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Uther était prêt. Il avait vérifié tout son équipement, de quoi survivre, de quoi réussir à fuir si le danger devenait trop important. Des vêtements lisses, antidérapant, avec une forte capacité de protection. Des chaussures confortable pour avancer d’un pas ferme et décidé. Aucun ne devait réussir à agripper à lui, et toute substance sortant de leur bouche devait pouvoir être lavée vite.

Uther pensa à sa famille, à sa femme, à ses enfants, pour se donner du courage. Il se devait de réussir cette épreuve.

 

Il allait devoir traverser l’espace où ils grouillaient. Où ils pouvaient la voir. Où ils se rapprocheraient sûrement d’elle. Ce n’était pas qu’il les détestait. C’était plus une capacité peu courante à les voirs comme ils étaient. Leurs grands yeux vides et globuleux qui la fixait si il s’approchait, comme s’ils se préparaient à faire quelque chose. Les bruits bizarres quand ils s’approchaient de lui. Les substances indéfinies – et qu’il ne souhaitait surtout pas définir – qui pouvaient s’en échapper. Ils étaient de l’autre côtés.

Il les voyait comme les création du diable qu’ils étaient

 

Il se maudissait. Tout cela à cause d’une erreur bête, tout cela à cause d’un oubli. Il n’avait pas fait attention, et avait laissé un document important. Et pour le chercher maintenant, il devait aller dans la salle ou ça grouillait, dans la salle avec les sons étranges.Lorsque l’informaticien avait accepté ce post, il savait qu’il devrait faire quasiment tous les bâtiments de la ville.

Tout ce que possédait la commune contenait des ordinateurs, et tous demandaient souvent d’être réparés. Il se devait d’intervenir partout ou il y avait des pannes, quel que soit l’endroit, même dans les pires lieux, les plus dangereux.

Et même dans cette antichambre de l’enfer, cet antre délabré né du pêché et qui abritait des êtres vils et répugnants. Des êtres dégoulinant, bruyant, qui s’attaquaient les uns les autres. Des êtres sournois, capable de torturer juste par jeu. Les cris et les bruits étaient audibles de l’autre côté de la porte. Il allait falloir y aller, traverser tout ça.

 

Il hésitait. Devait-elle y aller véritablement ? N’y avait-il pas une autre solution ? Il savait qu’il avait absolument besoin de ce dossier. Que sans lui, il ne pouvait pas avoir les informations nécessaires pour modifier les pilotes. Fichue technologie, qui le trahissait au pire moment ! Encore une fois, les machines montraient qu’elles n’étaient pas digne de confiance. Mais il pouvait peut-être travailler sur autre chose, le temps que ça se calme ? Trouver un autre truc à faire, et le faire lentement pour repousser l’échéance ?

Uther se ressaisit. Il devait être fort. Rendre fièrs sa famille, sa femme et ses enfants. Vaincre l’adversité. Que valait-il si il abandonnait face à la difficulté ? Que valait-il, si il n’affrontait pas la peur, l’horreur. Ce n’était pas parce que ça grouillait de ces créatures qu’il devait abandonner. Il devait affronter sa peur, réussir à passer le fouillis. Il devait voir cela comme une épreuve. Et faire attention à ne pas marcher sur un. Ce serait le pire. Il inspira et expira lentement.

 

Il était prêt.

 

Uther devait aller chercher le dossier contenant toutes les données sur les ordinateurs. Et pour cela, il devait traverser la salle de jeu de la crèche, infestée par la plus vile créature : les enfants des autres.

Grouillement

Une journée ordinaire. Un ciel bleu. Un petit vent frais. Le temps idéal pour un jogging. Un peu de musiques, des foulées.

Un crissement de pneu.

Un choc.

 

Angus était dans le brouillard. Il ne savait pas ni où il était, ni ce qu’il y faisait. Le monde autour de lui semblait se limiter à la douleur, qui l’empêchait de penser clairement, et à des cris et voix autour de lui. Mais que disaient-elles ? Rien de compréhensible, semblerait-il. Il essayait de se concentrer. Il essayait de comprendre. Mais il se sentait glisser, les ténèbres le happaient. Il ne comprenait pas.

 

Angus se réveilla dans un lit. La salle était entièrement aseptisée, des machines autour de lui faisaient des « bips » réguliers. Pas de doute, il était à l’hosto. Il regarda son état. Il n’arrivait pas à se lever, et il voyait des bandages partout. Il essaya de se rappeler sa journée. Il était la veille d’une course. Pour se détendre, il avait décidé de faire un petit jogging, avec son baladeur. Il se souvint du crissement et du choc. Il jura intérieurement. Il s’était fait renversé par une voiture. Il commença à prendre peur. À quel point les dommages à son corps étaient-ils graves ? Ce crissement, c’était un accident, c’était tout ce qu’il en savait. Tout le reste était inconnu. Ne serait-ce que ses chances de se remettre.

Il maudissait cette voiture, il maudissait tous les conducteurs. Ils n’étaient là que pour mettre en danger les piétons ?!

 

Au bout de quelques minutes, une infirmière arriva, lui disant qu’elle avait téléphoné à ses parents, et qu’ils seraient là d’ici une heure. Elle lui apprit les circonstances de l’accident, et fini par lui donner son diagnostique. Angus retint sa respiration, terrifié. Le verdict tomba comme un couperet : même après rééducation, il ne pourrait plus jamais totalement marcher correctement, dans le meilleurs des cas.

Elle lui déclara également que son pronostic vital avait été engagé. Il s’en était sorti, et ses jours n’étaient plus en danger. Il avait eu de la chance sur ce point.

 

Angus se sentit indigné par une telle expression. Son monde s’effondrait, et il avait de la chance ?!

Le jeune homme avait travaillé pour devenir sportif. C’était sa passion, et son rêve était d’atteindre un haut niveau. Il avait toujours aimé le sport, c’était le seul domaine dans lequel il avait jamais eut l’impression d’être bon. Ce crissement, ce n’était pas que sa carcasse qu’il avait renversée, c’était aussi ses rêves et objectifs. Il n’avait plus de but, et tout son avenir avait été balayé d’un coup, comme un château de carte.

Pour atteindre son but, il avait enduré le régime spartiate de son entraîneur, il avait accepté de fermer les yeux sur les piqûres de « vitamines » qu’il devait prendre. Il s’était dit que de toute façon il n’avait pas le choix, et que tout le monde le faisait. Mais cela n’empêchait pas la culpabilité d’exister. Ce crissement, c’était le dernier son qu’il avait entendu à l’époque ou ces sacrifices avaient servi à quelque chose. Désormais, il s’était privé et s’était mis la santé en danger pour rien.

 

Le temps passait, uniquement rythmé par le bruit des machines. Il tenta de se retourner, mais il était trop bien maintenu. Cependant, en tournant sa tête, il vit des fleurs, et un mot. « Désolé ». Sans même avoir besoin de demander, Angus pu deviner de qui s’était. Le conducteur.

Il comprit. Un conducteur sur la route, en plein dans son travail habituel, voit débouler un jeune homme qui écoute de la musique et ne fait pas assez attention. Il tente de freiner. Mais rien à faire, il le percute. Ce crissement de pneu, c’était également la tentative d’un conducteur d’éviter toute cette tragédie. Le dernier réflexe possible. Angus se demanda s’il s’était senti coupable. S’il avait regretté ne pas avoir été plus rapide.

 

Angus sentit sa colère se retourner envers lui-même. Pourquoi n’avait-il pas fait plus attention ? Pourquoi avait-il fait un jogging ! Il laissa tomber sa tête, la seule partie de son corps qui pouvait encore bouger, sur son oreiller, et regarda le plafond. Il ne voyait plus son avenir devant lui, et ne savait pas ce qu’il pourrait faire maintenant que courir lui était impossible.

Peut-être qu’avec le temps, de nouveaux chemins s’ouvriraient. Mais pour l’instant, il était trop tôt pour voir la lumière au bout du tunnel.

Un crissement

La ville de Rectus se réveillait ce matin avec colère. Dans la nuit, une atteinte aux symboles de la ville avait été fait. Un vandalisme honteux, une attaque qui n’aurait jamais dû être. Tous les poteaux, mats de panneaux et de lampadaires avaient été tordu et noué. Les dégâts semblaient s’étendre sur toute la métropole. Plus un seul cylindre de métal n’était droit. Même le grand mat, symbole de la droiture de la ville, avait été touché par le mal mystérieux.

