaginait les possibilités : en unissant leur forces, ils pourraient automatiser les stations de récupérations de l’air pur, et partager leurs connaissances pour construire des moyens de le purifier. Toutes la planète, unie pour améliorer leur condition de vie.

Mais surtout, c’était une vengeance symbolique. La preuve qu’ils pouvaient se débrouiller sans le Système Solaire. Ils les avaient considéré comme une ressource qu’ils avaient le droit d’abandonner quand celle-ci devenait trop coûteuse ? Maintenant les habitants de la planète prouvaient qu’il n’avaient pas besoin d’eux. Ils atteindraient d’eux même à nouveaux les étoiles, et prouveraient à l’univers entier les agissements de la Terre. Au fond d’eux, ils espéraient même que l’empire ancien des humains s’était effondré. Tant pouvait s’être passé en 600 ans !

Thalassa regardait fièrement la mer des nuages être fendue par la coque de son navire. Toute sa vie, elle avait travaillé sur ce projet. Toute sa vie, elle avait attendu le jour où les habitants de sa planète pourraient à nouveaux être réunis. Toute sa vie, elle l’avait destinée à permettre le début d’une ère nouvel. Ce premier voyage serait le début d’une grande série. D’ici quelques années, ce serait une liaison régulière qui serait faite entre les deux villes. D’ici quelques décennies, les cieux seraient remplis de ces bateaux volants.

Thalassa était contente. Ils avaient pu se relever de leur abandon, même si cela leur avait mis des siècles, et étaient en train de construire tous ensemble une ère nouvelle. Une époque d’infinies possibilités s’ouvraient à eux tous.

#Inktober2017 - Day 21. Ship

Uther était prêt. Il avait vérifié tout son équipement, de quoi survivre, de quoi réussir à fuir si le danger devenait trop important. Des vêtements lisses, antidérapant, avec une forte capacité de protection. Des chaussures confortable pour avancer d'un pas ferme et décidé. Aucun ne devait réussir à agripper à lui, et toute substance sortant de leur bouche devait pouvoir être lavée vite. Uther pensa à sa famille, à sa femme, à ses enfants, pour se donner du courage. Il se devait de réussir cette épreuve.

Il allait devoir traverser l’espace où ils grouillaient. Où ils pouvaient la voir. Où ils se rapprocheraient sûrement d’elle. Ce n’était pas qu’il les détestait. C’était plus une capacité peu courante à les voirs comme ils étaient. Leurs grands yeux vides et globuleux qui la fixait si il s’approchait, comme s’ils se préparaient à faire quelque chose. Les bruits bizarres quand ils s’approchaient de lui. Les substances indéfinies – et qu’il ne souhaitait surtout pas définir – qui pouvaient s’en échapper. Ils étaient de l’autre côtés. Il les voyait comme les création du diable qu'ils étaient

Il se maudissait. Tout cela à cause d’une erreur bête, tout cela à cause d’un oubli. Il n'avait pas fait attention, et avait laissé un document important. Et pour le chercher maintenant, il devait aller dans la salle ou ça grouillait, dans la salle avec les sons étranges.Lorsque l’informaticien avait accepté ce post, il savait qu’il devrait faire quasiment tous les bâtiments de la ville. Tout ce que possédait la commune contenait des ordinateurs, et tous demandaient souvent d’être réparés. Il se devait d’intervenir partout ou il y avait des pannes, quel que soit l’endroit, même dans les pires lieux, les plus dangereux.

Et même dans cette antichambre de l’enfer, cet antre délabré né du pêché et qui abritait des êtres vils et répugnants. Des êtres dégoulinant, bruyant, qui s’attaquaient les uns les autres. Des êtres sournois, capable de torturer juste par jeu. Les cris et les bruits étaient audibles de l’autre côté de la porte. Il allait falloir y aller, traverser tout ça.

Il hésitait. Devait-elle y aller véritablement ? N’y avait-il pas une autre solution ? Il savait qu’il avait absolument besoin de ce dossier. Que sans lui, il ne pouvait pas avoir les informations nécessaires pour modifier les pilotes. Fichue technologie, qui le trahissait au pire moment ! Encore une fois, les machines montraient qu’elles n’étaient pas digne de confiance. Mais il pouvait peut-être travailler sur autre chose, le temps que ça se calme ? Trouver un autre truc à faire, et le faire lentement pour repousser l’échéance ?

