On racontait que dans les couloirs les plus sombres de la base-ville de Pôle Sud existait un homme surnommé Sans-Âme. Cette personne au visage cachée par un masque blanc qui était presque une légende urbaine dans les sous-sols.

Les êtres quasi-entièrement mécanisés existaient depuis des années déjà, depuis le milieu des années 2050, mais cet personne était allée encore plus loin. C’était son esprit même qui aurait été transférée dans un cerveau cristallin, cerveau universel des IA.

 

Il était considéré comme le premier être à avoir abandonné entièrement son humanité, à être devenu entièrement machine.


Une erreur dans la mise d’une sécurité. Une déflagration. Une douleur intense. L’impression de sombrer.

 

Ovide avait du mal à se rendre compte de ce qui se passait autour de lui. Il avait mal comme jamais il avait souffert. Il paniquait. Est-ce que c’était la fin ? Il lui était impossible de bouger, de voir. Chacun de ses membres était brulé. Il lui fallait toute sa volonté pour rester conscient. Ses vêtements avaient aussi brulés à même le corps. Un long moment avec des voix qui tentaient de cacher leur panique. Une voix proche de lui disait que tout allait bien se passer, qu’ils allaient le soigner.

Il sentait qu’il était transporté. Il arrivait à vaguement entendre les voix qui parlaient de sujet qu’il n’arrivait pas à comprendre.

Puis le noir.

 

Il était ailleurs. Il avait perdu connaissance. Il était sur un support un peu mou… Etait-il à l’hôpital ? Il entendait des cris et des pleurs… ses parents. Ils devaient être horrifiés par ce qui se passait. Il entendit la voix d’un médecin qui lui parlait.

— Monsieur, votre corps est gravement brûlé. Certains de vos organes internes ont surement été gravement endommagés par l’explosion. Votre colonne vertébrale est sectionnée. Nous pouvons faire quelque chose pour vous sauver, mais il nous faut votre accord. La société Stahl Corporation vous demande si vous acceptez un traitement expérimental, qui consisterait à tenter une robotisation complète. Votre esprit serait numérisé dans un cerveau à cristaux reconfigurables, et serait intégré à un corps androïdique.

 

Le jeune homme avait toujours été contre cela. Ses parents et lui-même avaient toujours été des proches de l’Homo Novus. Ils étaient contre toutes les formes d’implant cybernétique, estimant que c’était une manière de fuir sa réalité et de dénaturer l’humain. Et ce qu’on lui demandait était encore plus qu’une mécanisation complète, qui gardait un cerveau biologique, et la colonne vertébrale – c’était sans doute l’absence de cette dernière qui la rendait impossible.

Cependant, il avait mal comme jamais, et était au bord de la mort. Il avait peur.

 

— Tou-tout ce que vous voudrez, bredouilla-t-il avec difficulté.

 

Il commença à être mis sous anesthésie, entendant alors qu’il s’enfonçait dans le néant les cris horrifiés et furieux de ses parents.


Ovide se réveilla. Il ouvrit les yeux. Il voyait. Il regardait autour de lui. Il tenta de descendre du lit, mais tomba, ayant mal anticipé son saut. En se relevant, il comprit rapidement pourquoi : il était plus petit qu’avant. Il n’était pas d’une taille minuscule – une dizaine de centimètre de moins – mais fait de voir le monde de plus bas était suffisant pour le déséquilibrer.

Ses premiers pas furent difficiles : il allait lui falloir un peu de temps pour s’adapter au corps. Il était partagé entre une forme d’allégresse d’être sauvé et une honte de s’être dénaturé pour sa survie. Il se dirigea vers le miroir, pour voir son corps robotique. Cependant, il était rassuré comme jamais : il se sentait toujours être lui-même, et ressentait vraiment des émotions et des sentiments.

 

La première chose qu’il remarqua était que le corps était un corps de très haute qualité. Il était incapable de dire la différence entre ce corps et un « vrai corps ». Il n’en avait encore jamais vu des comme ça. Le corps était androgyne, et avait des traits peu marqué. Les cheveux étaient plutôt longs. Il portait une grande tunique blanche, le strict minimum. Le corps était également asexué. C’était le corps générique des androïde utilitaire devant avoir l’air le plus humain possible.

 

— Désolé, fit une voix derrière lui. Nous n’avions pas prévu que nous aurions à faire une opération si tôt, et nous n’avions donc qu’un corps très « générique » de base, afin de pouvoir convenir dans la plupart des cas de personnes, et nous n’avons placé dessus que le strict minimum pour vivre : vous pourrez le modifier à votre convenance plus tard en commandant ce qu’ils vous faut – cela ne nous regarde pas du coup on vous laisse le choix – et nous voulions vous réveillez le plus tôt possible, afin de permettre votre adaptation.

 

Ovide sursauta – donc un corps robotique était toujours capable de sursauter – et se retourna, voyant un homme seul qui tenait un carnet.

 

— Je me présente, continua-t-il. Joseph Cromwell, directeur de recherche en robotique et cyberisation du groupe Stahl. J’ai supervisé votre numérisation dans le cerveau cristallin, et lorsqu’on m’a dit que vous alliez vous réveillé, j’ai préféré être là. Je m’excuse de ne pas avoir montré ma présence plus tôt.

 

Ovide hocha la tête, murmura que ce n’était pas grave. Il tenta d’assimiler tout ce qu’on venait de lui dire. Tout ceci n’était pas vraiment ce qui l’embarrassait le plus. Il avait bien compris qu’une grande partie de son nouveau corps était modifiable, et une autre question le taraudait quand a son apparence, bien plus importante que des questions « d’accessoires » ou de cheveux :

— C’est possible de récupérer mon visage ? Autant être plus petit, ça me dérange pas trop, autant j’aimerais bien pouvoir me reconnaître moi dans la glace, quoi…

— C’est tout à fait possible, mais pas encore prêt. Nous devons encore attendre la fin de l’analyse 3D de vos photos afin de vous fournir votre visage, ça malheureusement on ne peut pas en prévoir d’avance.

 

Le jeune nouvel androïde comprenait. L’idée de rester un temps sans son visage le gênait, mais il comprenait.

 

— Et pour mes parents ?

— Ils sont deux pièce à côté, dans la salle d’attente, à discuter avec votre médecin, mais à votre place j’attendrais pour-

 

Ovide n’avait pas entendu. Il sortit dans le couloir et se dirigea vers la salle d’accueil pour aller rassurer ses parents, leurs dire qu’il allait bien. Il espérait qu’ils comprendraient son acte de peur, et qu’ils ne le verraient pas trop comme un lâche après ce qu’il avait fait. Cependant, en entendant les éclats de voix de ses parents derrière la porte fermée, il n’osa pas aller au bout, et écouta à la porte

 

— Nous avons dit que nous ne voulons que le corps pour pouvoir l’enterrer ! Vous avez tué notre fils, ne croyez pas que nous voulons voir votre pantin !

 

Ovide se prépara à passer la porte, pour aller les rassurer, pour leur dire que tout allait bien, et qu’il était bien lui, et qu’il ressentait les choses.

 

— Je vous dis qu’il va très bien, le transfert s’est fait parfai-

— Nous avons déjà dit que votre transfert, nous n’y croyons pas. Vous avez charcuté le cerveau de notre fils, encore vivant, pour tenter de copier ce qu’il pensait, le rendant en mort cérébrale. Vous avez ensuite laissé mourir son corps, profitant de sa douleur et de sa peur pour avoir l’occasion de vous faire de la pub. Vous voulez jeter son corps comme un vulgaire déchet.

— Je vous dis que tous les tests montrent que-

— Stop avec vos « tests » ! éructa son père. Nous savons bien ce qu’il en retourne. Votre robot sans âme n’est pas notre fils. Notre fils, vous auriez pu faire pleins de chose pour le sauver, même si sa vie n’aurait pas été parfaite, et même si son corps n’aurait été plus pur. Mais vous avez choisi de le tuer, et de le copier pour créer un pantin sans esprit, qui ne fait qu’imiter l’apparence d’un esprit humain.

 

Ovide se retourna, et marcha vers sa chambre. Il découvrait sur le chemin qu’il était capable d’avoir des larmes. Il comprenait exactement ce qu’ils pensaient. Il avait pensé la même chose. Chez l’Homo Novus, ils pensaient qu’une simulation réussie ne constituait pas le fait de « ressentir ». Qu’un robot ne pouvait avoir de vrai ressenti, de véritable « qualia ». Qu’ils ne faisaient qu’émuler des sensations en les stockant, imitant les comportements de manière à donner l’impression qu’elles sont présentes, également à lui-même. Qu’il n’avait pas peur, pas de plaisir, pas d’amour : il ne faisait que croire au monde et à lui-même qu’il en avait.

Que derrière, on était proche du zombie philosophique, un programme sans esprit qui imite l’apparence d’un esprit humain.

 

Sur le chemin, il croisa Mr. Cromwell

 

— Vous pouvez annuler la production de mon visage, lui dit-il avec amertume. Je crois que je n’en aurais plus besoin.

 

Il ne laissa pas le temps à Cromwell de répondre, et retourna dans son lit. Tout ce qu’il voulait, c’était qu’on le laisse tranquille. Qu’on lui laisse le temps d’avaler ce qui venait de se passer, ce qu’il venait d’entendre. Il n’avait pas envie d’interagir avec qui que ce soit. Après tout, qui pouvait gagner à discuter avec un être sans esprit ?

Il avait besoin de temps.