Ce monument innovant vendu à un prix tout à fait concurrentiel par une entreprise locale de lampadaire et de poteaux téléphoniques dirigée par un ami du maire de l’époque, avec tous les lampadaires et poteaux de la ville.

Avant l’arrivée de ce mat, la ville n’avait jamais eu de symbole ou de monument. Cela coûtait trop cher. Non pas que la ville manquait spécialement d’argent, mais elle avait de bien meilleures utilisations de l’argent. Mais lorsque la proposition avait été faite, il était vendu avec le reste, donc pourquoi se priver ?

Depuis, le phallique monument était devenu un incontournable de la vie. Il était la fierté des habitants, malgré les mesquines moqueries des métèques à la métropole. A Noël, ils le décoraient même, avec des guirlandes.

Si on exceptait le manque de piquants, de bois, d’odeur de pin et de vert, il pourrait presque passer pour un vrai sapin.

 

Cependant, cette attaque avait fait atteinte à cette pensée. Le maire déclara que c’était la droiture d’esprit même de la ville qui avait été nouée multiple fois comme ces mats pourtant forgés dans de l’acier. Que c’était la pensée rectiligne dont le maire était le garant – lui qui était maire après son père, son tonton rigolo, son grand-père, son arrière grand-père, et bien d’autres générations avant lui – qui avait été bistournée. La ville avait toujours fait pareil, pensé pareil, poussé sur une route droite depuis sa fondation. C’était le sentier vers le futur qui avait été rendu sinueux avec ces quelques tonnes de métal.

Les psychanalyste les plus renommés dirent que c’était même une émasculation symbolique de la ville.

 

L’occultiste du coin déclara que c’était une onde éléctro-magnétique, lié à une espèce extra-terrestre, qui avait tout tordu dans le but d’envoyer un message : que la course vers les étoiles étaient interdites à l’humanité. En nouant tout ce qui montait vers le ciel, ils avaient signifié que c’était le voyage spatial qui serait sinueux, et qu’ils feraient tout pour que les hommes n’aient pas une ascension rectiligne vers l’espace.

D’autres théories furent avancées : conspiration secrète, problème atmosphérique, ou « les jeunes ». Mais l’enquête sur ces énigmatiques torsions, sur ce noueux attentat, n’avançait pas. Les profils se succédaient, et nul ne semblait vouloir ni pouvoir effectuer de pareils actes. Des battut furent effectué.

Pourtant, le coupable était simple à trouver : il suffisait que ce soit une personne ayant la capacité de tordre des centaines de barre d’acier de plusieurs dizaines de centimètre de diamètre en une seule nuit. Avec un tel profil, trouver le coupable ne pouvait qu’être simple ! Mais ce fut en vain.

 

Cependant, à l’insu de tous, reposait dans les archives d’une entreprise locale de lampadaire et de poteaux téléphoniques des documents sur la production de mars 1965.

Elle indiquait un défaut de fabrication sur toute la production, et un débat sur comment réussir à écouler ce stock.

Crooked

C’était la première fois que Naï se rendait sur Ark’Dulah, ville la plus importante du satellite Galahad 3b. Dans l’ascenseur, il s’était même senti nerveux : c’était la première fois qu’il se rendait sur un astre-océan, et encore plus important, la première fois qu’il se rendait dans une ville sous-marine.

Le scientifique travaillait depuis des années dans le domaine des recherches en technologie cristalline de sa nation, le Conglomérat d’Albion. Il se rendait aujourd’hui dans un colloque dans cette ville, situé sur une planète neutre face aux grands empire multi-planétaire. L’université de cette planète était une référence en manière de technologie cristalline, et il était certaine que ce serait enrichissant. Même si cela voulait dire aller dans une ville située sous des tonnes d’eau.

Il eut un frisson en y pensant.

Le fait de connaître en quoi les boucliers protégeant les villes sous-marines était entièrement sûr ne suffisait pas à ne pas lui laisser cette peur irrationnelle de finir écrasé sous des tonnes d’eau.

 

Lorsque la porte s’ouvrit, il eut son premier regard sur la ville sous-marine. Il voyait d’immense bâtiment cristalin qui s’élevait, dans une architecture lui rapellant le gothique, mais dans des tons bleutés. Les tours étaient ouvragées, des petites statues de créatures sous-marines se trouvaient sur les bords des toitures. Et en haut, en guise de ciel se trouvait le bleu de l’océan, légèrement éclairé par les boucliers. Il pensa aux tonnes d’eau se trouvant au-dessus de sa tête et se sentit mal. Et sa sensation ne fit qu’empirer en voyant une immense ombre passer au-dessus des barrières. Cela ressemblait un peu à un poisson, mais il se rendit compte que la créature devait faire plusieurs kilomètres.

Il avait déjà vu des gigafaune, ces écosystèmes de créatures dépassant la centaine de mètres, mais jamais en vrai, et dans une situation qui lui semblait aussi effrayante.

 

Il tenta de se défaire de cette image qui lui venait en tête de la créature qui brisait les boucliers. C’était sécurisé, se disait-il, ils ne peuvent pas ne pas avoir prévu des incidents avec ces bestioles. C’était impossible de ne pas avoir prévu ça. Mais même avec ça, la peur restait, encrée dans un coin de son esprit. Naï détourna son regard pour observer la colonne centrale, dont il était sorti. Cette colonne contenait des centaines d’ascenseurs qui reliait la ville sous-marine à une île artificielle se trouvant à la surface. Plusieurs cascades sortaient de cette colonne, remplissant les différents canaux de la ville.

Le scientifique devinait que l’eau ne venait pas d’en dehors du dôme mais était recyclé depuis l’intérieur, mais il se demandait pourquoi diable ils voulaient utiliser de l’eau comme symbolique alors qu’ils étaient coincés sous plusieurs tonnes de ce même liquide.

 

Prise dans cette pensée, il en fut sorti par un immense bruit, et une vibration terrible. Naï poussa un glapissement terrifié. Les pensées fusèrent dans sa tête. Ça-y-est, c’était la fin, ils allaient tous mourir écrasés par la pression de l’eau ! Il regarda vers le haut pour voir ce qui se passait. La bête qu’il avait vu se cognait contre les boucliers. Cependant, ceux-ci tenaient sans la moindre difficulté, nullement impacté par le choc avec la bête titanesque. L’homme regarda autour de lui.

À l’exception de quelques quidams regardait la scène, les passants continuaient leur chemin, nullement effrayés par la situation. Ce qui voulait sans doute dire que c’était courant.

 

Naï soupira. Il devinait que ce séjour allait lui sembler long…

Hydrophobie

Celia avançait avec difficulté dans les vallées. Cela faisait déjà plusieurs jours qu’elle était au fond de cette vallée, se dirigeant vers le monastère qu’on lui avait indiqué. « Au bout de la vallée, Après la statue ». L’ancienne aventurière avançait parmi les roches et les herbes hautes, faisant attention aux serpents et autres dangers de la montagne. L’ascension était pénible et difficile.

Arrivée au bout de la vallée, elle comprit qu’elle n’était pas très loin de son objectif. Une immense statue de roc brut, qui montait jusqu’au flanc des deux montagnes qui entourait la voyageuse, se dressait devant elle. Ce qu’elle représentait était pourtant simple : Juste une femme, qui portant un grand châle. Une figure presque fantomatique, peut-être une déesse ancienne ou une incarnation de la nature.

Mais même si cette représentation ne surprenait en rien, cette statue la surplombait comme jamais une statue ne l’avait faite.

 

Quel âge avait cette colossale femme de roche ? Celia n’en avait aucune idée, mais les plantes et l’érosion semblait indiqué un age très ancien. Célia se prit à se demander comment cette statue avait pu voir le jour. Était-ce creusé dans le roc, avaient-ils amené ici la matière première ou avait-elle était creusé à partir de la vallée ? Elle n’avait ni les moyens, ni les connaissances de savoir à coup sûr les réponses. Mais cela n’empêchait pas les questions de venir et de se bousculer dans sa tête. Était-ce ne serait-ce que possible pour un peuple ancien de construire une telle chose ? Sur combien de temps ?