Uther se ressaisit. Il devait être fort. Rendre fièrs sa famille, sa femme et ses enfants. Vaincre l’adversité. Que valait-il si il abandonnait face à la difficulté ? Que valait-il, si il n’affrontait pas la peur, l’horreur. Ce n’était pas parce que ça grouillait de ces créatures qu’il devait abandonner. Il devait affronter sa peur, réussir à passer le fouillis. Il devait voir cela comme une épreuve. Et faire attention à ne pas marcher sur un. Ce serait le pire. Il inspira et expira lentement.

Il était prêt.

Uther devait aller chercher le dossier contenant toutes les données sur les ordinateurs. Et pour cela, il devait traverser la salle de jeu de la crèche, infestée par la plus vile créature : les enfants des autres.

#Inktober2017 - Day 13. Teeming

« Et toi, dans quel camp tu es !? »

Nicolas n’aurait jamais pensé que son retour au monde, sa renaissance se serait possiblement le théâtre de la fin d’un monde.

Hier même, une simple phrase lui avait semblé être la plus belle du monde : « tout est en règle, vous pouvez sortir ». Il avait écouté avec calme et attention toutes les conditions de son droit de sortie : Pas trop de sel, pas trop de sucre, surtout pas d’alcool et de tabac, et pas d’excitation. Il avait accepté chaque injonction, et même l’idée de retourner au lycée lui avait parue superbe, malgré l’épée de Damoclès qu’était le rattrapage de leçon. Il n’avait eut qu’une hâte : quitter ce lieu. Il avait souhaité retrouver le monde, son monde, qui n’aurait jamais dû se réduire à une pièce et au bruit régulier de machine.

« Et toi, dans quel camp tu es !? »

Nicolas avait toujours été dans le même groupe d’ami depuis son enfance. Il s’y sentait bien, et c’était un peu son univers. Il n’était ni très connecté, ni très sociable, et se sentait donc à l’aise d’avoir ce petit groupe qu’il pouvait retrouver. De ce fait, il avait été impatient de les retrouver, n’ayant eut des nouvelles que de ceux qui lui avaient envoyé des textos pour lui tenir compagnie. De longues discussions sans queue ni tête, dont il savait qu’une partie des messages avaient été envoyés au nez et à la barbe d’un professeur pas assez attentif. Il avait attendu avec impatience la première journée de cours, la première récréation.

« Et toi, dans quel camp tu es !? »

Dès le début de la journée, il avait commencé à comprendre que quelque chose n’allait pas. Les félicitations étaient sincères et chaleureuses, les blagues sur sa victoire héroïque pleine de virilité sur les terribles clans infectieux avaient fusée. Mais à côté de ses rires, il avait sentit la gêne et la tension. Ses amis ne discutaient pas entre eux, juste avec lui.

Il avait demandé si tout allait bien. La guerre fut déclarée.

D’abord, juste quelques remarques sarcastiques. Des réponses acides. Visiblement, une trahison de confiance. Et finalement, virent les mots et les cris. Les insultes.

« Et toi, dans quel camp tu es !? »

Ces mots étaient à la fois une attaque, une menace et une insulte. Une attaque envers lui, qui avait juste écouté les récits contradictoires sur l’effondrement de son groupe d’ami. En lui demandant de prendre position, on le plongeait sans ménagement dans cette situation. Une menace, parce qu’il savait très bien qu’ils ne lui demandaient pas avec qui il serait ami – mais avec qui il allait être brouillé. Et une insulte, parce qu’il lui demandait de designer un coupable et un innocent sans rien savoir de la situation.

« Et toi, dans quel camp tu es !? »

Cette phrase marquait la rupture, la fin de son monde. Le groupe d’ami n’existait plus, il n’y avait que deux clans ennemis, et il ne pouvait se résoudre à en trahir l’un pour rejoindre l’autre. Il ne savait pas. Et il savait que dans ce genre de conflit, ne pas choisir n’allait pas lui permettre de garder de bon contact avec les deux groupes.

Il avait le choix entre décider arbitrairement de qui il voulait perdre, ou perdre tout le monde.

#Inktober2017 - Day 2. Divided

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