Les années avaient passé. Aujourd’hui, Ovide était devenu une légende. Suite au scandale provoqué par ses parents, sont expérience n’avait à sa connaissance jamais été reproduite. Il s’était habitué aux insultes de l’Homo-Novus à son encontre. « Zombie », « Altéré ».

Pour beaucoup, il était un monstre.

Au début, Ovide avait tenté de montrer ses émotions, de montrer qu’il avait vraiment la capacité de ressentir. Il avait raconté des blagues, avait ri, pleuré, aimé, haït.

Comment prouver ce qui était invisible, ce qu’on ressentait au fond de nous, ce qui par définition était caché à autrui ? Que son programme n’était pas une version numérique du Malin Génie, avec pour unique objectif de tromper les pauvres hères qui seraient trop naïf pour croire à cette fable que serait son âme ? Le doute carthésien devenait alors une arme pour refuser l’humanité d’autrui. Et ils avaient réussi. Leur cible doutait parfois doutait que ses sentiments et ses émotions étaient réels, et pensait être dépourvu d’esprit, uniquement habité par le fantasme artificiel d’être réellement humain de processeurs.

Et ça, c’était quand ce n’étaient pas les théories conspirationnistes, prophétisant que « Sans-Âme » serait à l’origine de la tant crainte « révolte des machines ».

 

Ovide se laissa tomber sur le canapé de son appartement. En bazar comme toujours, il ne prenait plus vraiment le temps de ranger. Il avait encore été insulté aujourd’hui, et n’avait pas trop l’humeur à quoi que ce soit. Les mots résonnaient encore dans sa tête.

— Sale machine, à cause de toi Ovide est morts. Ne crois pas que tu as le droit de le remplacer. C’était un garçon si gentil et serviable, il ne méritait pas que ses derniers instants soit de se faire charcuter le cerveau pour rendre célèbre un connard de milliardaire pour un robot qui ne pense pas.

— Et si je pense pas, connard, est-ce que vous savez que cela ne sert à rien de m’insulter, avait-il songé.

Mais le danger était trop fort pour se permettre de faire des taunts. Ovide avait réussi à fuir les hommes qui l’attaquait, mais pas la violence de leurs mots.

Il repensait à tout son vécu. Les différents corps que Judith, sa meilleure amie lui avait fait essayer, après son refus de retourner chez ses parents. Son appréciation croissante des différentes possibilités que lui apportait cet aspect-là. Le fait de pouvoir changer de corps suivant ses besoins et de ses ressentis. Ses différentes connexions à des corps tout sauf humains, des machines.


Cependant, aujourd’hui, quelque chose se produisit. Il entendit sonner à sa porte. Méfiant, il s’approcha de la porte. Était-ce une des personnes qui l’avait suivi ? Il fut surpris de voir que non. C’était une jeune femme qu’il ne connaissait pas.

 

— Mon-monsieur Ovide ? hésita-t-elle. Je me nomme Élysa. J’aurais besoin de vos conseils… Vous êtes le seul à pouvoir aider mon ami ici-présent, c’est très important.

— C’est bien moi, répondit simplement Ovide, peu habitué à ce genre de politesse. Qu’est-ce que je peux faire pour v…

Il s’arrêta. Il comprit.

 

Derrière la jeune femme se tenait un petit robot, en forme de chat anthropomorphique noir, ne faisait pas plus d’un mètre vingt. Cependant… quelque chose n’était pas habituel dans ses expressions. Il se cachait, regardait avec une anxiété visible l’androïde, accroché à la jeune femme. Il tentait de ne pas montrer son visage, comme s’il en avait honte. Des émotions qui n’étaient que rarement reproduit chez les robots. Dans un corps totalement inadapté à avoir une base humaine.

Ovide resta bouche-bée. Cet être était un robot visiblement entièrement technologique. Mais avait des émotions complètes.

 

Après des années, Ovide n’était plus seul.

Sans âme

Rose se souviendrait toute sa vie de son arrivée dans les Anneaux d’Érèbe.

 

Elle avait huit ans, et était à moitié assoupie dans la navette Char d’Hermès qui l’amenait jusqu’aux Anneaux, bercée par le doux vrombissement des moteurs du véhicule spatiale. Avec juste entre ses bras le dernier souvenir qu’il lui restait de chez elle, sa fidèle peluche d’un animal dont elle ne connaissait pas le nom, elle avait du mal à totalement s’endormir. C’était comme un cauchemar qui se terminait.

Elle avait du mal à croire qu’elle allait enfin quitter la guerre entre sa planète et celle voisine. Qu’elle allait avoir dans les Anneaux enfin l’abondance et une vie paisible.

 

Le visage collé au hublot, elle commençait à voir se former les Anneaux. De gigantesques stations spatiales en forme de beignet, flottant majestueusement dans l’immensité du vide. La lumière en éclairait totalement un côté, révélant des structures tournantes complexes imbriquées ensemble pour former l’anneau. Dans les parties obscures, seules les lumières extérieures de la colonie se voyaient, formant des points mouvant lentement, comme avec solennité. Cet endroit était celui de la paix. Cet endroit était celui où elle pourrait vivre autrement.

Elle sera fort Guide, sa peluche, tandis que la fatigue finissait par avoir raison de sa volonté à rester éveillée pour voir toujours plus des anneaux.

 

C’était le début d’une nouvelle vie.

 

Après quelques dizaines de minutes, Rose fut réveillée par l’annonce qu’ils allaient descendre. Elle attrapa par habitude la main de son voisin et meilleurs ami, un autre des orphelins de sa planète qui avaient été recueillis pour aller vivre dans les Anneaux. Celui-ci sursauta, visiblement aussi a moitié endormi. Les enfants furent amenés jusqu’à la porte de sortie par les adultes. Tout le monde restait silencieux, assez impressionné – et un peu intimidé – par leur arrivée. Mais Rose remarqua rapidement ce qui intimidait tout le monde. Une être proche des humains, de grande taille, avec un teint gris mat, des oreilles un peu pointues et un air presque elfique.

Une phosphorienne.

 

Ce nom avait été donné à une espèce qui était en train de naître chez les humains, au contact de certains phénomènes.

Rose connaissait les histoires qui narraient qu’ils avaient obtenue depuis quelques siècles le pouvoir de voyager à travers le temps et les mondes. Elle-même se sentait un peu intimidé, n’en ayant jamais vu hors des histoires et de quelques fois où elle avait pu avoir accès au réseau numérique interplanétaire.

 

— Bonjour, les enfants. Je suis Lyra, et je suis contente de vous accueillir dans les Anneaux d’Erebes. J’espère que vous serez heureux dans ces nouveaux foyers. Nous espérons de tout cœur que si nous ne pourrons vous faire oublié les horreurs de la guerre que vous avez connu, nous pourrons panser les blessures qu’elles ont laissé en vous.

 

Elle regardait la phosophorienne, qui lui tendit un bonbon, à elle comme a son ami, alors qu’elle passait, et commençait à entrer dans de long couloir blanc et neutre qui allait l’amener jusqu’à l’intérieur de l’anneau. Pour les enfants, ce trajet était interminable. Ils avaient hâte de voir leur nouveau chez-eux, et avait envie de courir après les heures a être resté assis. Certains mangeait leur friandise en silence, d’autres commençait à s’agiter un peu.

Cela fut après ce qui leur sembla être une éternité qu’ils arrivèrent à l’intérieur des Anneaux, et firent face à un spectacle tel qu’ils n’avaient jamais vu : un monde sans ciel et nuage, tout ce qu’ils voyaient en regardant en l’air était un paysage lointain vu de haut, comme s’ils regardaient depuis un hublot d’avion ou de nevette. Ils pouvaient voir une forêt vu de haut, et pleins d’habitations. C’était comme si la terre se refermait dans le ciel. Tout l’intérieur de l’anneau était un cylindre dans lequel on pouvait voir un paysage qui remontait jusqu’à haut dans le « ciel ». Ils étaient trop jeunes pour comprendre que c’était la rotation des anneaux qui formaient la gravité artificielle de chacun de ces cylindres qui le composait.

Rose regardait avec attention ce nouveau ciel qui serait le sien.

 

Elle se souviendrait toute sa vie de son arrivée dans les Anneaux d’Érèbe.

 

Les années passèrent et Rose avait grandit dans les Anneaux. Elle était entrée dans l’armée de l’Alliance Humaine afin d’aider l’Alliance à protéger tous les habitants. Cependant, comme toujours, petit à petit la perfection qu’elle voyait durant son enfance s’était estompée. Elle voyait que les phosphoriens n’étaient pas les elfes magiques qu’elle voyait en eu quand elle était petite et que leur jugement des humains « non évolués » était parfois plein de mépris et de dégouts. Que l’Alliance Humaine était également un groupement politique complexe, avec son lot de corruption, jugement hâtif, haines refoulées et guerres ouvertes. Elle avait avec le temps également appris les circonstances de la guerre qui avait opposé son peuple avec une petite planète Centaurienne. Une histoire de rivalité financière qui avaient dégénérés en une guerre totale. Et que les phosophoriens et l’alliance n’avait pas sauvé par bonté de coeur, mais par envie d’avoir un front pour être assez puissant face aux autres espèces de l’univers, et des autres univers qui commençait à être connu. Tout ceci donnait un goût presque amer à ses souvenirs merveilleux. Rose ne pourrait-elle jamais retrouver la magie de son enfance dans le monde ? Le fait d’avoir l’impression que des gens n’étaient là que pour la sauver de son malheur. Cela semblait impossible.

Sauf un jour.