Toute la journée, Célia fit des hypothèses sur cette femme, cherchant à percer le mystère de cette statue.

 

Était-ce le travail de tout un peuple, rendant hommage à une cheffe qui les avaient protégés d’un clan ennemi ou d’une menace quelconque ? Sur des générations, ils avaient creusé la montagne ou un mégalithe pour créer cette statue, mué par leur envie de rendre un hommage postume. Était-ce la représentation d’oracles, de femmes mystiques en communion avec les esprits qui avaient livré à leur peuple des secrets cachés et des prédictions qui les avaient sauvés ? Un monument à ces femmes désormais anonymes, mais qui resteraient vivante grâce à cette création de roche brute. Une manière pour elle de ne pas tomber dans l’oubli.

Était-elle plus ancienne ou plus récente que le monastère ? Avait-elle veillé sur les moines, telle une mère de toutes celles et ceux qui priaient ici. Était-celle dont ils imploraient la protection, quand les sombres nuages de la fatalité semblaient s’abattre sur eux ? Était-ce à elle qu’ils attribuaient les guérisons miraculeuses, les coups de chances et les instants de bonheurs ? Était-ce elle que de jeunes couples en besoin d’enfant venaient voir, telle les déesses de la fécondité de jadis ?

 

La nuit tombait. Celia devait quitter ce colosse, cette statue, cette déesse ancienne, cette incarnation de la nature, cette cheffe, cet oracle, cette mère du monastère, cette divinité de la fécondité. Elle se sépara d’elle comme d’une vieille amie, se promettant d’y retourner pour la voir le plus régulièrement possible.

Elle n’était pas plus avancée qu’avant ses réflexions sur la vérité sur cette statue. Mais peu importait. Cette statue était désormais pour elle l’entrée vers un nouveau pas de sa vie, et sa compagne d’un moment de rêverie et d’imagination. La véritable histoire importait peu face à ce que lui avait fait vivre la simple vision et les questions que cette statue géante.

Le monument

— « Nan ! Je veux pas ! »

 

Le grand chateau de l’Empire Skelfing, controlant la majorité de la planète Aestrus, faisait face à une nouvelle crise, des plus terribles. Une crise qui touchait même la famille royale.

Vekyna, princesse de la famille Skelfing, refusait de mettre la tenue d’apparat, et le faisait savoir avec tous les moyens dont elle disposait.

 

La tenue d’apparat était la tenue que tous les membres de la noblesse impériale se devait de porter lors des évènements important. Si cette tenue était identique pour les hommes et les femmes, son nombre d’ornement et sa complexité augmenté au fur et à mesure que le rang augmentait. Et en tant que princesse héritière de tout l’empire, Vekyna devait porter une tenue encore plus compliquée que celle de son père, le roi Hetjul.

Et la petite lionne noire détestait les tenues compliquées.

 

Si on lui demandait son avis, elle se promènerait nue partout : c’est bien plus pratique. Hélas, les conventions sociales et la température froides de la province de Bymann forçaient de porter des tenues. Quelle idée de vivre dans le froid ! Mais si pour les tenues usuelles, la petite fille pouvait faire des exceptions, elle ne voulait pas se faire emballer dans cet ensemble de bout de tissus incompréhensibles.

Et c’est ainsi qu’elle se retrouva à courir partout en culotte, projetant tous les gardes à l’aide de ses pouvoirs, et que la pièce où elle avait du se changer avait sa tapisserie déchirée et deux armoires projetées par la fenêtre, laissant la neige s’occuper de la seule chose qui était encore intacte : le magnifique tapis.

 

Pour couronner le tout, au plus grand malheur de Myrkur et Dahor, guerriers émérite de l’empire, c’était eux qui devaient réussir à la récupérer et à la forcer dans la tenue. Myrkhur était le cousin du roi Hetjul, et avec son époux, était parmi les guerriers les plus réputés. Ils avaient été assignés à la protection de Vekyna.

Ou, comme ils le disaient parfois, à la protection du monde entier face à cette menace qu’était la petite princesse.

 

— « Nan ! C’est trop nul ! »

 

Dahor fut projeté par la vague d’énergie qui se fracassa contre lui. Il poussa un juron. Ils l’avaient amené à l’étage exprès, afin de bloquer ses pouvoirs. Les Skelfing tiraient de ses pouvoirs de la terre elle-même, comme tout les Soldat de la Terre. Cependant, dès qu’ils dépassaient quelques mètres au-dessus du sol, ils étaient incapables de tirer l’énergie tellurique. Enfin, la plupart d’entre eux. C’est ainsi qu’ils découvrirent que déjà à 8 ans, elle faisait partie des très rares suiveur de Silice à être capable d’accomplir cet exploit.

Étalé contre le sol, Dahor se dit que les duels qu’il avait dû accomplir contre des Gigantiens lors de la campagne d’Alcofribas furent des expériences moins pénibles que surveiller cette gamine.

 

Myrkur s’était tapi dans l’ombre. Comme tous les assassins, il était un spécialiste lorsqu’il s’agissait de prendre par surprise ses ennemis. Il entendit la petite s’approcher : elle commettait l’erreur de chantonner. Myrkur se demanda un instant si Hetjul lui pardonnerait de ne pas inculquer la discrétion à sa fille si c’était pour une bonne cause tel qu’éviter les destructions qu’elle pourrait causer.

Il bondit d’un geste leste sur la petite lionne pour l’attraper. Celle-ci, poussant un cri de surprise, sauta pour grimper en haut de la grande armoire qui se trouvait à côte d’elle.

 

— « Noooooooooooooooooon », protestait-elle.

 

Myrkur réussi à lui attraper une jambe, la tenant par les pieds. La petite tomba et il l’attrapa, la tenant sur son épaule comme un sac à patate. Elle poussa un cri de protestation, outrée de s’être fait avoir. Dahor arriva, se frottant le dos, bougon.

 

— « Myrkur, chéri, la prochaine fois, évite de m’utiliser comme appât, tu veux ? »

 

Myrkur rendit un sourire à Dahor. Il était fier d’avoir réussi à endiguer la crise avant qu’il y ait eut trop de dégâts. Mais dans son sourire, il y avait encore la peur d’un futur qui s’annonçait plein de pièges et de malheurs.

Il savait que ce n’était qu’une victoire, et que la guerre restait à gagner, une guerre qui s’annonçait difficile et capable de ternir à jamais la vie de la famille impériale, voir de l’Empire tout entier !.

 

Réussir à habiller cette petite peste.

Petit poison

Le soleil commençait à peine à se lever, et avec ce nouveau jour débutait également une nouvelle quête. Notre héroïne se dirigeait vers le plus grand des trésors avec une discrétion toute aussi grande. Elle désirait un Saint-Grall : les fruits les plus juteux, dont le nectar était tel l’ambroisie des dieux anciens.

Camille commençait sa quête quotidienne : Faire son petit déjeuner.

 

Cependant, il lui fallait être des plus prudents. Les grands maîtres du donjon dormaient encore. Là était tout le sel. Elle devait traverser les grandes crevasses du couloir, sautant sur les dalles qui tenaient en équilibre au-dessus d’un précipice sans fond, sans faire le moindre bruit. Mais elle n’avait pas peur : elle se savait capable d’un tel exploit, capable de réussir une telle quête, capable d’accomplir sa destinée.

De bond leste en bond leste, la petite fille devenue grande héroïne effectua sa périlleuse manœuvre, dirigée par l’envie d’avoir accès à son juteux trésor.

Ce furent de véritable kilomètre de corridor obscur, traversant le château.

 

Cependant, ce ne fut pas sa plus grande difficulté. En effet, devant la pièce du trésor se trouvait un énorme canidé, un chien-loup à la mâchoire terrible, au cri rugissant, et à la terrible habitude de piquer les mouchoirs ou chaussons : Le teckel de la famille. Heureusement, pour l’instant, la créature démoniaque était encore dans les bras de Morphée. L’aventurière commença à tenter de passer à côté, mais la créature commençait à ouvrir les yeux et bailler.

Diable, que faire face à un tel coup du sort, une telle attaque ironique d’un destin toujours prompt à se moquer des pauvres hères qui tentaient d’échapper à sa cruelle griffe ?

Mais une idée vint subitement désarmer la destinée. L’héroïne s’élança vers la porte-fenêtre et l’ouvrit brutalement. Le canin, voyant ce mouvement brusque, eut immédiatement l’idée de fondre vers le jardin, se retrouvant alors emprisonné à l’extérieur, comme une andouille. La voie était libre.

Le chien alla faire ses besoins, la première chose importante à faire chaque matin, puis revint atteindre avec un air un peu idiot devant la porte-fenêtre.

 

Mais une dernière épreuve l’attendait. Les fruits étaient en haut de l’armoire, des kilomètres au-dessus du sol. Alors commença la terrible ascension des meubles, pour accéder à la corbeille de fruits. Chaque prise n’était pas aussi stable que le voudrait la petite aventurière, mais pour la gloire et pour les fruits, pour leur sucre et leur pulpe juteuse. Elle grimpa difficile sur la table, et tendit la main, s’approchant de son Graal. Elle attrapa la corbeille, mais manqua de perdre l’équilibre.

Elle élança d’un coup son bras pour se rattraper à l’armoire, tenant bien contre elle la corbeille avec les précieux fruits. Elle descendit ensuite avec prudence, s’asseyant sur le plan de travail avant de bondir vers le sol.

 

L’héroïne, se dirigea avec son trophée d’un pas fier vers la table de la salle à manger. Camille aimait énormément avoir des fruits pour son petit-déjeuner, et encore plus jouer.

Sa quête était accomplie, mais moult autres l’attendaient encore dans sa vie.

Juteux

Il était cette histoire. On la nommait celle de la Tour du Magicien. Elle se racontait dans les plus haut cercles de la société très fermé de ceux qui connaissait l’existence de l’autre monde. Elle était supposé y cacher la plus grande des armes. Le plus grand des secrets. On disait qu’elle contenait le but ultime de la vie de ceux qui connaissaient l’existence des forces magiques.

On disait aussi qu’il fallait faire le plus grand des sacrifices pour y l’obtenir.

Depuis longtemps existent dans nos contrées des monastères cachés. Ils étaient là pour offrir une retraite loin du monde à ceux qui étaient initiés à l’existence de l’autre monde et des forces qui en provenait. Les jeunes moines y apprenaient à devenir les gardiens du Grand Mystère, à protéger la Terre du surnaturel, et le surnaturel de la Terre.

Un jeune de ces moines, bercé dans les secrets et les apprentissages, désirait connaître. Il voulait savoir toujours plus. Et des connaissances que son insatiable curiosité convoitait, la plus grande était le contenu de la Tour du Magicien. Il désirait savoir qui était le magicien. Quel était ce secret. Pourquoi il était aussi grand, pourquoi était il retiré du monde. Était-il dangereux ? Rien n’était plus attrayant qu’un secret dangereux.

Entraîné par le torrent de la curiosité, il s’était enfuit une nuit de son monastère, vers la porte qui menait à la retraite de cette tour. N’écoutant que son désir de savoir, et nullement les recommandations à la prudence, il répétait l’erreur que bien des jeunes gens, avide de pouvoir, avait fait avant lui.

À travers le monastère, il était arrivé dans la plus grande forêt cachée. Jamais nul des peuples magiques n’avait réussi à la dompter. Les âmes s’y perdaient, les vies se brisaient face aux monstres qui la hantait.

Le jeune moine entra dans la forêt, et marcha pendant des heures. Devant lui se présenta une araignée géante, reine des arachnide. Elle s’avança et lui parla de sa voie froide et rêche.

— Que viens tu faire dans ce bois, petit homme. Ne sais-tu pas le sort qui t’y attends ?

— Je viens découvrir le plus grand des secrets, je viens découvrir ce que recèle la tour du magicien.

Et alors l’araignée s’éloigna. Elle semblait avoir peur. Comme si elle ne voulait interférer avec une telle mission.

— Je ne veux pas partager ne serait-ce qu’une seconde du destin de celui qui vivra les deux morts. Fuis ses bois, si jamais tu tiens à tout ce qui est plus cher que la vie.

Et le jeune moine repris sa route. Il croisa d’autre créatures monstrueuses, mais toutes étaient effrayé par le destin du jeune homme, comme si la fatalité de ses actions pouvait se reporter sur elles.

— La tour du magicien n’est pas un endroit interdit, lui expliqua une liche. Tout le monde peut y aller. Seulement, quand on y entre, il faut accepter le chemin sur lequel on s’est avancé. Sais-tu au moins ce que tu cherches, en ce secret ?

Le jeune garçon s’arrêtait un moment. Il regarda la créature qui se tenait devant lui. Il attendit un moment, et lui donna la réponse

— Je veux juste savoir quel secret peut être assez terrible pour qu’on estime que l’interdire où le détruire n’est pas suffisant pour décourager ceux qui veulent le découvrir.

La liche s’éloigna du jeune garçon.

— Se poser la bonne question est une bonne chose. Mais encore faut-il la comprendre, pour savoir si on veut vraiment trouver la réponse. Bien des gens, alors qu’ils comprenaient même les Arcanes, les cinq grandes sources de la magie, n’ont pu survivre à cet entre du démon

À la fin de son périple, il voyait l’entrée de la tour. Cependant, à se pied, un crâne. Et juste à côté, les ossements du bras. Une personne avait tenté de se traîner jusqu’ici, et était mort. Le jeune garçon regarda alors autour de lui, et vit ce qui entourait la tour. Des centaines de squelettes, de cadavres. Le jeune garçon dégluti, et s’avança. Il entra dans la tour.

Son envie de savoir le poussait à aller affronter cette épreuve.

Cependant, quand il entra dans la tour, rien. Il n’y avait même plus de corps. Avait-ils tous eut le droit de ressortir, ou était-ce une puissance qui détruisait tout ceux qui entraient sans être méritant ? Mais aucun piège ne sembla s’enclencher, aucun monstre ne vint l’arrêter alors qu’il gravit l’escalier en colimaçon de la tour. Et tout en haut, en son sommet, se trouvait au cœur de la pièce, ce qu’il cherchait : un simple cahier à la couverture noire et unie, un simple cahier abîmé par le temps. Ses pages étaient jaunies, couvertes d’inscriptions dans une langue que personne ne semblait comprendre.

Le jeune moine tourna les pages. Il essayait de comprendre. Rien d’autre ne se trouvait dans cette pièce. Était-ce inscrit dans ce cahier les plus terribles secrets magiques existant ? Une pierre philosophale ? Une formule pour dépasser les quatres arcanes, sources de la magie ? Les inscriptions du cahier semblait comprendre de nombreux alphabets, mélangés dans des mêmes mots incompréhensibles. Certains mots n’étaient en fait que le même son, inscrit dans le plus d’alphabet possible. Était-ce alors un véritable texte ?

Était-ce une vaste farce macabre ? Une mise en scène, pour punir celui qui croiraient en un secret si puissant qu’il permettrait de vaincre toute les armes ? En effet, combien d’expression ne disaient-elles pas que les livres avaient un pouvoir plus grand que les armes ? Que l’érudit à la force de vaincre toutes les armées. Tout cela était malheureusement faux. En maniant les phrases, en pensant que ce qui est plus beau est plus grand, peut-être qu’on peut penser que c’est vrai… Mais malheureusement, bien des grands esprits, bien des âmes pures furent réduits au silence par le feu des armes et des batailles. Ce serait alors une moquerie, une vengeance de tous les brillants esprits détruit par la guerre. Un livre qu’on ne pouvait comprendre, parce qu’il n’y avait plus ceux qui pouvaient l’expliquer.

Cependant, la puissance magique se sentait dans se livre. Peut-être était-ce seulement un leurre, pour cacher la véritable nature du livre. Le secret n’était pas dans le livre, mais avait la forme du livre. Un livre incompréhensible. Une épreuve. Fallait-il comprendre le livre, où comprendre ce qu’était le livre pour le trouver ? Le jeune moine se demanda combien de guerrier venu chercher une arme capable de vaincre tous leurs ennemis était parti en voyant le livre, et qu’il était impossible à comprendre.

Où peut-être était-ce un avertissement. Ce secret n’entraînera que la confusion. Le jeune homme se concentra. S’il avait raison, le livre devait être un simple sceau. Et ce qu’il fallait faire pour découvrir le secret, c’était ouvrir le sceau.