 

Devenue âgée et éloignée de tout cela, elle attendait dans un véhicule spatial. Le vrombissement des moteurs faisaient du bien à son dos, et elle était heureuse. Oh, la magie de ce trajet n’était plus pour elle, combien de fois avait-elle fait ce genre de voyage ! Non, il était pour les personnes à côté d’elle. Un jeune zoomorphe tigre, d’à peine dix ans. Il portait un petit tee-shirt avec un gros poney à l’air un peu stupide dessus – le premier qu’il avait voulu après avoir pu retirer sa tenue stérile blanche des Centres. Et une jeune petite zoomorphe chauve-souris, qui portait fièrement ses couettes et sa jupe – tenues qu’on lui refusait dans les Centres d’Entrainement, sous prétexte des caractéristiques qu’on lui avait attribué à la naissance – tout en cherchant s’il ne restait pas quelques bonbons dans le sac qu’elle avait rapidement englouti. Les deux enfants regardaient d’un air émerveillé les Anneaux d’Érèbe, toujours aussi majestueux malgré les années, loin des considérations politiques et des découvertes sombres.

Et Rose était heureuse. Ces enfants n’auraient jamais à apprendre un jour que leur arrivée ici n’était que le fruit de volonté politiques et économique de renforcement d’un empire. Ils auraient le droit de garder la magie de cet instant.

Les anneaux d'Érèbes

Le ciel était orangé comme son habitude dans les cieux de Manco Capac, et l’étoile Cuzco était visible dans le ciel, un immense disque rouge. L’air était comme toujours frais sur la planète. Même en étant la plus proche des planètes de la zone habitable de l’étoile, Manco Capac était la plus fraîche.

Mais l’air frais était aussi ce qui faisait son charme. Ainsi que ses grands espaces à explorer, à découvrir, à habiter. Cette planète, à l’origine vierge de vie, était un nouveau terrain d’aventure, d’exploration.

 

Et cette fois, se disait Tiso, ce ne serait pas aux dépens d’autres peuples. L’envie d’aventure ne se ferait pas sur une montagne de corps et d’âmes brisées par la haine ou la négligeance des puissants. Ils ne seraient pas des colons de terres habitées, ils ne seraient pas les destructeurs de peuples, civilisations, espèces.

Aucune des planètes de Cuzco n’était habité ni même totalement habitable, à l’origine, et le système solaire avait été choisi spécifiquement pour cela. Pour pouvoir créer un nouveau lieu à partir de rien. Pour donner une nouvelle chance.

Cependant, à une année lumière se trouvait une étoile autour de laquelle il y avait des traces de vie. De futurs voisins.

 

Tiso vivait dans un village fermier dans les plaines qui entouraient la capitale Quri Kancha, sur le continent de Vilcabamba, plus grand des deux continents de la planète. Avec ses compagnons, il avait participer à construire le village, avec l’aide des nombreuses machines servant à aider à cette lourde tâche. Ils étaient la première génération arrivée sur la planète, il y a de cela six ans, quand la planète avait été déclaré “habitable”.

Le jeune homme se souvenait encore du jour de l’atterissage, après quelques siècles d’orbite durant la terraformation.

Ça avait été une grande fête improvisée sur le train d’atterissage, et qui avait durée plusieurs jours. À la fin de la fête, un discours des différents chefs religieux, politiques et culturels présent dans le voyage avait annoncé ce qui était le nouvel espoir du projet Dandelion : Ils étaient sur une nouvelle terre, qu’ils allaient devoir construire ensemble.

Ils avaient le droit à un nouveau départ, à une nouvelle possibilité de faire les choses d’une nouvelle manière.

 

Même si tout n’était pas parfait, ce projet de construire ensemble une planète, une civilisation, était ce qui faisait avancer les habitants du vaisseau Manco Capac.

Le vaisseau avait été lancé alors que dans la Confédération Solaire, la guerre faisait rage et les humains s’entredéchirait. Ici, des gens de toutes origines avaient décidé de fuir ce conflit, où comme toujours les plus fragiles étaient les premières victimes. Les ancêtres des habitants avaient connu et consigné les horeurs de la guerre, de l’oppression et de la haine.

Les nouveaux habitants n’étaient pas bien nombreux : à peine quelques millions, sans compter les enfants, qu’ils soient ou non en stases dans le vaisseau, en sommeil avant de pouvoir être reveillé et vivre leur nouvelle vie.

Était-ce assez ? Ils étaient sûrs que oui.

 

La petite planète avait été relativement rapide à terraformer - quelques siècles à peines - et était l’une des premières communautés extra-terrestres qui avaient été formées grâce au projet Dandelion.

Des tas de réactions chimiques, physiques complexes, qui avaient pour but de rendre vivable la planète glacée et stérile qu’était Manco Capac. Ce n’était pas toujours facile : la planète avait une terre grandement stérile toujours, et cela demandé beaucoup de travail de créer des endroits fertiles pour créer les forêts, terres agricoles où les parcs naturels.

Depuis, l’espace s’étendait. Ils construisaient de nouveaux villages autour de la ville, et déjà des bateaux étaient lancés pour découvrir les nouveaux continents, et commencer à y vivre. Les animaux s’acclimataient généralement bien, dans les espaces créés pour eux. Petit à petit, ce nouveau monde se construisait. Il n’était pas comme l’ancien :

De nouvelles expérimentations de sociétés s’y faisaient, des cultures pouvaient y prospérer plus facilement que sur Terre, et les premiers éléments d’une culture commune continuaient à se former.

 

Depuis Manco Capac, les scientifiques commençaient à réfléchir à comment ils allaient observer, voir entrer en communication avec les formes de vie sur les planètes du soleil voisin.

Ils ne voulaient pas répéter les horreurs du passé – surtout quand bien des habitants de la planète étaient descendants de victimes de la colonisation.

Ils ne voulaient pas non plus être les « méchants aliens envahisseurs » des films de science-fiction.

 

Il y avait parfois des conflits.

Certains se demandaient comment les choses se passaient, sur la lointaine terre-mère.

Les récoltes n’étaient pas toujours faciles, et il fallait apprivoiser cette nouvelle terre : Quelle plante pouvaient pousser dans ces terres peu fertiles, comment allait être le climat ? Parfois, des pluies catastrophiques détruisaient tout. Ils découvraient à leur dépend que certaines zones étaient sismique.

Cependant, ils reconstruisaient. Ils avançaient et tentaient d’améliorer les choses.

 

Parce qu’ils avaient un but. Parce qu’ils avaient un avenir.

 

Et à travers l’espace, se disait Tiso, des centaines de petites graines d’humanités avaient été plantés.

Chacune permettant à des cultures différentes de revivre, chacune permettant à de nouveaux modèles de se former. La diversité de l’espèce humaine se diffusait à travers le cosmos. Des planètes inhabitées se retrouvaient habités. Des premières rencontres se faisaient quand une planète non-habitée était voisine d’une autre habitée – il fallait espérer désormais qu’elles se passent bien, et que les fautes du passé ne soient pas répétées.

On était dans le début d’une nouvelle ère. Comme tout changement de cette envergure, il était à la fois effrayant et excitant. Tout était possible. Les meilleurs futurs comme les pires dystopies.

Cependant, les habitants de Manco Capac avaient décidé de sourire. Parce qu’ils espéraient un futur meilleur.

 

On avait soufflé sur le pissenlit, et ses graines s’en allaient se disperser à travers l’espace.

Sourire

La philosophie, les grandes doctrines ne sont-elles pas parfois que le résultat d’une bonne communication, dirigée à des fins économiques ? C’est ce qu’on pourrait se demander parfois. Combien de grandes avancées sont dues à des changements économiques plus qu’aux grandes idées ?

Sur cet aspect-là, certains diront sans doute, un peu cyniquement, que c’est le résultat qui compte. Que c’était au final bien pratique si l’ensemble des volontés égoïstes, des ambitions personnelles pouvaient faire avancer la société vers un mieux, poussée vers le progrès par une main invisible. Mais un jour, nous avons accepté de ne pas seulement aller à l’encontre du progrès pour des raisons économiques : Nous avons accepté de faire une terrible infamie, dans l’espoir de rendre l’économie plus « prospère ».

Nous avons rendu produit ce qui n’aurait jamais du l’être. L’éthique a été mise sous le tapis de la relance économique.

Nous avons trouver une nouvelle excuse pour déshumaniser et asservir.

 

Dans Sélénite, capitale de la Confédération Solaire, ce début d’année 2233 avait été très chargé. Richard Neyes, président pour encore deux ans, avait reçu de nombreuses visites. Cela ne faisait que 32 ans que la Confédération existait, et commençait à tenter d’organiser le système solaire. Cependant, les soucis ne manquait pas. Toujours des restes de nostalgie de l’époque ou tout l’espace n’était que des colonies terriennes, la construction de biosphères artificielles illégalement sur Mercure et Cérès - qui n’étaient pas encore organisé en territoire, des soucis avec les Versatiles - la nouvelle génération d’androides composé de nano-robots - et une crise économique majeure lié à l’augmentation des prix de la robotiques.