— Très bien, livre. Je suis prêt à découvrir le secret.

Il brisa le sceau.

En apparence, rien semblait se passer. Cependant, le jeune moine se sentit tomber dans un abysse. Le monde venait de cesser de faire sens. Un tas d’idée lui entrait dans la tête en même temps, des vérités sur le monde. Des informations qui semblent surgir de nulle part, une fois le sceau qu’étais le livre rompu. Cependant, il problème l’empêchait de comprendre toutes ces informations. Elles étaient toutes contradictoires. Toutes ses croyances se révélaient vrai, même celles auxquelles il n’avait jamais cru. Cependant, elles était aussi fausse. Toute, sans exception. Même l’idée que le vrai et le faux était contradictoire devenait à la fois vrai et faux. Toutes les lois de la magie, de la morale, s’étiraient dans une sensation incompréhensible pour le jeune homme. Tout faisait sens, mais un sens qui n’était que le chaos des informations et des entités. Tout n’était plus que paradoxe. Il était submergé de visions d’objets qui étaient présent et absent à la fois, il se voyait à la fois jeune, bébé, vieux, homme, femme, neutre, riche, pauvre, fort, faible, petit, grand, existant, inexistant, être physique, être d’esprit, sexué, assexué… Il ne voyait plus rien, où plutôt ne pouvait retrouver la véritable image dans l’infini d’image vrai et fausses à la fois. Il voulait partir, il voulait fuir. Mais une petite voix en son sein lui disait de rester. Il ne devait pas partir.

Il ne se souvint jamais combien de temps il resta dans cet état. Obligé d’utiliser toute sa volonté pour ne pas s’enfuir et retourner vers un univers cohérent. Obligé de rester à une envie de fuir qui face à cette douleur qui lui brûlait l’esprit, comme si son âme même allait être détruite par le feu du chaos. Cependant, après un moment, il comprit. Il comprit ce qu’était ce livre, pourquoi il vivait cela. Et pourquoi les gens en mourrait. Et pourquoi les gens étaient tués pour cela. Il avait déjà lu cette histoire.

« Il y a cette histoire, avec cette caverne. Des hommes y sont enchaînés. »

Il tenta de marcher, il devait retrouver son chemin.

« Ils n’ont jamais vu la lumière du jour. Jamais directement. Tout ce qu’ils voient, depuis le fond de leur grotte, ce sont des ombres d’eux-même et des choses, projeté par les quelques rayons du soleils qui parviennent jusqu’à eux. Des sons, ils ne connaissent que quelques échos, de temps en temps. »

Il chercha le piédestal du livre de ses doigts, toujours aveuglé. Il voulait se remettre debout.

« Qu’est-ce qu’il se passe, si l’un d’entre eux est libéré, et qu’on l’amène jusqu’à la sortie ? »

Il ne réussi pas à se remettre debout. Il resta alors assis, dos contre le piédestal.

« Si on l’amène jusqu’à la sortie, alors il sera ébloui, ses yeux seront brûlés par une lumière bien plus forte que tout ce qu’il aura jamais supporté auparavant. Il souffrira de ces changements. Il voudra résister, et ne pourra percevoir ce qu’il y a devant lui. Il voudra retourner à son état initial. »

Il tenta de reprendre son souffle.

Ce qu’il voyait, c’était le vrai monde.

Le paradoxe.

Le monde n’était pas cohérent, mais rempli de moments qui n’obéissait pas aux lois de la logique. De moments impossibles. Et de cela naissait la magie. Ex contradictione sequitur quodlibet. D’une contradiction, on peut déduire ce qu’on veut. Il avait appris ça. Une loi de logique classique qui disait que quand une série de proposition contenait une contradiction, on pouvait déduire n’importe quel énoncé de cette contradiction.

Et des contradiction de la réalité, permanente et omniprésente, pouvait naître n’importe quoi. Mais comment pouvait-elles exister ? Cette question lui restait encore sans réponse. La magie. La puissance de transformer le monde en outrepassant les lois visible de la nature.

« S’il persiste, il s’accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. »

On lui avait appris qu’il y avait cinq arcanes de la magie. Le mouvement, la matière, l’esprit, la vie et le pouvoir. On lui avait dit que c’était les sources de la magie. C’était faux. Les arcanes n’étaient que la manière dont on avait réussi à comprendre cette puissance de transformation et à plus où moins la maîtriser. Elles n’étaient qu’une métaphore. Les êtres magiques puissants puisaient directement dans l’énergie du Paradoxe. Cependant, s’il en comprenait le principe du Paradoxe, sa nature profonde lui échappait.

« S’il retourne auprès de ces semblables, ceux-ci seront incapable d’imaginer sa transformation, accomplie ou non. Ils le recevront très mal. Ils refuseront de le croire. »

Le jeune moine se relevait difficilement. Il avait toujours le souffle court, mais il commençait à retrouver la vue. Il voyait maintenant que la pièce était rempli de bibliothèques, pleines de livres dont des feuilles dépassaient des pages. Il comprenait l’idée de base, mais une grande partie du reste des informations qu’il avait reçu le dépassait encore. Quelques uns avaient fuit avant de comprendre, d’autres étaient sorti pour partager leur savoir au monde entier.

Il comprenait pourquoi il avait vu tant de corps qui sortaient de la tour.

« Ceux-ci, ayant peur d’une vérité qui changerait tout leur monde, incapable d’imaginer ce qu’il a vu… Ne le tueront-ils pas ? »

Les monstres avaient eut peur d’empêcher une personne d’aller vers la tour, de peur que ce qu’il y avait dedans les veuillent eux à la place. Cependant, une fois que la personne sortait, ils avaient encore plus peur qu’elle corrompe le monde avec ce qu’elle avait vu. Il était donc condamner à rester ici. Il était enfermé ici. Le retour lui était impossible.

Désormais, le jeune moine savait qui était le magicien. Il n’était pas un individu en particulier. Il est le chercheur, il est celui qui veut découvrir la vérité sur les forces du monde. Il avait eut accès à des tas d’information dont il n’avait compris que les bases , et tout ce qu’il pouvait faire, c’était de tenter de comprendre.

Il avait désormais l’éternité pour essayer de mettre du sens sur ce qu’il avait vu. Sur le monde. Sa récompense était sa punition. Sa récompense était la possibilité du savoir, le début d’une nouvelle quête, et l’éternité pour y accéder. Sa punition était de vivre l’éternité enfermé ici, jusqu’à ce qu’une autre personne arrive pour le rejoindre. Il ne pourrait revoir ceux à qui il tenait.

Il s’assit.

Il prit un des ouvrages de note.

Il aurait besoin de s’occuper.

La tour du magicien

On dit qu’entre notre monde et celui de mages résident un nombre incroyable de mondes-bulles, de réalités fragmentaires caché dans les interstices du monde de la logique et de celui des paradoxes. Des espaces, coincés entre nos règles rationnelles et celles étranges des arcanes magiques, qui se retrouvent à vivre selon leur propres lois.

On dit que dans un de ces mondes, la mort n’existe pas, mais est remplacé par un mal bien pire. Un monde où les habitants doivent sans cesses lutter contre des hordes de monstres, nécessitant à chaque fois qu’ils chutent face à leurs ennemis, coincé dans une guerre éternelle où nulle mort ne peut les délivrer. Un monde où un roi éternelle regarde, coincé dans une solitude dont nul ne pourrait le sortir.

Aujourd’hui, je vais vous conter l’histoire de ce monde.

 

Un jour, il y a bien longtemps, un frère et une sœur découvrir un des univers étrange qui se trouvent coincé entre les deux mondes. Chaque idée pouvait y être matérialisée, chaque rêve pouvait y être concrétisé. Ce monde était modifiable, jusque dans ses règles même, a volonté. De cette terre sans vie, ils pourraient faire un paradis. Un monde qui ne connaîtrait pas la mort, la guerre et les tourments. Cependant, pour y entrer, un prix terrible était à payer. Il fallait abandonner son corps, le voir être dispersé dans la structure même de cette nouvelle réalité, le voir faire qu’un avec ce nouveau monde. Seul le cœur de la personne résiderait alors dans ce monde, quelque part.

La sœur fut la première à y entrer, sacrifiant son ancienne vie pour son nouvel idéal. Elle y serait la Créatrice. Elle y fit naître l’océan, le ciel et le soleil. Et au centre de tout cela, une Île.. Elle fabriqua de ses mains les plages, les forêts et les montagnes de cette île. Et partout sur cette île, de grands cristaux, qui en permettait le fonctionnement, et aux gens d’y vivre. Après des mois, son frère revint. Il était aller chercher un peuple. Des gens malheureux, qui ne voulait qu’une chose : changer de vie. Parmi eux, cinq orphelin, qu’il adopta comme ses propres fils. Il organisa les villes, offrit de nouvelles identité à ceux qui avaient fuit l’ancien monde. On lui proposa au début d’être le roi, mais il refusa, nommant un de ses vieux amis à la place. Il se contenta d’être le Conseiller du roi, vivant pour servir au mieux son vieil ami, et pour éduquer les cinq orphelin.

Au début, l’Île fonctionna comme cela. Le Roi, son Conseiller et la Créatrice, travaillant main dans la main pour construire le plus beau des mondes.

 

Dans cette terre, les corps n’était rien qu’une création des cristaux, une illusion, une fusion d’apparence et de souvenir. Pour chacun des êtres qui y vivait, manger, boire dormir et respirer n’étaient plus des obligations, mais des plaisirs. La mort n’y était pas supprimé, mais remplacé. Les blessures graves pouvaient être soignée par un repos dans les grands cristaux qui parsemaient le monde, et lorsqu’un corps était trop endommagé, la personne pouvait abandonner son corps et ses souvenirs et se réincarner dans un nouveau corps, démarrant une nouvelle vie.

Personne ne savaient exactement ou se trouvait le cœur de chaque personne, mais il était quelque part, dans ce monde. Peut-être était-il partout ?

 

Malheureusement, un jour, la tempête vint sur l’Île. Un royaume puissant du monde originel découvrit ce monde caché, après avoir enquêté sur les disparitions mystérieuses de ceux qui avaient rejoint ce dernier. Au début, ils ne voulurent perturber ce paradis. Mais la peur commença à les gagner quand une terrible épidémie commença à décimer la population. Ils voulurent alors utiliser ce monde, non pour sauver tout le monde, mais les plus grands. Les esprits brillant, les grands artiste. Il voulait éviter la perte irrémédiable de ceux qu’ils voyaient comme pouvant apporter le plus à l’humanité.

Ce projet était de recréer le jardin d’Eden, le projet Elysium. Le but était de créer un paradis artificiel pour les grands esprits. Le cœur deviendrait alors leur nouveau lieu de vie, une terre de culture où les plus grands esprits se retrouveraient, dans une vie vouée à philosopher et faire avancer la science et l’espèce humaine. Ils seraient de plus en plus nombreux, et leurs publications éclaireraient de plus en plus la planète, jusqu’à permettre un age d’or où l’humanité serait éternellement éclairé par des savants immortels. Mais pour cela, ils devaient prendre le contrôle du Cœur, afin de reprogrammer le monde pour qu’il agisse comme ils le voulaient.

 

Le vieux roi regarda avec peur les armées qui commençaient à s’attaquer dans le royaume, mais tentant de toujours plus rassurer la population. Le Conseiller aidait les ravitaillement, à déplacer les blessés. La Créatrice utilisait de toute sa puissance pour faire surgir de nul part murs, armes, défenses. Mais les combattant de l’armée d’Elysium commencèrent à apprendre à utiliser les pouvoirs du monde. Une jeune femme rejoint les trois hautes personnes du royaume. Une ancienne générale, venue ici pour fuir les horreurs qu’elle avait vu pendant la guerre, se proposait pour combattre. Elle devint la Gardienne.

La guerre fut terrible et sans relâche, les soldats de la Terre et du Cœur revenaient tous sans cesse une fois qu’ils étaient tombé, ramené à la vie par les cristaux. Comment faire pour ne vaincre que les soldats de la terre ? Des armes expérimentales furent créé, dans le but de briser les corps cristallin, afin de forcer une réincarnation sans le moindre souvenir, ce qui permettrait au soldat terrestre de devenir de simples habitant du Cœur. Cependant, cela ne se passa pas comme prévu : sur les sujets de test, la destruction du corps cristallin ne fut pas complète mais se contenta de casser brisant toute cohérence entre le corps et le souvenirs, détruisant l’esprit de l’adversaire.

Ces armes furent quand même utilisées. L’armée terrestre fut exterminée, réduit à l’état de ces créatures incohérentes, les derniers souffles, qui furent bannis hors des mondes habités, dans des parties de l’île qui furent bloqués dans des petites bulles de réalités fermés parce que rendu trop brisés par la guerre, la structure même de la logique y était brisée. Les soldats se disaient qu’avec assez de temps, le corps des derniers souffles serait trop usé et ils se réincarneraient, sans aucun souvenirs de ce qui leur est arrivé. Cela n’arriva jamais.

À la fin de la guerre, traumatisée par ce qui s’était passé, une partie de la population décida de se réincarner. Il était plus simple de connaître dans les livres d’histoire une telle horreur que de l’avoir vécu soi-même. Parmi ceux qui se réincarnèrent, il y eut le vieux roi. Ce fut la fin de la première ère.

 

La Créatrice et le Conseiller décidèrent qu’il était temps de passer le flambeau à la nouvelle génération. Ils continueraient avec la Gardienne leur travail, tandis que leurs enfants pourraient organiser le monde comme ils le souhaiteraient. L’aîné devint le nouveau Roi, la suivante devint Générale des forces armées, les deux jumelles devinrent une Mage et une Prépresse. Seul le petit dernier refusa d’avoir un rôle important, déclarant qu’être l’Arlequin lui allait très bien. Malheureusement, le jeune Roi n’arrivait pas à dormir la nuit, effrayé de voir un jour le retour des esprits. Nuit après nuit, il faisait le même cauchemar. Le retour de l’armée d’Elysium. Si les premiers mois de son règne furent heureux, ils sombra rapidement dans la peur.

Pour se rassura, il ordonna de continuer la production des terribles armes qui leur avait assuré la victoire. Il avait au début voulu l’arrêter, mais avait changé d’avis, ses actes dictés par la peur. Le lendemain de sa décision, ces deux sœurs cadettes, la Mage et la Prêtresse virent le voir.

 

— « Ô mon roi, mon bon frère, réfléchit un peu à tes actes, » commença la mage. « Ces armes sont trop terrible pour être utilisés, notre monde même pourrait être en danger. »

 

La prêtresse, comme toujours, restait silencieuse.

 

Mais ils n’écouta pas ses conseils. Il était effrayé par une nouvelle possibilité. Et si les soldats étaient trop nombreux pour utiliser l’arme sur eux ? Et si une armée trop grande venait, des hordes permanentes qui continueraient à venir jusqu’à ce qu’ils les aient écrasés ? Et si tous les mondes de l’extérieur se mettaient à croire au projet Elysium ? Il devait avoir des troupes nombreuses, sans sacrifier des habitants qui n’avaient rien demandé. Alors il inventa à l’aide des cristaux un nouveau moyen de défense. Des monstres générés et contrôlés par les cristaux, servant à défendre le territoire du Cœur. Ces monstres seraient des sortes d’intelligences artificielles basiques dédiées au combat. Ils pourraient être déployées un peu partout en cas de besoin.

Les deux sœurs revinrent l’avertir, la Mage disant qu’il jouait avec le feu, et qu’il mettait le monde entier en danger.

 

Mais ils n’écouta pas ses conseils. Il était effrayé par une nouvelle possibilité. Et si il existait des soldats terrestre rescapée, sans avoir la moindre possibilité de connaître leur position exacte ? Une force mystérieuse et invisible, qui n’attendait que leur heure. Et si des gens de ce monde adhéraient aux idée du projet Elysium ? En effet, pour certain, ne pouvait-ce être attirant de créer un monde de savants et philosophes éternels ? Il prit alors une terrible décision : Il allait changer la mémoire de tous les habitants, et faire effacer tous souvenirs de ce qu’était véritablement l’Île. Ce ne serait alors qu’un monde, ayant toujours été comme ça. L’ancien monde serait oublié à jamais. Au cas où, les monstres seraient déployés dans les zones hors des villes.

Un programme serait installé en eux pour qu’ils attaquent toutes personne connaissant la terre : En effet, ils ne pourraient alors être que des Terriens, non ?