Heureusement, cette journée, ce n’était qu’un rendez-vous avec Juan Mobes, directeur de la société SymbioSys, une société travaillant sur le transhumanisme et sur l’ingénierie biologique. Ils avaient notamment réalisé une puce cérébrale intelligente aux fonctionnalités allant du simple gommage de musique-récurrente-agaçante-dans-la-tête à la recherche internet instantanée, la capacité de stimuler les sens, très utilisés que ce soit pour des jeux vidéo encore plus réaliste, pour l’apprentissage néo-sensoriel ou des utilisations plus porté vers l’érotisme ou la pornographie. Si le dernier n’était jamais indiqué dans les publicités, c’était un des marchés les plus porteurs. Ils avaient aussi réalisé des traitements contre des maladies graves, des anti-vieillissement très efficaces et des petits animaux de compagnies conçu pour contenir ce qu’il y avait de plus mignon dans au moins dix espèces d’animaux. Ainsi que beaucoup de critiques pour faire passer leur marché avant les considérations éthiques, la tentative de masquer derrière diverses stratégie de management les soucis d’exploitations qui y existe, ainsi que leur lobbying au niveau du président.

Le président était malgré les fortes critiques assez content de le voir. L’entreprise avait créé de nombreuses invention qui avait eu un fort succès dans une grande partie de la confédération, et l’entreprise était bien vue pour son fort engagement il y a longtemps lors des guerres d’indépendance. Pour lui, cette entrevue allait être sans doute soit l’avant première d’une “grande découverte” de SymbioSys à laquelle il ne comprendrait rien, soit une invention totalement gadget qu’ils aimeraient bien voir être utilisée en public. Neyes avait eu quelque scrupules a être utilisé comme ça en homme-sandwich, mais c’était normal pour le président d’aider l’entreprise qui avait aidé à la victoire. Ils étaient des héros.

Le whisky était déjà choisi – une bonne marque – et le président attendait dans son bureau. Au bout de quelques minutes, et exactement à l’heure prévue, il entendit frapper à la porte. Mobes se tenait devant la porte, accompagné d’une personne, visiblement de petite taille, entièrement emmitouflée dans un manteau. Ses gardes firent les gros yeux au PDG de NewSymbiosys : Laisser entrer quelqu’un qui se couvrait comme ça ? Pas question. Cependant, Neyes leur fit signe de les laisser entrer. Il activa juste – au cas où et pour rassurer ses gardes – son champ de force personnel. En cas d’attaque, il ne pourrait pas être atteint.

 

Juan Mobes fit un signe de la main, et dit à l’être qui l’accompagnait de s’asseoir, avant de faire de même. Le président remarqua qu’il lui parlait avec un ton paternel mais autoritaire… Il lui demanda le motif de sa visite, tout en lui servant un verre de Wisky. Un bon verre, puisque cette marque spéciale contenait de l’alcool à seuil, qui autorisait à être un peu pompette mais qui n’allait jamais trop loin, ce qui permettait de mieux profiter du breuvage.

— Ah, monsieur le président, je viens apporter une réponse à la crise des robot-travailleurs.

Cette « crise » était un problème. Depuis 65 ans, l’exploitation des planètes et planètes naines jusqu’à la ceinture d’astéroïdes, le début du puisage d’hydrogène dans Jupiter, et l’explosion de la production industrielle (qui était devenu exponentielle avec les besoins de croiseurs et de bases spatiales) avaient provoqué une demande en travailleurs mécanique, moins couteux que les humains. Cependant, les besoins étaient devenus tels que ces travailleurs étaient considérés comme trop coûteux, étant assez complexes à construire et contenant beaucoup de matériaux rares. De même, leur utilisation dans le contexte humain avait été extrêmement critiqué, par un besoin d’interlocuteur vivants. Ces deux éléments étaient ce qu’on appelait le crise des robots-travailleurs. Cependant, la situation était également bloquée sur le second aspect par le refus de recourir au salariat, trop coûteux.

— Quelle est cette réponse ? S’enquit le président.

Avant de répondre, le PDG retira d’un grand geste la cape de l’être qui l’accompagnait. En dessous, à la stupeur du président, se trouvait un chat anthropomorphique, ayant un corps en grande partie humanoïde, à l’exception d’une tête féline et d’un corps entièrement recouvert d’une fourrure tigrée. Il regardait le président d’un air docile, et ne dit qu’un petit « Bonjour monsieur », poli. Le président ne savait pas quoi dire

— Voici Answer, la solution à notre problème, annonça fièrement Mobes. Nous avons écouté tous les avis pour chercher la meilleur solution, et avons décidé de ne pas répondre au problème uniquement par la technologie. Il était évident que les robots commençaient à être une solution non convainquante. De même, il était impossible de revenir au trop couteux salariat, pour de simple ouvrier ce serait une catastrophe. Donc voici notre nouveau produit, les zoomorphes ! La marque est en cours de dépots. Il est capable de faire des calculs, et maîtrise les savoirs nécessaires à être un ouvrier semi-qualifié. Un exemple tout bête, il connaît ses tables : Answer, quelle est la racine carré de soixante-quatre ?

— Huit, répondit calmement le jeune zoomorphe.

Le président restait bouche bée. SymbioSys avait créé des chimères humaines sans qu’il le sache ?

— Les zoomorphes sont basé en grande partie sur du génome d’espèce animales. Nous n’avons utilisé aucun gène humains qui n’existent pas chez d’autres espèces, nous ne nous sommes inspirés que de nos gènes brevetés pour l’amélioration des capacités mentales, déjà utilisé dans notre espèce de chats qui parlent. Évidemment grâce à des gènes tirés de grands primates, l’intelligence d’un zoomorphe est plus grande que celles de ces petits animaux de compagnies. Ils sont capables de réalisés des tâches simples, et sont d’une extrême obéissance. Ils ne peuvent ni se révolter, ni agresser des humains, grâce à l’utilisation des technologies de notre filiale d’hypnose combiné à l’énonciation améliorée des lois robotiques d’Asimov faite par notre filiale spécialisé dans l’ingénierie philosophique. Et grâce à nos méthodes d’accélération de croissance, un zoomorphe met 1 an à être conçu, pour un prix moindre que le moins cher de nos robots, et ce même sans compter les trois-cent-quatre-vingt-neuf brevets qui majorent le prix d’un robot et l’abonnement nécessaire pour que nous entretenions le robot régulièrement. Et ce ne sont que les prototypes, nous visons des modèles commerciaux environs 2 fois moins chers.

 

Le président tapa du poing sur la table, furieux.

— Mon très cher monsieur Mobes, commença-t-il avec une voix froide. Je peux vous dire que c’est une honte, ce que vous montrez là. Vous avez fait de grandes choses par le passé, mais vous rendez-vous compte de ce que vous faites ? Vous tentez de tricher avec la constitution de notre pays, et avec les droits de l’homme !

Le PDG déposa son verre de whisky sur la table et s’enfonça confortablement dans son fauteuil. Il était beaucoup moins souriant. Légèrement nerveux, même. C’était étrange, il semblait ne s’être pas attendu à cette réaction. Du moins, pas aussi rapidement ni directe.

— Je vois que nous allons avoir un problème, monsieur le Président. Et que vous comprenez mal la situation. Ce n’est pas un homme, que vous voyez là, mais un zoomorphe. Je ne fais que créer une nouvelle sorte d’animal, qui sera plus pratique pour l’homme pour faire toutes les taches ingrates qu’il ne peut lui-même faire et qu’il ne peut déléguer aux robots. Voyez ça comme les bœufs utilisés jadis dans les champs.

— Vous savez parfaitement que non, rétorqua brutalement le président. Ce que vous faite, ce sont plutôt des êtres humains qui aurait des apparences bestiales, pour pouvoir en faire des esclaves. Vous vous êtes dit que la seule chose qui pourrait convenir pour remplacer les machines, ce serait l’homme, ironiquement, et vous avez donc décidé d’en créer artificiellement avec une autre apparence, pour que ça passe.

Le PDG reprit son verre de whisky, et le porta à ses lèvres. Il y eut un petit temps de silence. Answer restait calme, bien qu’un peu gêné, comme si le fait que son maître se fasse critiquer lui était difficile à accepter.

— Monsieur le président, soyez raisonnable, essaya de calmer Mobes. Leur intelligence n’est au niveau que d’animaux comme le dauphin ou les grands singes, et la parole était déjà présente chez d’autres créatures. L’apparence bipède de nos créatures est due qu’à des besoins pratiques, et se base sur celles des grands singes. D’ailleurs, les pieds d’Answer sont munis de pouces préhensiles. Ce seront que des animaux. Vous n’avez pas vu d’inconvénient pour mes animaux de compagnies antiallergique, non ? Ni pour mes animaux à viande amélioré. Il n’y a ici pas vraiment de différence : il ne s’agit que d’un animal, adapté aux besoin que nous lui donnons.

— Il y a une différence. Vous précédentes créations n’étaient que de simples manipulation génétique, qui avait été testée avant, affirma le président. La, ce que vous avez créé est une nouvelle créature intelligente et consciente, que vous voulez qu’on puisse exploiter. C’est inacceptable.

— Exploitation, exploitation… répéta le directeur d’un air fatigué. Vous me semblez trop fixé sur cette idée. Nous ne retournons pas à l’esclavage. Quand vous vous rendez dans une ferme, parlez-vous d’esclavage des animaux ? D’ailleurs, vous pourriez aussi bien parler de sacrifice, de condamnation à mort ou de cannibalisme à propos des abattoirs ! Mes zoomorphes seront sûrement bien mieux traité que cela, vous savez. Je suppose qu’il faudra bien évidemment interdire leur viande d’être consommée. Question d’éthique !