 

Quelques jours après son annonce, ses trois sœurs et son frère virent le voir, avec un ultimatum : Il devait abandonner son projet, sinon ils le forceraient à l’abandonner, et iraient même jusqu’à le détruire lui pour protéger l’Île. Faire tout oublier à tous le monde, les monstres et les armes, ce ne seraient que faire sombrer l’Île dans la catastrophe, celle d’oublier les erreurs et les horreurs du passé. Il répondit tristement qu’il n’avait pas le choix. Dans ses yeux, il y avait la peur. Il n’avait jamais oublié la guerre. Il appela ensuite la garde.

 

Alors qu’ils étaient accompagnés dehors, la jeune Prêtresse se retourna, et le regarda dans les yeux :

 

— Mon frère, je sais que tu as peur. Mais écouter sa peur, c’est arrêter d’écouter sa raison, c’est arrêter d’écouter son cœur. La raison et le cœur sont ce qui font de nos de vrais humains. C’est leur combat perpétuel qui nous fait avancé. La peur obscurcit les deux, et tu as perdu toutes tes forces. Abandonne ce projet qui n’est né que des ombres qui te hantent, et te murmurent à l’oreille des conseils bien malavisés. Mon frère, je t’aime, mais si tu veux déclarer la guerre à la sanité et à la vie, alors la sanité et la vie te déclareront la guerre. Je suis désolée.

 

Une nouvelle guerre éclata, à l’intérieur de la famille royal. La Créatrice, le Conseiller et la Gardienne, aussi effrayé par les souvenirs de l’ancienne guerre, furent dans le camp du Roi. Ils voulaient à tout prit assurer la protection de leur monde contre ceux qui étaient venu de nul part et de partout pour l’attaquer. Le reste de la fratrie royale devint les chefs de la Rébellion. Au début, la guerre restait une guerre froide. Nul combat n’éclata.

Mais un jour, la Gardienne, décida d’aller discuter avec la Mage pour tenter de la raisonner. Un combat éclata. On vit la Mage revenir avec le corps inerte de sa mère adoptive. Elle ne semblait ni pouvoir se réincarner, ni retourner aux cristaux. Elle avait trouvé comment bloquer le cœur d’une personne. La guerre fut déclaré. Le père des enfants, l’ancien Conseiller du Roi, sombra dans le chagrin et le regret, et parti pour ne jamais revenir. La Créatrice aussi se retira. L’ancienne génération s’était retiré, et la nouvelle se faisait la guerre.

 

Le jeune Roi se retrouvait alors seul, contre sa fratrie qui voulait le détrôner. Toute l’armée ne semblait suffire à les arrêter. Il eut un jour une explication : la maître des secrets avait découvert qu’il était possible d’utiliser les pouvoirs de son propre cœur. Cela permettait d’utiliser des pouvoirs incroyables, mais cela faisait risquer sa vie. Le roi ne chercha pas à faire de même, et entra dans un cycle perpétuel de blessure et de soins par les cristaux, et envoyant les monstres attaquer ses frères.

Après des mois de bataille, la rébellion fut capturée. Le royaume était grandement endommagé. Certains partisans de la terre grondaient. Le roi avait énormément perdu en popularité, considéré comme un faible. Il n’avait que 20 ans, et n’aurait sans doute même plus longtemps à vivre, tellement son corps était abîmé. Il lui fallait prendre une grande décision. S’il détruisait ses sœurs et son frère, il serait considéré comme un roi fort et puissant.

Mais il ne pouvait pas s’y résoudre.

 

Il décida de baisser la puissance d’une des armes, et de se contenter de bloquer avec le fruit de ses recherches la forme physique de ses frères et sœurs, les rendant bien moins dangereux. Après, il les fit enfermer dans des tours conçu pour les garder prisonnier à jamais.

La révolution grondait alors, le peuple voulait se débarrasser du roi trop faible. Les quelques partisans de la Terre en avait profité pour semer l’idée qu’il serait mieux d’être un paradis pour les grands esprits que d’être un royaume en ruine. Le roi se dirigea alors vers les cristaux. Il mit alors directement son premier plan à exécution : la Grande Réincarnation. Il commença par désincarner tous les corps physique, sauf le siens, et de ses derniers fidèles. Ils détruisirent ce qu’ils purent trouver comme trace de la terre, ignorant l’existence de certains mondes cachés construit par la créatrice.

Ils lancèrent après cela la réincarnation, et le roi dit adieu à ses derniers fidèles.

 

Il n’allait pas se réincarner, mais il fit entrer sa forme physique dans les cristal. Il n’osait ni essayer de mourir définitivement, ni se réincarner, ni rester.

Il voulait juste un peu de sommeil.

 

Un seul élément ne se passa pas comme prévu. Les monstres se mirent à mal fonctionner : Ils en se contentaient pas d’attaquer les terriens, mais tout ce qui bougeait, à cause de leur intelligence artificielle qui fonctionnait mal. Le monde était désormais l’Île, terre ou les humains devaient vivre malgré les monstres, plongé dans un combat éternel entre deux armées immortelles. L’ancienne armée royale fut désormais destinée à protéger les habitants des monstres. Certains essayaient même d’apprendre à contrôler les monstres.

La nouvelle histoire de le Cœur se fonda sur cette nouvelle situation, celle des héros et des monstres. Le vagues souvenirs de l’avant-réincarnation resta sous forme de légendes vagues, de mythes complexes à comprendre. Et, dans un demi sommeil, le roi éternel ne pouvait que contempler à jamais les dégâts de ce qu’il avait fait.

La solitude du roi immortel

Une pièce blanche. Aseptisée. Entièrement vide. Une moquette tout aussi pâle, et des murs qui ne revêtent pas plus de couleurs. Pas de doute, j’y suis de retour. Je prends une chaise en attendant son arrivée. Il ne devrait pas tarder. Je m’assieds, et regarde le vide des murs. Dans un lieu qui n’existe pas, une longue attente hors du temps d’une personne qui n’existe pas. Pour patienter, je prends un magazine et un petit gâteau.

Il finit par arriver. Mon Némésis, mon meilleur ami. Mon oppresseur, ma victime. Celui qui toujours veut me chasser, celui qui toujours cherche à me retrouver. Celui qui me console, celui qui m’humilie. Celui qui veut voir mes couples s’effondrer, celui qui me donne des conseils pour aider les personnes que j’aime. Celui qui excite ma rage, celui qui la tempère.

Ma conscience, mon démon intérieur.

 

— Cher monsieur, commençait-il, vêtu d’un costard. Je vous ai fait quérir dans mon bureau parce qu’il faut qu’on parle d’un sujet très important.

 

Je m’assieds sur la chaise, lui est bien enfoncé dans son confortable fauteuil, dos à la fenêtre. Derrière lui, une superbe vue sur la ville et ses multiples lumières, ce tableau étrange composé de taches de couleurs sur un fond noir.

 

— Es-tu bien certain que tout dans ta vie est bien réelle ? Me demande-t-il avec un air sérieux à travers ses lunettes.

 

Je fronce les sourcils. Où est-ce qu’il veut en venir ? Je ne suis pas certain de comprendre quel est son but.

 

— Comment te dire… Je pense qu’il doit y avoir quelque chose qui n’est pas normal dans tout ce qui se passe. Je regarde tes notes, je regarde ta situation, je regarde ton nombre d’amis… C’est vraiment pas mal. Mais quand je vois ensuite ton investissement dans tout ça… Y’a comme un truc qui colle pas.

 

Il se penche un peu plus vers moi, comme pour m’examiner du mieux qu’il peut.

 

— En effet, notre conférence d’aujourd’hui portera sur ce sujet très important. Est-ce que le monde existe ou n’est qu’une illusion ? Cette question est très intéressante aux vues de la polysémie du mot « monde ».

 

Je suivais la conférence, dans mon siège de l’amphithéâtre miteux ou j’ai eut une partie de mes cours, à une époque qui me semble étrangement lointaine. Il me faisait face, j’étais son seul public. Autour de moi, les sièges n’étaient pas vides, mais plein d’ombres sans visage.

 

— En effet, si le monde peut rapporter à la réalité physico-mathématique où l’on vit, il peut également s’agir d’un sens plus « mondain », si je puis me permettre. Il peut en effet s’agir de la société humaine dans laquelle nous évoluons, où quelque chose de plus proche comme notre cercle d’amis.