— La question justement est là, répliqua le président. Vous dites toujours « animaux » pour indiquer qu’ils seraient radicalement contraires à nous et aux aspirations qu’on peut avoir… mais qu’est-ce qui différencie véritablement vos zoomorphes de nous ? C’est le même scénario qui se répète constamment. Face à d’autres êtres, on décrète qu’une différence est suffisante pour les voir comme étant “moindre”. L’horreur de l’esclavage de jadis n’était pas que de faire travailler des humains sans les payer. Ces humains étaient déshumanisé à cause de leur origine éthnique. On a fait de même pour des raisons de religions, sexe, genre, orientation sexuelles. On a toujours chercher des excuses pour justifier un système injuste. Et même aujourd’hui, les ombres de tout cela continue à planer et alimenter mépris et haine.

Le président fit quelques pas en avant, se rapprochant de Mobes.

– Ici et aujourd’hui se trouve devant moi un être qui pense et qui a conscience de lui-même. Il est donc pour moi tout aussi digne d’être humain que vous et moi, d’avoir exactement les mêmes droits. Vous n’avez fait qu’inventer une nouvelle de ses excuses, inventer de toute pièce des êtres fait pour être attaqués, pour tenter de faire croire que c’est bon, vous aviez abandonné les précédentes.

L’entrepreneur eut un rictus.

— Qu’est-ce qui les différencie de nous ? La génétique, répondit simplement. Ils sont plus éloignés de nous que le sont les grands singes. Hors, je ne crois pas que vous ayez donné à Cheeta la citoyenneté solaire, si ? Si vous accepter l’idée que mes zoomorphes sont « humains », ou « digne d’être considéré comme humain », si c’est par l’intelligence, j’attends vos excuses officielles pour le génocide des chimpanzés, conduits à la porte de l’extinction. Si c’est pour leur intelligence, leur « conscience », j’attends que vous accordiez la citoyenneté aux derniers grands singes, aux dauphins, à certaines espèces de perroquets – notamment nos Gris de la Lune améliorés – à une certaine espèce de poulpe et aussi à toutes les intelligences artificielles utilisant le moteur ALI depuis les versions 4.x, notamment les Versatiles.

Le président était furieux. Il savait que les dires de Mobes pourraient parfaitement convaincre au moins une partie du parlement solaire, et peut-être même au moins une petite partie de la population interplanétaire. Oh, il y aurait des refus, des critiques, mais beaucoup étaient fixé sur les dégâts de la crises des robots-travailleurs, surtout dans le domaine des services. Il était vrai que sur ce point de vue, les zoomorphes apporteraient une solution, d’autant plus que les biotechnologies de Mobes semblaient vraiment avoir permit de rendre la production de ces zoomorphes peu coûteuses. Mais à quel prix ? Allait-il devoir fermer les yeux sur cette horreur à cause de la crise économique ? Devait-il accepter l’esclavage pour la reprise ?

Juan Mobes semblait à nouveau sourire, mais cette fois de l’absence de réponse de son adversaire. Il leva son verre, comme pour célébrer sa victoire à la joute verbale. Le président devinait que par la, Mobes voulait estimer que le débat était terminé. Et ça, il n’en était pas question.

— Je rajouterais que les expérimentations comme cela demande une autorisation officielle du président, rappela Neyes. Sans cela, la création de chimère est un acte illégal, passible d’une condamnation grave pour votre société.

Le président n’avait pas envie de jouer à ce jeu-là, mais il n’avait pas le choix. Il regardait le zoomorphe devant lui. Il en était à son troisième mandat de sept ans, entamé de 5 ans, soit 19 ans de présidence. Il avait vu des tas de projets d’animaux, mais jamais rien de semblable. Mais le PDG sortit de son manteau un papier. Une autorisation d’expérience pour un projet nommé « zoomorphisme », visant officiellement à « expérimenter sur l’intelligence animale de sorte à les permettre de réaliser des résolutions de problèmes lié aux travaux ». Signée il y a de cela 25 ans par son prédécesseur. Le président fut surpris. Cela datait des premiers signes avant-coureur de la crise des robots-travailleurs.

— C’est un très vieux projet, que nous avons préparé depuis des années, répondit Mobes, l’air cette fois un peu amusé. Nous avons très vite compris en fait ce dont nous avions besoin.

Il y eut un temps. Le président regardait, furieux, le PDG, qui soutenait son regard avec un air mélangeant une sorte de compassion paternelle, presque rabaissant et du regret. Comme une sorte de « c’est dommage d’en arriver là ». Le jeune zoomorphe lui semblait moins calme, s’agitant nerveusement, mais ne disant rien, toujours autant en retrait. Bien dans le rôle que lui donnait SymbioSys.

— Nous ne faisons pas que ça pour nos revenus, Richard. Nous faisons cela parce que c’est la meilleure chose possible pour l’humanité. Cette crise doit être résolu. Et nous savons que vos collègues du parlement seront bien plus réceptifs à notre message… Je vais prendre congé de vous.

Juan Mobes se leva, et sorti de la salle, accompagné du jeune zoomorphe, sans que le président puisse faire quoi que ce soit. Même s’il y avait beaucoup d’agressivité dans le regard d’Answer, le président fut certain d’apercevoir une lueur de peur, et d’espoir. Se rendait-il compte de ce qu’il risquait de lui arriver, lui et ceux comme lui ? Où alors avait-il peur de ne finir par être qu’une invention non autorisée, qui serait alors piquée ? Le président ne savait plus quoi dire, plus quoi faire. Il devait commencer à faire campagne contre ce projet. C’était la dernière chose qu’il pouvait faire.

 

Quelques mois plus tard, l’annonce fut faite, les semaines, les mois de débats ensuite furent extrêmement violents. L’exploit technique fut célébré par certains. D’autres calculèrent les économies que ça ferait. Certains les remettaient en doute.

Et surtout, une grande opposition eut lieu… mais pas celle qu’espérait le président. De nombreux partis et personnes qualifiaient les zoomorphes de « monstre de Frankenstein conçu uniquement pour détruire encore plus les travailleurs ». Ce mot revenait souvent : « des monstres ». Pour eux, il ne fallait pas éviter de faire vivre à des êtres le sort de la déshumanisation : Il fallait les détruire, comme des créatures impies. Il y eut aussi ceux qui se méfiaient de ces créatures. Et s’ils étaient agressifs ? Et s’ils étaient dangereux ? Et les maladies ? Et les pulsions sexuelles ? Ils savaient qu’ils pouvaient se reproduire, même si une grande partie des mâles et femelles sur le marché seraient stérilisés ou castrés pour des raisons de sécurité et de comportement – notamment pour ceux dédié à servir dans des milieux avec des enfants – est-ce qu’il n’y avait pas alors quand même des risques ?

Mais au soulagement de Neyes, il y eut quand même des militants contre la création d’êtres « prêt-à-soumettre ». Notamment des groupes qui militèrent pour la libération immédiate et l’obtention des droits citoyen pour la nouvelle espèce.

Et finalement, le vote eut lieu, après des semaines de débat houleux. Les membres des principaux partis pour se sont mobilisé comme jamais pour voter. Cela leur permis de gagner face à l’opposition farouche, mais qui était divisée sur plusieurs fronts. D’autant plus que le principal parti opposé fini par être en grande partie minée par l’abstention, après une guerre interne lié au sujet.

Et cette nouvelle situation fini par devenir la norme, au bout de quelques mois. Avoir un ou une zoomorphe chez soi devenait presque un signe de richesse. Des serviteurs considérés comme « modernes » et « hype ». Les « modèles » basés sur les félidés et les canidés, ainsi que toutes les autres créatures considérées comme « mignonnes » eurent un grand succès, des serviteurs « dociles et adorable ». Notamment certains créés pour être jeune, pour les enfants et adolescent. Un mois après ce vote, le président Neyes décida de démissionner en protestation. Sans effet.

 

Un nouveau peuple avait été créé, une nouvelle excuse avait été trouvée.

Zoomorphes

« Laissez-moi partir ! » hurlais-je contre la porte désespérément close. « Je peux appeler la police ! J’ai mon téléphone ! Ça ne sert à rien, je ne peux rien vous rapporter ! »

 

Aucune réponse. Je donne un coup de pied dans la porte à cause de la colère. Toujours pas de réponse et maintenant j’ai mal. Je m’assois par terre, partagé entre la fureur et la terreur. Que se passe-t-il, qu’est ce que je peux bien foutre ici ?

J’essayai de rassembler mes souvenirs. Je m’étais endormi comme d’habitude, seul à mon appartement. Puis plus rien. Et puis, je m’étais réveillé dans cette salle étrange, au planché terne et abimé, et aux étagères pleines à craquer d’objets en tout genre et aux murs sales et délaissés. Cela ne m’aidait pas beaucoup à comprendre ce qui se passait. La salle sentait le moisi et l’abandon, et la poussière me faisait tousser. Personne n’y était sans doute entré depuis un moment… Si l’on exceptais la personne qui m’y avait amené pendant mon sommeil. Parce que j’étais certain de ne jamais être entré ici. L’endroit ne me disait rien, et je me serais sûrement souvenu d’un lieu aussi bizarre. Et je ne voyais toujours pas ce que je fichais ici. Et j’avais peur de ne jamais pouvoir quitter cet endroit.

 

— LAISSEZ-MOI SORTIR !! hurlais-je à pleins poumon. Je, je ferais ce que vous voulez ! Vous savez, je ne suis pas n’importe qui. Mes parents sont puissant, une ancienne famille de l’empire ! Je sais pas si vous connaissez la théorie des métaux, mais ma famille est considéré comme étant faites d’or. Donc on peut régler cela à l’amiable, tandis que si vous me faites quoi que ce soit, les répercutions seront bien plus dure. On a un deal ?

 

Aucune réponse. Toujours que le silence.

 

— Il y a bien une raison pourquoi je suis ici, hein ? On n’enlève pas les gens comme cela, pour rire. Ce serait une attitude hautement illogique. Et vous n’êtes sûrement pas un tueur en série. En effet, vous auriez pu me tuer bien plus tôt… A moins que vous vouliez vous amuser avant… Mais… ce n’est pas le cas. N’est-ce pas ?

 

Je sentais ma peur grimper au fur et à mesure de ce que je disais. Et si c’était bien cela ? Et si j’avais juste été une victime capturée au hasard par un sadique pervers qui ne cherchait qu’une victime à torturer ou tuer – voir les deux à la fois ? Et ça se trouve, en lui disait que j’étais fait d’or, il allait encore plus en vouloir à ma personne… Je me mis à marcher en rond, mes mains agrippant mon propre tee-shirt.

Merde, merde, merde ! Qu’allait-il m’arriver ? Je n’arrivais même pas à réunir mon esprit pour essayer de comprendre ce qui se passait. J’accélérai le pas, de plus en plus stressé. Peut-être que le tueur allait entrer à l’instant. Peut-être que je vivais mes dernières secondes. Je ne veux pas mourir. Du moins, ni maintenant, ni comme ça. Une mort rapide et non douloureuse dans environ une soixantaine d’année ça m’arrangerait. Avoir le temps de réaliser quelque chose digne de moi et de ma famille, au lieu de subir une mort inutile, enfermé dans cette salle. Tout seul.

 

— Ah ! résonna une voix. Je crois que tu commence à comprendre ou est le problème. C’est moyen, disons que c’est ni la meilleur réaction, ni la pire. Je te met 11/20, peut mieux faire.

 

Je me retournai. Qui a dit ça ? Et depuis quand c’était possible de lire dans les pensées ? Et qui oses me noter, moi ? Malgré la situation et ma frousse, je ne put m’empêcher de penser à toute les fois ou je m’étais dit qu’heureusement que la télépathie n’existait pas. Non, c’était impossible, elle n’existait pas, si elle existait, ce serait trop gênant… Et c’était le genre de superstition que pouvait se permettre les familles de basse naissance, qui n’étaient pas écrasés sous le poids des responsabilités. Ce type avait sûrement dit ça juste pour me troubler, ou en regardant mes expressions faciale. Il devait y avoir des caméras de surveillance, des hauts parleurs, et le type jouait à me déstabiliser. C’était donc bien un sadique. Je m’assis sur le sol. Je devais rester concentré, rester concentré…

 

— Tu refroidis pour le premier, mais tu es brûlant pour le deuxième ! retentit à nouveau le voix mystérieuse.

 

Non, non, non, non, non… C’était impossible, impossible, la télépathie n’existait pas, je le sais, c’est absurde qu’elle existe, elle ne peut pas exister, le surnaturel n’existe pas, tout est rationnel…

 

— Je ne saurais pas dire si tu es amusant ou tu es chiant, soupira mon geolier. Amusant parce que tu joue au rationnel et tout, mais plutôt qu’être certain de tes explications rationnelle, tu panique au moindre truc qui pourrait paraître irrationnel, sans même trouver l’explication la plus plausible. Chiant parce que tu es borné.

 

Mon cœur bat de plus en plus. Cette fois, il ne pouvait qu’avoir lu dans mes pensées, j’en était certains, c’était impossible de faire de la psychologie aussi bien et de deviner aussi facilement mes hésitation.

 

— Mais ça je le savais déjà, que tu étais borné… Sinon : Bonne réponse, mais par le mauvais moyen. 8/20.

 

Par le mauvais moyen ? Mon explication se tenait pourtant… Non ! Je ne doit pas l’écouter. Je repris ma marche, essayant à tout prit de chasser de mon esprit ce télépathe. Et je devais trouver un moyen de sortir, les télépathes pouvaient être un danger. Il ne devait pas rester dans mon psyché, si cela continuait, je deviendrais fou. Et surtout, mon esprit ne devait pas rester une porte ouverte comme cela.

Ouvrir son esprit, son « ame », comme le disent certains, c’était la porte ouverte à toute les faiblesses.

N’importe qui pouvait alors briser simplement la poutre branlante. Et nous détruire, partir en nous laissant à l’état de ruine. Je n’avais pas passez des années à batir un bunker pour qu’un clown psychique pervers et sadique viennent foutre le souk dans mes pensées. Je devais respirer. Il ne s’était pas manifesté face à ce que je disais. C’était un bon point. Peut-être que quand je reprend mes esprits et que je pense de manière claire et rationnelle, il ne peut pas apparaître. D’ailleurs, peut-être n’a-t-il jamais existé, et que c’est juste le stress qui me fait halluciner additivement. Je me sentais reprendre confiance à moi, j’en avait presque oublié que j’étais enfermé sans pour l’instant espoir de sortie.

 

Peut-être que quand je reprend mes esprits et que je pense de manière claire et rationnelle, il ne peut pas apparaître, m’imita alors la voix d’une manière particulièrement aiguë et nasillarde.

 

Mais quand cela allait-il s’arrêter ! En tout cas, maintenant, là, c’était sûr…

Mais non, j’étais con ! Je ricanai dans mon coin, me sentant stupide. Il y avait une explication à tout cela. Une explication logique. Déjà, j’étais fatigué. Hors, je sais que quand je suis fatigué, j’ai tendance à penser à voix haute, parfois sans m’en rendre compte. Ensuite, peut-être qu’hier j’avais un peu bu, ou une connerie du genre, et que j’avais décidé de faire un somme dans cette salle, et que j’avais tout oublié ! Et cette voix, c’était juste un gamin qui m’entendait, et qui tentait de me faire flipper.

Mais je suis un esprit cartésien, moi. Les fantômes et autre connerie du genre, on pouvait pas m’avoir avec cela.

 

— Je crois que cette explication est encore plus tiré par les cheveux que ta situation… Et quand tu flippais quelques secondes auparavant parce que tu pensais qu’on lisait dans tes pensées, c’est un peu pitoyable de te qualifier d’esprit cartésien…

 

Haha gamin, tu ne me prend pas au piège ! Mon explication tiens la route, quoi que tu en dises, tu vas donc tranquillement me laisser sortir de cette salle ! Je me dirigeais après ces mots vers la porte. Je me levai avec difficulté, ayant très sûrement passé la nuit sur ce plancher, mon dos et mes articulations me faisaient mal comme à chaque fois que je passait une nuit sur une surface trop solide. En tout cas, douleur ou pas, une chose était sûre. Je n’allais pas rester dans cette endroit lugubre. Et surtout pas dans ce froid, dans ce froid qui me glaçait jusqu’au sang. L’endroit ne devait sûrement pas être chauffé.

Je me dirigeai donc vers la sortit d’un pas rapide, n’ayant pas envie de m’attarder une seconde de plus. La porte de sortie était une grande porte en bois sombre, imposante et presque effrayante tellement je me sentait tout petit par rapport à elle. Mais ce qui me perturba le plus était l’inscription gravée dessus. Inscription qui n’y était pas auparavant :

 

« Tu ne vas quand même pas me quitter ? »

 

Je ne l’avais sûrement pas remarqué la première fois. C’était la seule explication logique. Bon, je devais trouver un moyen d’enfoncer la porte. Sans grande conviction, j’eus le réflexe de quand même vérifier si la porte était ouverte.

Elle l’était.

Je restais méfiant. Il y avait quelque chose qui clochait. Le texte pouvait bien avoir été écrit par mon « ravisseur ». Peut-être était-ce un piège qui m’attendais de l’autre coté. Ici, au moins, je savais ce qu’il y avait. C’était bizarre, mais j’étais en terre connue. Par contre, derrière… Peut-être que la personne qui m’avait enfermé s’y trouvait ? Peut-être qu’il allait m’attaquer ? Et qu’est-ce qu’il y avait derrière ? Un début d’escalier en colimaçon. Ma curiosité était encore plus attisé, et finalement arriva le moment ou j’ouvris en grand la porte et sortit de la salle.

En descendant l’escalier en colimaçon, dont la traversé me sembla longue de plusieurs heures, je réfléchissait… J’était visiblement enfermé par une sorte de type bizarre qui jouait au télépathe et qui avait le goût des mauvaises histoires d’horreur. Je me demandait s’il allait faire un truc genre sortir des infos que personne ne sait sur moi… Les murs étaient des murs de pierres fissurées, qui semblait proche de l’effondrement.

Après une longue descente, j’atteint la fin de l’escalier, pour arriver dans une nouvelle salle. Cette fois ci, elle était entièrement blanche, immaculée. La saleté avait laissé place à une propreté des plus surprenante. Okay, donc avait j’étais dans le vieux grenier tout sale d’une maison tenue par un maniaque de la propreté ? Mais au final, je compris ce qui me dérangeait. Ce n’était pas la propreté. Cette salle était vide. Il n’y avait aucun objet, aucun meuble. Que du blanc. Au plafond, au mur, et au sol. Et sur la porte à l’autre bout.

 

« Bien, tu es arrivé au niveau 2 ! Il est maintenant tant que l’on se rencontre, n’est-ce pas ? »

 

Je vis la porte à l’autre bout s’ouvrir, mais sans vraiment pouvoir distinguer ce qu’il y avait comme salle – ou comme extérieur – derrière, et je vis entrer une personne habillée toute en noir, ne laissant rien voir d’elle-même. Cela me semblait trop cliché pour être une mise en scène. Il devait venir de l’extérieur, parce que la température avait chuté de quelque degré lorsqu’il était entré. Mais que me voulait-il, bon sang !