 

Il fit quelques pas, au centre de sa scène. Il était dans le feu des projecteurs. Il a toujours aimé ça.

 

— L’une des premières particularités de l’humain, c’est sa tendance au mensonge. En effet, en tant qu’une des seules espèces intelligente, l’humain à ce pouvoir de mentir. La « guerre juste », « tous les hommes naissent libre et égaux ». Toute la base de l’humanité est le mensonge : En effet, après avoir mordu le fruit originel, Adam et Ève s’aperçoivent de leur nudité, et en ont honte. C’est la genèse qui nous montre le premier mensonge, qui naît avec l’arrivée de l’humanité : Le fait de cacher sa nudité.

— En effet, regarde le monde autour de toi ! Regarde tous ces mensonges qui remplissent notre réalité ! Regarde tous ces faux-semblants. Qu’est-ce qui te prouve que quand toi tu penses que c’est vrai, ça l’est, hein ?

 

Terrassé par le coup de poing qu’il venait de m’assener en pleine figure, je vins m’aplatir contre le bitume de la cours. Qu’est-ce qui m’avait pris d’accepter de me battre, je savais pourtant que je n’avais jamais été fait pour ça.

 

— Qu’est-ce que tu te fais dire que tout ce qu’on t’a dit et que tu considères comme vrai, ça l’est ? Des mensonges, tu en as eut des tas ! Mais encore et toujours, tu te raccroches sottement à l’espoir que dans le lot, il y ait quelques trucs vrais.

 

Il m’attrapa par le col, et me souleva. Je vis dans ses yeux les reflets des miens.

 

— Parce que l’autre possibilité te fait peur.

 

On est de retour dans la salle blanche. Il était face à moi. Plus de mise en scène grotesque. Plus de saut du coq à l’âne. Il ne faisait qu’une petite introduction pour en venir à son sujet. Nous étions toujours dans la même position que précédemment. Il attendit un moment.

 

— Parce que l’autre possibilité, c’est qu’en fait, tous ce qu’on t’a dit est faux.

 

Il me relâcha. Je fis quelques pas pour m’éloigner de lui… Mais je ne pouvais pas fuir.

 

— Regarde un peu autour de toi, et surtout la vérité en face. Regarde cette fable que tu appelles la vie, et ose me dire encore un peu qu’elle ait un sens. Et donne-moi le sens des gens qui sont morts. Et donne-moi les preuves que les mots qu’on te dit sont sincères. Donne-moi les preuves que tous ne roulent pas les yeux dès que tu ne t’es pas éloigné, avec toutes les conneries que tu dis. Avec toutes les fois où tu te donnes toi-même des défis que jamais personne t’as demandé de relever, pour les foirer lamentablement devant tout le monde.

 

J’essaie de préparer mes mots pour lui répondre. Il suffit de trouver les bons mots, et je peux le faire partir.

 

— Et je ne peux pas simplement les croire. Je tiens à eux, et je sais qu’ils tiennent à moi. La confiance, c’est un peu la base de tout ça ? Si je commence à être paranoïaque et croire que tout le monde me veut du mal, ça ne va pas le faire.

 

Il fit quelques pas. Il rigolait. Je déteste quand il fait ça.

 

— Parce que tu crois que c’est par méchanceté qu’on ment ? Tu irais dire à quelqu’un de pathétique qu’il l’est, pour l’enfoncer encore plus ? Tu irais lui dire à quel point il est mauvais ? Où tu préférerais pas lui mentir, pour éviter de lui faire du mal ?

— Les choix ne se limitent pas à ça, m’énervais-je ! Déjà, primo, personne n’est « pathétique », on peut être positif ! Tu crois que j’ai pas assez potassé la positivité et tout ? Suffit d’avoir la bonne tournure d’esprit, ce n’est pas du mensonge.

 

Un sourire amusé.

 

— Sérieux, le coup larmoyant de l’éducateur positif. « Regardez-moi, comme je suis le grand chevalier pourfendeur de la croyance en la hiérarchie, regardez comme je suis un saint qui jamais n’irais juger quelqu’un comme en dessous de lui ». T’as besoin que je te fasse les flashback de toutes les fois où tu as pensé ce genre de chose ?

 

Il marqua un temps.

 

— Et puis, combien même ce ne serait pas le cas sur le cas… Les raisons de soupirer c’est pas juste de croire que quelqu’un est « pathétique » ou « ridicule ». Voici les autres cas : Il peut être agaçant, insupportable. Il peut donner des envies de le baffer… Mais on est bien obligé de le supporter, donc on prend sur nous.

 

Il pointa du doigt, victorieux.

 

— Ce genre de mensonges, ceux que tu as entendu par le passé, ceux que tu as vu quand tu as découvert que le monde était une grande boucherie sans aucun sens… Tout cela remonte au père noël ! Le monde est un grand tas de mensonges, auquel tu contribueras à chaque fois que tu feras croire à quelqu’un qu’il a de l’importance, que sa vie sert à quelque chose…

Pense à tous ces détails douteux, à tout ce qui ne colle pas dans ta vie par rapport à ce que tu mériterais. Pense à tout ce qui est trop beau.

 

Il me fait face, enfoncé dans son fauteuil

 

— Pense aux mensonges de l’humanité. Pense à toutes les « guerres justes » commises à coup de bombe sur des villes.

 

Il me fait face, éclairé par les projecteurs sur l’estrade.

 

— Pense aux doutes qui t’habite, pense à toutes ces fois où tu n’as pas compris pourquoi on pouvait t’accepter.

 

Il me surplombe, tandis que j’essaie de me relever, étalé sur le bitume.

 

— Pense à tous ceux qui vont devoir supporter le fait de chuter après avoir cru que leur vie avait un sens, comptait pour quelqu’un.

 

Il me domine, dans une pièce blanche, aseptisée et entièrement vide.

 

— Ce n’est qu’en acceptant l’absence de vérité que tu pourrais apprendre la véritable paix intérieur : tout est faux, donc je ne dois plus me préoccuper de tout ça.

 

Un blanc. Je ne sais pas quoi dire. Je prends une inspiration.

 

« Peut-être que la vie n’a aucun sens. Peut-être qu’on est juste qu’un amas d’atome qui font des réactions cheloues entre eux. Peut-être qu’il y a des tas de trucs qui sont « trop beaux ». Peut-être que le monde est bourré de mensonge. Peut-être qu’il y a des tas de gens qui me déteste, en fait. Peut-être. Et peut-être que non. Cependant… Il existe quelque chose qui à un sens dans tout ça.

Ou plutôt, il y a quelque chose qui a encore moins de sens : toutes ces questions. En fin de compte, si la vérité n’existe pas, est-ce que le mensonge peut exister ? Si tout est mensonge, alors, est-ce que la réalité n’est pas l’ensemble de fausse vérité dans laquelle on nage, ce qui leur donne une réalité. La nôtre. Parce qu’on existe dedans.

Peut-être que tu as raisons, et que je devrais croire en rien. Mais où serait le but. Qu’est-ce que douter de tout m’apporterait en plus, à part le fait de me questionner sans arrêt encore plus ? Remplacer la question « est-ce que c’est faux » par « qu’est-ce qui est faux là-dedans » n’apporte pas la paix de l’âme. Elle n’apporte qu’encore plus de désarrois. Elle remplace l’appréhension du coup de poignard, par celle de quel organe sera transpercé par le poignard. Elle remplace la crainte par la terreur permanente, elle remplace l’espoir du bonheur par une vague espérance que ça ne fera pas trop mal. Elle remplace le risque de voir sa confiance trahie par la solitude de ne pouvoir l’accorder.

Pour répondre à ta question : Je ne sais pas si le monde existe vraiment, si y’a quoi que ce soit de vrai. Voilà ton aporie. Peut-être que tout est faux, peut-être que y’a des trucs vrai. Je ne sais pas. Peut-être que tout est faux, et c’est pour ça que je veux tenter de vivre ma vie comme je l’entends moi, et en croyant à ceux autour de moi.

Cependant, voilà la véritable réponse : En fait, ce n’est pas qu’on a la réponse, c’est qu’on a pas trop le choix. »

 

Et je referme le rideau.

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