 

« Te faire comprendre deux-trois trucs. » chantonna l’être encapuchonné. « Déjà, si tu pouvais comprendre ou tu es, cela m’amuserait beaucoup ! »

 

Comment ça, me faire comprendre deux-trois trucs ? J’essayais de cacher le mieux possible ma frousse. Parce que même si la situation me semblait cliché au possible, le simple fait d’être dans cette situation cliché, et de courir un risque qui me semblait imminent.

 

— Le risque que tu as, ce n’est pas le risque du type de celui qui va se faire poignarder, ne t’inquiète pas… Non, le risque que tu as, c’est celui de l’homme assiéger, mais qui refuse de l’admettre. Tu es dans la dernière forteresse que tu possède. Ton dernier bastion. Celui ou personne ne peut t’atteindre – à part moi. Tu es dans l’oeuf cosmique, la dernière forteresse que possède l’esprit d’une personne. La source de tout ton monde, la source de tout ton être. Ta conscience. C’est la seule terre ou tu peux-être en sécurité. Pourquoi ? Parce que c’est la seule qui t’appartient ! On n’est jamais mieux que chez soi, home sweet home, comme le disent les expressions, non ? »

 

Je regardais. Ce pouvoir de création de monde. L’imagination était mon arme, ma retraite. Mon pouvoir.

Je comprenais tout. Pourquoi il lisait dans mes pensées et tout. J’étais seulement en train d’imaginer un nouveau monde ou je pourrais me retirer. J’étais dans cet œuf cosmique, qui venait d’être réalisé par mon imagination. La retraite de l’artiste. Son atelier ultime, qui est sa propre création. Et derrière cette porte, qu’était-ce ? Ce monde ? Celui d’où je venais ? Je tentais de rationaliser.

Il existait trois types de personnes, au dessus du commun. L’or – les créatifs et les sages, l’argent – les dirigeant et les charismatiques, et le bronze – les forts et les combattants. J’étais une personne d’or, et on m’avait toujours qualifié comme étant un grand créatif, futur penseur et écrivain. Je devais donc avoir la capacité de modéliser quelque chose de véritablement « physique » en moi.

 

— C’est la porte de l’enfer. Tu y retrouveras les autres, comme pourrait-on dire si on mélangeais Huis Clos et La Divine Comédie… Cela ne donne pas envie, hein, les autres, la foule… Mais ils sont encore là. D’ailleurs, je suis eux… Leur regard, leur esprit… Je suis le gardien de l’enfer, le regard des autres. Je suis Minos, Juge de l’Enfer. Tu es éternellement soumis à mon regard, mortel. Je suis celui qui t’empêche de protéger de te diriger vers ce monde trop dangereux. Les ors, les sages, voudraient bien être à ta place. Les argents, les soldats, sont colériques et bornés. Les bronzes sont peu enclin à l’intelligence et aux discussions intéressante. Ici au moins, en toi, tu es en bonne compagnie, non ? Avec moi, jusqu’à la fin des temps ! Minos avait fini cette phrase, en me susurrant les derniers mots à l’oreille. J’eus un frisson. Derrière cette capuche, qui ne me montrait rien de celui me regardait, une certitude était en effet présente.

 

Il me regardait. Et me jugeait sûrement. Il jugeait ces bégaiement que je pouvais avoir, il jugeais mes maladresses… Il me pensait sûrement être un menteur à chaque fois que je disais des trucs paradoxaux.

Il se souvenait sûrement de chaque connerie que j’avais faite, et m’en voulait peut-être pour cela. Ou alors il ne prenait même pas la peine de me détester, j’étais trop ridicule et pathétique pour cela… M’appréciait-il ? Je ne pouvais le savoir…

Je m’étais trompé dans son rôle initial. Il ne me retenait pas captif. Il était venu troubler ma retraite.

Tout ces doutes quand je n’entendais plus personne parler après que moi j’ai parlé. Toute cette honte quand je n’étais pas capable de me souvenir de ce que je disais. Toutes mes conneries. Tous les instants ou j’avais été ridicule ou ridiculisé. Toutes les fois où les règles de vie de ma classe m’étaient retombée dessus.

La porte. Je pouvais prendre la porte. Oui, je pouvais le fuir, je pouvais partir.

 

— Je ne peux en effet pas te retenir… soupira-t-il. Mais n’oublie pas… Je viens du regard des autres, qui sont derrières cette porte. C’est ça, que tu dois fuir. Don’t shoot the messenger, comme ils disent.

 

Tant pis, au moins je devais essayer. Je me dirigea vers cette porte de sorti en courant, au cas ou il me tendait un piège. Mais il ne fit rien. En quelque pas, j’étais devant la porte, qui était tout simple, comme une porte de cuisine. Avec un post-it dessus avec un mot.

 

« Vous qui sortez, abandonnez toute espérance ».

 

Par delà cette porte était la foule. Par delà cette porte était le regard constant des autres. Me devais-je de fuir dans le royaume de l’enfer si son gardien s’invitait chez moi ? J’avais presque la certitude que je ne pouvais pas le virer… Il était trop fort. Je me sentit mal, comme si ma respiration se coupait. Je pensais à la foule. Je les voyais, ces silhouettes informes, qui m’entouraient, qui formaient une véritable prisons. J’entendais des voix. Est-ce que ces gens allaient m’attaquer ? Non, calme toi, calme toi, tout vas bien… J’étouffais, je me noyais, cet océan d’humain était impossible à traverser… Je les voyais, toutes ces personnes, qui était comme moi, mais qui étaient certainement amplises de haine et de jalousie pour une place que je n’avais pas demander…. Ne pas se faire remarquer, ne pas se faire remarquer. J’étais compressé, j’étais écrasé…

Mais je devais fuir.

Je devais quitter ce monstre qui me manipulait. Je ne peux pas rester une seconde de plus. Il a perverti mon œuf cosmique. Ma seule cachette n’en est plus une, seule la vie de fugitif me reste, a présent. Je déglutis, toujours en lutte contre le froid qui s’insinuait en moi. Mais j’ouvris quand même la porte, pour me retrouver dans un chemin forestier, de nuit. Je soupirais de soulagement : Il était vide. Personne.

La seule lumière que j’avais était celle de lanternes accrochées sur les arbres, qui me permettaient de pouvoir avancer. Je fis quelque mètre, avant d’hésiter. Il faisait quand même sacrément noir. Et c’était bien ici le lieu de la foule. Ils pouvaient être partout. Mieux valait peut-être supporter Minos que d’avoir la vrai foule face à soit. Mais à peine eus-je fait un seul pas en arrière qu’un corbeau vint se poser sur une branche devant moi, me dévisageant de ses deux petits yeux brillants. Je continuai d’avancer, décidant de ne pas avoir peur d’un simple corbeau.

 

Mais je me figeai au moment où il se mit à me parler.

 

— Stupide. Lâche

 

Pardon ? Cette journée est déjà assez pourrie, je dois quitter mon propre refuge pour retourner vers les autres, et je me fais maintenant insulter par un piaf ?

 

— Stupide, répéta-t-il. Tu es stupide. Lâche. Tu fuis.

 

Oh, sale piaf, je fuirais moins si c’était pas rempli de connards ici-bas.

 

— Lâche. Et méchant. Tu fais l’hypothèse que tous les autres sont méchant et stupide, mais tu es méchant et et stupide.

 

Méchant, moi ? Ce n’est pas moi qui suis allé agressé des gens dans la rue, par jalousie de leur situation. Bon, je savais bien que la situation n’était pas totalement juste, mais quand même !

 

— Méchant. Tu les agresses à chaque fois que tu les dis comme le commun. Tu les insultes à chaque fois que tu crois qu’ils méritent leur place en dessous de la tienne.

 

Je n’ai jamais dit qu’il la mérité, mais qu’ils étaient jaloux. C’était normal, mais c’était pas bien.

 

— Mesquin. Tu te cherche des excuses pour te justifier. T’es tu dis que si tu étais gentil avec eux, que si tu les écoutais et ne les méprisais pas, ça irai mieux ?

 

Son regard était particulièrement pénétrant… Était-ce un troisième round ? Était-ce encore ce Minos qui venait se la ramener sous une apparence différente. Il m’avait d’abord fait peur. Puis s’était joué de mot. Et maintenant m’attaquait directement en m’engueulant. Et pourquoi étais-je lâche, en plus ? Oui, je ne fais pas l’hypothèse la plus agréable du « tout le monde est gentil », monsieur le corbeau.

Mais j’ai vu le monde.

Okay, j’ai pas tout vu, mais soyons un peu logique, okay ? Je sais que c’est dur pour un animal qui n’a donc pas l’intelligence de mon espace, mais faisons un peu de calcul.

Quand tu subis une douleur attendu, celle-ci est plus faible que quand elle est attendu. C’est la même chose pour les joies : Une bonne surprise c’est toujours mieux qu’un truc que tu attendais. Donc, si tu fais l’hypothèse la plus joyeuse : Si elle s’avère vrai, tu te prend un truc un tout petit peu agréable, et si elle est fausse, tu te mange un camion de déception. Si tu fais l’hypothèse pessimiste, tu peux amortir la douleur ou recevoir une joie plus grande ! Tu es donc gagnant dans les deux cas. Ce n’est même pas avoir du -1 ou +1 dans un cas et -2 ou +2 dans l’autre, non ! L’optimiste à -2 et +1, et le pessimiste -1 et +2 !

C’est pour ça que les gens intelligents sont toujours pessimistes. Parce que c’est lo-gi-que.

 

— Lâche. Tu te réfugie derrière des mathématiques, en mettant des valeurs au hasard. La plupars du temps, il se passe rien. On vit sa vie sans grande surprise. Pendant tout ce temps, l’optimiste à ton +1, ton pessimiste -1. Pareil en attendant quelque chose. Pas logique.

 

Mais si, c’est logique, parce que c’est bien plus fort quand se prend la surprise, tu met +1 mais moi je mettrais plus une quantité négligeable.

 

— Prétentieux. Tu pense toujours avoir raison. Et lâche. Tu as tellement peur d’être déçu que tu ignores chaque possibilité qu’il y ait le moindre événement cool, juste parce qu’il y a des arbres qui font peur avant…

 

Je me retournai, légèrement en colère. Il se prenait pour qui, ce corbeau, pour me faire la morale ? Et se foutre de moi par la même occasion ? Énervé, je lui rétorquai que je ne voyais pas de quoi il parlait, et que j’avais mes raisons d’être comme j’étais, de ne pas prendre de risque, et qu’il ne pouvait pas les comprendre.

Que la vis d’être d’or, ce n’était pas facile. On avait pas la force des bronzes, ou le charisme des argents. Notre rôle était purement consultatifs, on avait pas la chance des autres.

Il se mit à rire, avec un croassement qui m’irrita encore plus.

 

— Égocentrique. Tu dis avoir souffert, et que ta situation est injuste. Mais tu rejette la souffrance de tous ceux qui sont en dessous de toi pour grandir la tienne. Le classique « Tu ne sais pas ce que j’ai vécu ».

Je sais ce que tu as vécu. Ta petite vie de personne d’or, de la haute société. Riche. Puissant. Mais d’autre était jaloux. Des disputes. Des claques quand tu n’as pas été aussi intelligent que tu te dis être. Tout les tiens l’ont connu. Oui ça fait mal. Ta « terrible souffrance », c’est celle que tous rencontre un jour. Un gros foirage qui te fais honte. Une rupture difficile. Quelques personnes qui t’emmerde. Et pour cela, ensuite, tu accuses le monde entier d’être contre toi, chaque personne que tu vois peut être un méchant, alors que t’es plutôt du bon côté du fossé de ceux qui sont les puissant et ceux qui sont leurs victimes.

 

Il se rapproche de moi. Je comprend son but : Il ne veut que me faire culpabiliser. Mais tu n’es pas le premier, tu sais ?

 

— Mais combien de fois tu as ignoré avec un certain dégoût une personne dans le besoin, dont le métal n’était pas « précieux » ? Combien de fois tu as dit que tu n’avais « pas le temps » quand quelqu’un avait besoin de ton aide, avant d’aller glander devant l’ordinateur ?

Combien de fois, tu as vu une personne dans la rue se faire harceler, et tu t’es dit que ce n’était pas tes affaires ?

Je te dis tout ça parce que tu sais que c’est injuste, mais ne veux pas l’admettre parce que tu ne veux pas accepter avoir commis des fautes. C’est toi qui ne veut pas admettre la vérité avec sérénité. Tu sais que tu fais parti de ceux qui sont puissant, mais tu refuses de le regarder en fasse, pour ne pas être “le méchant”

 

Il vole autour de moi.

 

—La seule source de ton mal, c’est toi qui l’a fait rentrer, tu sais qui elle est, et pourquoi elle est là. Aller, pschitt, ne retourne pas vers ce bâtiment. Le monde qui t’attend par delà, c’est le monde à construire. Tu dois construire un monde avec les autres.

 

Je tapai du pied. Il commençait vraiment à me courir sur le haricot. En plus, ce qu’il disait me faisait mal. Je serrais les dents avant de lui répondre que je savais ce que je faisais, que je n’étais plus un enfant. Et puis qu’en plus je ne faisais pas vraiment chier les autres quand j’étais tranquillement dans ma tête, et que je gardais ce genre de truc pour moi et puis après c’était bon, basta et je pouvais rire et m’amuser. Je lui déclarai aussi qu’il n’était pas dans ma tête, et qu’un corbeau qui parlait était déjà assez bizarre comme ça.

 

— Si, répondit-il. Je suis dans ta tête.

 

Je tenta de déloger le corbeau d’une pierre mais celui-ci l’évita sans problème. Écoute, le piaf, j’ai eut mes histoires, j’ai le droit de prendre un peu de repos et de ne plus penser à ce genre de chose, non ? Il me rétorqua que j’y pensais tout le temps, avant de me faire la remarque qu’il allait bien falloir réfléchir un peu. Je bougonnais. Je n’avais pas envie de m’arrêter, je préférais continuer en avant, puis voir au fur et à mesure de ce qui se passait. J’eus le droit encore au reproche d’être un gamin.

Je ressentais une envie de piaf rôti à la broche…

 

—Tu as le choix, fit l’oiseau, ouvrant grand ses ailes tout en ignorant mes menaces. Tu peux retourner là bas, ou avancer pour pénétrer plus profondément dans la forêt pour rejoindre le monde, pour sortir de la monade.

 

Je me retournai et décidai de reprendre la route vers le bâtiment lugubre. C’était sans doute là-bas que je pourrais retourner en arrière pour que tout soit comme avant. J’entendis derrière moi que le piaf semblait presque paniquer. Tout me semblait logique à présent. Ce piaf avait juste envie de me faire avancer plus loin dans cette foret, et pour cela il m’avait provoqué en essayant de jouer sur une fierté qu’il s’imaginait en moi. Il voulait m’envoyer dans la foule. Et qui avait interet à ce que je sois dans la foule ?

Minos, tout simplement.

Il devait avoir un pouvoir réduit quand j’étais dans l’oeuf. D’ailleurs, c’était que au moment ou j’étais en train de sortir qu’il a put me faire subir une hallucination. J’entrai dans le bâtiment, traversant la salle vide – ou le bourreau n’étais plus.

Je reconstituait tout en marchant le plan de Minos. Il m’avait fait sortir de la salle principale de l’oeuf – le grenier, qui représentait le bazar que c’était dans mes idées, avec des trucs partout… La poussière, c’était peut être pour faire grenier abandonné, un genre d’endroit que j’avais toujours révé de visité – dans l’entrée pour commencer à avoir un pouvoir plus fort sur moi, dans le but de me faire fuir vers la foule. Dans cette entrée, il avait été jusqu’au traumatisme, pour que je le fuis en prenant mes jambes à mon coups. Ensuite, voyant que j’hésitai, il avait envoyé le corbeau… Mais avait utilisé la mauvaise technique. Je retournerais dans l’œuf cosmique, à l’abri. Au cœur de ma monade. Je continuerais de vivre ma vie comme je l’entend, essayant d’avoir le moins d’histoire possible. L’escalier en colimaçon ne fut pas long à remonter – à ma grande surprise – et je me retrouvai enfin dans la salle ou tout avant commencé.

Mais elle était vide. Surpris, je me mis à regarder dans tout les sens. Plus aucun meuble ni rien. Je regardais au plafond, ou était suspendu un grand chandelier magnifique, avec d’étranges flammes violettes, qui projetaient une lumière surnaturelle dans toute la salle.

Et il était là.

 

— Je t’attendais.

 

Il n’y avait quelque chose que je n’avais compris ? Pourtant, tout tenait… J’essayais de fuir à nouveau, vers la porte. Elle était fermée. Je me retournai.

Il était juste devant moi.

 

— Alors, tu as compris, maintenant ?

 

Je tombai. Que ce passait-il, que ce passait-il ? Est-ce que je m’étais trompé ? Est-ce qu’en fait le corbeau avait eut raison ? Mais c’était forcément un piège ! Il me provoquait pour que j’ai envie de continuer ma route…

 

— C’était bien ce qu’il faisait. Il voulait te renvoyer vers la foule. Moi, je ne voulais pas, donc j’avoue que j’ai été très content de ton choix. Même s’il m’a surpris. Je pensais que tu aurais compris que certains de ces conseils était « bons », dans sa vision des choses. Mais cela veut dire qu’au fond tu penses comme moi, ça me rassure ! Tu ne restes pas sous le danger… Les autres, surtout ceux de bronzes, ceux qui t’on attaqué. C’est eux le vrai danger que tu subis. Tous jaloux, tous à vouloir avoir ta place. Alors, tu la leur laisse, qu’ils s’entre-tuent tandis que toi ici, tu pourra régner sur ta monade. Être tout puissant et créer un monde où toi seul sera le roi. Toi et moi. Tous deux seuls.

 

Je vis une porte à l’opposée de la porte aux gravures. Je m’y dirigea et sortit immédiatement dans la salle. Mais tout ce qui m’attendais était un précipice ou je sombrai. Le noir sembla tout absorber, je ne voyais plus rien. L’obscurité et le froid était partout, en moi, en mon esprit. J’avais du mal à penser, je ne me sentait même plus chuter dans cet abyme infini.

 

— Mais tu le provoque toi même ! Mais ne t’inquiètes pas, tu ne sera plus jamais seul, je serais là, avec toi, pour toujours ! Je te parlerais, te susurrerais, ne quitterais jamais ton esprit… Nous sommes réunis maintenant, tu ne peux plus partir de l’œuf cosmique, de la monade… Tu as fermé la porte. Le corbeau, cet autre partie de ton inconscient, ce que quelques ineptes appelle ton aspect « raisonnable » ne faisait qu’insulter ta rationalité, la seule vrai raison. Tu es enfin chez toi… Je suis le seul autrui dont tu as besoin, mon très cher, et je suis là pour toi.

Je suis là pour toi.

Le Prisonnier